Leishmaniose cutanée : 28 cas importés détectés à Toulouse

Publié par Freya Yophy
le 30/08/2026
Leishmaniose cutanée
Autre
Un « bouton d’Orient » après un voyage ? Le signe à surveiller
Face à la détection de 28 cas de leishmaniose cutanée importée au CHU de Toulouse, les autorités sanitaires rappellent les symptômes et les gestes de prévention indispensables au retour de voyage.

Le service de parasitologie-mycologie du CHU de Toulouse signale une hausse inhabituelle des diagnostics de leishmaniose cutanée. Cette infection parasitaire a été identifiée chez des voyageurs revenant principalement de Tunisie.

Cette augmentation ne signifie pas qu’un foyer de transmission se développe actuellement à Toulouse. Les cas étudiés ont été contractés à l’étranger, essentiellement dans des zones rurales où le parasite circule de manière endémique.

Une hausse inhabituelle des diagnostics au CHU de Toulouse

Entre octobre 2025 et mai 2026, 28 patients infectés par Leishmania major ont été diagnostiqués au CHU de Toulouse. Entre 2019 et 2024, le service enregistrait habituellement moins de trois cas par an.

En l’espace de huit mois, le nombre de diagnostics a donc représenté près de dix fois le total annuel observé au cours des années précédentes. Ces résultats ont été publiés en août 2026 dans la revue scientifique Eurosurveillance.

L’enquête épidémiologique relie 24 cas à un séjour récent en Tunisie. Parmi ces voyageurs, 19 avaient fréquenté le gouvernorat de Sidi Bouzid, dans le centre du pays. Cette zone rurale constitue un foyer connu de leishmaniose cutanée zoonotique. Trois autres patients avaient séjourné au Maroc, tandis que l’origine de l’infection n’a pas pu être déterminée pour le dernier cas.

Les auteurs estiment que cette série pourrait traduire une intensification temporaire de la transmission dans le centre de la Tunisie pendant l’été 2025. Elle ne constitue pas la preuve d’une contamination entre les patients ni d’une circulation locale du parasite dans l’agglomération toulousaine.

Comment la leishmaniose cutanée se transmet-elle ?

La leishmaniose est provoquée par des parasites microscopiques du genre Leishmania. La contamination survient lors de la piqûre d’un phlébotome femelle infecté, un petit insecte mesurant généralement entre deux et trois millimètres.

Le phlébotome ne doit pas être confondu avec un moustique, même si les deux insectes se nourrissent de sang. Il se montre particulièrement actif entre le crépuscule et l’aube et peut passer à travers les mailles de certaines moustiquaires classiques.

Dans le cycle de Leishmania major, le parasite circule principalement entre des phlébotomes et des rongeurs sauvages qui constituent son réservoir naturel. La maladie ne se transmet pas directement d’une personne à une autre dans les situations habituelles.

La présence de déchets, de terriers de rongeurs, de fissures dans les habitations et certaines conditions climatiques peuvent favoriser la multiplication des insectes vecteurs dans les régions concernées.

Reconnaître le « bouton d’Orient »

Les premiers signes peuvent apparaître plusieurs semaines, voire plusieurs mois après la piqûre. Ce délai explique pourquoi le lien avec un voyage est parfois difficile à établir.

La maladie commence généralement par une petite papule ou un nodule sur une zone découverte du corps :

  • le visage ;
  • les bras et les avant-bras ;
  • les jambes ;
  • le cou.

La lésion grossit progressivement avant de prendre l’apparence d’un ulcère entouré d’un bourrelet dur, souvent recouvert d’une croûte. Cette manifestation traditionnellement appelée « bouton d’Orient » est généralement peu douloureuse, mais son apparence peut varier considérablement.

Certaines lésions provoquées par Leishmania major finissent par cicatriser spontanément en quelques mois. Elles peuvent néanmoins se surinfecter ou laisser des marques pigmentées et des cicatrices définitives, particulièrement lorsqu’elles se trouvent sur le visage.

Une plaie qui ne guérit pas après plusieurs semaines ne signifie pas nécessairement qu’il s’agit d’une leishmaniose. De nombreuses infections, maladies inflammatoires ou affections dermatologiques peuvent produire des lésions similaires.

Quand faut-il consulter un médecin ?

Consultez un médecin devant toute lésion persistante apparue après un séjour dans une région où la maladie circule, notamment au Maghreb, au Moyen-Orient, en Afrique, en Asie ou en Amérique latine.

Il est essentiel de préciser :

  • le pays et la région visités ;
  • les dates du voyage ;
  • le caractère rural ou urbain du séjour ;
  • la date d’apparition de la lésion ;
  • l’éventuel souvenir d’une piqûre d’insecte.

Une consultation en dermatologie, en infectiologie ou dans un service spécialisé en médecine tropicale peut être nécessaire.

Une PCR pour confirmer le diagnostic

La seule apparence de la plaie ne suffit pas à établir le diagnostic. La confirmation repose sur la mise en évidence du parasite à partir d’un prélèvement effectué sur la lésion.

Les médecins peuvent notamment recourir à :

  • un prélèvement par grattage ou écouvillonnage ;
  • une recherche microscopique du parasite ;
  • une culture spécialisée ;
  • une PCR permettant d’identifier l’espèce de Leishmania ;
  • une biopsie cutanée dans certaines situations.

L’identification précise de l’espèce est importante, car le risque de complication et le traitement varient selon le parasite et la région où l’infection a été contractée.

Un traitement adapté à chaque lésion

Toutes les leishmanioses cutanées ne nécessitent pas le même traitement. La décision dépend du nombre, de la taille et de la localisation des lésions, mais également de l’espèce parasitaire et de l’état immunitaire du patient.

Lorsque les plaies sont peu nombreuses et éloignées des zones sensibles, une surveillance médicale peut parfois être proposée. Dans d’autres situations, les médecins utilisent :

  • des traitements antiparasitaires appliqués localement ;
  • des injections dans la lésion ;
  • la thermothérapie ;
  • des séances de cryothérapie réalisées par un professionnel ;
  • un traitement antiparasitaire général pour les formes étendues ou complexes.

Une confirmation parasitologique reste indispensable avant d’entreprendre certains traitements, susceptibles de provoquer des effets indésirables importants. Un suivi dermatologique est ensuite maintenu jusqu’à la cicatrisation.

Les gestes pour se protéger pendant un voyage

Il n’existe actuellement ni vaccin ni médicament préventif contre la leishmaniose. La protection repose donc entièrement sur la prévention des piqûres de phlébotomes :

  • appliquer un répulsif adapté sur les zones de peau découvertes ;
  • porter des vêtements longs et couvrants dès la tombée de la nuit ;
  • dormir sous une moustiquaire imprégnée d’insecticide à mailles fines ;
  • utiliser des écrans protecteurs sur les fenêtres et les portes ;
  • éviter, lorsque cela est possible, de dormir à proximité de terriers de rongeurs ou de zones d’accumulation de déchets.

Au retour, toute plaie persistante doit conduire à consulter en mentionnant le voyage, même si celui-ci remonte à plusieurs mois.

Sources

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