Mutilations génitales féminines : la France intensifie sa prévention estivale et son cadre de protection

Publié par Freya Yophy
le 26/08/2026
excision
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Après un voyage, ces signes chez une adolescente doivent alerter
Face au risque accru de mutilations génitales féminines lors des départs estivaux, la France renforce ses dispositifs d'alerte, son cadre pénal extraterritorial et l'accès à la chirurgie réparatrice.

Alors que les vacances scolaires touchent à leur fin, la vigilance autour des mutilations sexuelles féminines ne doit pas retomber. Certaines jeunes filles ont pu être exposées à une excision lors d’un séjour à l’étranger. Le retour en France et la reprise des contacts avec l’école, les professionnels de santé ou les services sociaux constituent une période décisive pour repérer d’éventuels signes physiques ou psychologiques.

Une campagne maintenue jusqu’au début de septembre

L’association Excision, parlons-en !, avec le soutien du ministère chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes, déploie en 2026 la campagne « L’excision ne doit jamais faire partie du voyage ».

Selon le ministère, cette mobilisation reste visible jusqu’au 1er septembre 2026 sur 1 000 abribus partout en France. Elle est également relayée dans les établissements scolaires, les centres de protection maternelle et infantile, les consulats et sur les réseaux sociaux.

Près de 139 000 femmes vivant en France auraient subi une mutilation sexuelle. Elles peuvent en conserver des séquelles physiques et psychologiques pendant de nombreuses années.

La campagne reprend aussi une estimation issue de l’enquête Excision et Handicap menée par l’Ined en 2009 : trois filles sur dix dont les parents sont originaires de pays où ces pratiques perdurent seraient exposées à un risque. Ce chiffre ancien doit être interprété avec prudence, mais souligne la nécessité de maintenir les actions de prévention.

Les changements physiques qui peuvent donner l’alerte

Au retour d’un voyage, certains signes physiques doivent conduire à proposer rapidement une consultation médicale :

  • des douleurs génitales, pelviennes ou abdominales inexpliquées ;
  • une gêne inhabituelle pour marcher, s’asseoir ou pratiquer un sport ;
  • des douleurs ou des difficultés au moment d’uriner ;
  • des saignements, une infection ou une fièvre ;
  • une fatigue importante associée à des douleurs persistantes ;
  • un refus soudain de se rendre aux toilettes ou de participer aux activités physiques.

Ces symptômes peuvent avoir de nombreuses autres causes. Ils ne permettent donc pas, à eux seuls, d’affirmer qu’une mutilation a eu lieu. Seul un professionnel de santé formé peut effectuer un examen adapté, avec tact et dans le respect de la jeune fille.

En présence d’un saignement important, d’une forte fièvre, d’un malaise ou de douleurs intenses, contactez immédiatement le 15 ou le 112.

Des signes psychologiques à ne pas minimiser

Une mutilation sexuelle peut également provoquer un traumatisme psychologique profond. Une adolescente qui semblait sereine avant son voyage peut devenir silencieuse, anxieuse ou particulièrement irritable.

D’autres changements doivent retenir l’attention :

  • des troubles du sommeil ou des cauchemars répétés ;
  • un repli sur soi et un refus de parler du séjour ;
  • une peur soudaine des adultes ou de certains membres de la famille ;
  • une chute brutale des résultats scolaires ;
  • des crises d’angoisse ou des pleurs inexpliqués ;
  • un refus de consulter un médecin ou de se déshabiller ;
  • des propos évoquant une cérémonie, une blessure ou un secret imposé.

L’adulte qui recueille une confidence doit écouter la jeune fille sans la presser ni mettre sa parole en doute. Il est préférable de ne pas confronter directement la famille si cette démarche risque d’aggraver le danger ou d’exercer de nouvelles pressions sur la victime.

Qui contacter en cas de doute ?

Lorsqu’une mineure semble menacée ou révèle avoir subi une mutilation sexuelle, le 119 – Allô enfance en danger peut être contacté gratuitement, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. L’appel peut rester anonyme.

En cas de danger immédiat, appelez :

  • le 17, pour la police ou la gendarmerie ;
  • le 112, numéro européen d’urgence ;
  • le 114 par SMS, application ou site Internet pour les personnes sourdes, malentendantes, aphasiques ou dysphasiques.

Le 3919 propose une écoute, des informations et une orientation pour les femmes victimes de violences et leur entourage. Ce service ne remplace toutefois pas les numéros d’urgence.

Une infirmière scolaire, un médecin, une sage-femme, un centre de PMI ou les services sociaux départementaux peuvent également accompagner la jeune fille et effectuer un signalement auprès des autorités compétentes.

Un crime puni même s’il est commis à l’étranger

En France, les mutilations sexuelles féminines constituent un crime. Les violences ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente sont punies de 10 ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende.

La peine peut atteindre 15 ans de réclusion criminelle lorsque la victime est âgée de moins de 15 ans. Elle est portée à 20 ans lorsque les faits sont commis sur une mineure de moins de 15 ans par un parent, un ascendant ou une personne ayant autorité sur elle.

La loi française peut s’appliquer lorsque la mutilation a été pratiquée à l’étranger, dès lors que la victime est française ou qu’elle réside habituellement en France. La tradition, la coutume ou la religion ne peuvent justifier ces actes.

Lorsqu’un nouveau départ est envisagé et que le danger persiste, le juge des enfants peut prononcer une interdiction de sortie du territoire.

Une reconstruction qui dépasse la chirurgie

Les séquelles peuvent comprendre des douleurs chroniques, des infections, des troubles urinaires, des difficultés sexuelles, des complications obstétricales et un psychotraumatisme durable.

Des hôpitaux français proposent des parcours de soins pluridisciplinaires réunissant gynécologues, sages-femmes, psychologues, sexologues, spécialistes de la douleur et travailleurs sociaux.

Chez une femme majeure, la chirurgie reconstructrice du clitoris peut être envisagée dans certaines situations. Prise en charge par l’Assurance maladie, elle consiste à libérer et repositionner une partie des tissus clitoridiens internes demeurés présents après certaines formes d’excision.

Cette intervention n’est ni systématique ni indispensable à toute reconstruction personnelle. Elle comporte des risques et ne garantit pas la disparition des douleurs ou la récupération complète de la sensibilité. La Haute Autorité de santé recommande donc de l’inscrire dans un accompagnement psychologique, sexologique et médical global.

 

 

Sources : ministère chargé de l’Égalité, Arrêtons les violences, Haute Autorité de san

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