Mentir à son médecin : les risques réels des non-dits sur votre santé
« Je n’ai pas osé lui dire. » Derrière cette phrase peuvent se cacher des effets indésirables, une difficulté à suivre une ordonnance ou une consommation que l’on préfère minimiser. Il arrive aussi de quitter le cabinet sans avoir compris les explications, tout en ayant acquiescé.
Ces situations concernent autant la qualité de la communication que la franchise du patient. Pouvoir parler sans être humilié ou réprimandé est une condition essentielle de la confiance.
Ce que montre réellement l’étude sur les informations dissimulées
Une étude publiée en 2018 dans JAMA Network Open a analysé deux enquêtes en ligne réunissant 4 510 adultes américains. Selon l’échantillon, 61,4 % à 81,1 % des participants déclaraient avoir déjà évité de communiquer au moins une information pertinente à un soignant.
Les omissions les plus fréquentes concernaient un désaccord avec une recommandation ou une mauvaise compréhension des consignes. La peur d’être jugé et la gêne figuraient parmi les principales raisons invoquées.
Ces résultats ne signifient donc pas que huit patients français sur dix dissimulent régulièrement une donnée médicale grave. L’étude repose sur des déclarations, dans des échantillons non probabilistes, et n’évalue pas directement les conséquences médicales de chaque omission.
Médicaments, plantes et habitudes de vie : les détails qui comptent
Le médecin a besoin de connaître ce qui est réellement pris, pas uniquement ce qui figure sur l’ordonnance. Cela comprend les médicaments achetés sans prescription, les produits empruntés à un proche et les compléments alimentaires ou préparations à base de plantes.
Il est également utile de signaler :
- Un traitement arrêté ou pris moins souvent que prévu.
- Des effets indésirables qui rendent les prises difficiles.
- Une consommation d’alcool, de tabac, de cannabis ou d’autres substances.
- Des difficultés financières ou pratiques pour obtenir les médicaments.
- Une consigne mal comprise ou impossible à appliquer au quotidien.
Dire qu’un traitement est difficile à suivre permet de chercher une solution. Le soignant peut réévaluer la prescription, expliquer son objectif ou proposer une organisation plus adaptée.
Une omission peut orienter le médecin dans la mauvaise direction
Si un médicament n’est pas pris régulièrement, mais que le médecin l’ignore, il peut penser que la dose est insuffisante ou que la maladie résiste au traitement. Une adaptation de prescription risque alors de ne pas répondre au véritable problème.
De même, connaître les médicaments sans ordonnance et les consommations aide à interpréter certains symptômes ou résultats biologiques. Cela ne dispense pas d’examens lorsque ceux-ci sont nécessaires : une anomalie ne doit jamais être attribuée automatiquement à l’alcool ou à l’automédication.
L’objectif est de donner au praticien les éléments utiles à son raisonnement, sans faire porter au patient la responsabilité de toute difficulté diagnostique.
Le millepertuis illustre le risque des produits jugés « naturels »
Le millepertuis peut modifier l’élimination de certains médicaments et diminuer leur efficacité. L’Assurance maladie mentionne notamment des interactions avec les contraceptifs hormonaux, certains traitements contre le VIH et les anticoagulants antivitamine K.
« Naturel » ne signifie donc pas « sans interaction ». D’autres associations peuvent au contraire augmenter certains effets indésirables.
Ne commencez ni n’arrêtez un produit susceptible d’interagir sans demander conseil à votre médecin ou à votre pharmacien. Une photo de l’emballage et de sa composition peut faciliter la vérification, notamment pour les mélanges de plantes.
Avant une anesthésie, mieux vaut signaler que minimiser
La consultation préanesthésique sert notamment à anticiper les interactions et les difficultés respiratoires ou postopératoires. L’équipe doit connaître les traitements, les compléments, les consommations et les éventuelles réactions survenues lors d’une précédente anesthésie.
Ces informations peuvent modifier les consignes ou la prise en charge de la douleur. Elles ne conduisent pas automatiquement à une annulation de l’intervention.
Si vous avez oublié une prise récente ou n’avez pas respecté une consigne de jeûne, prévenez l’équipe, même le jour de l’opération. Ne cherchez pas à compenser seul en interrompant brutalement un traitement.
Le secret médical protège la parole, avec des exceptions encadrées
En France, le secret médical couvre notamment les confidences, les diagnostics et les traitements. Un médecin n’a pas à transmettre vos habitudes de vie à votre employeur. Une consommation de stupéfiants confiée en consultation n’entraîne pas, à elle seule, un signalement à la police.
Il serait toutefois inexact de parler d’un secret « absolu » sans exception. La loi prévoit certaines dérogations, notamment dans des situations de violences ou de protection de personnes vulnérables. Des informations nécessaires aux soins peuvent également être partagées entre professionnels dans un cadre défini.
Vous pouvez demander simplement : « Qui aura accès à ce que je vous dis ? » Si la présence d’un proche vous empêche de parler, demandez un moment seul avec le praticien.
Pour commencer une conversation difficile, quelques mots suffisent : « J’ai peur d’être jugé, mais il y a quelque chose d’important que je n’ai pas encore expliqué. » Le rôle du soignant est alors d’accueillir cette information et d’en tenir compte, pas de distribuer les bons et les mauvais points.
Sources
- JAMA Network Open, 2018 — Fréquence et raisons de la non-divulgation d’informations médicales par les patients.
- Assurance maladie — Interactions entre aliments, plantes, substances et médicaments.
- Assurance maladie — Posologie, effets indésirables et difficultés de prise des médicaments.