Le syndrome de Willis-Ekbom touche près de 6 millions de Français

Publié par Freya Yophy
le 14/05/2026
jambes
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Photo d'illustration
Près de 6 millions de Français souffrent du syndrome des jambes sans repos, un trouble neurologique nocturne dont la recherche dévoile enfin les mystères, du manque de fer cérébral au rôle du microbiote.

Surnommés les « piétons de minuit », de nombreux patients arpentent leur logement chaque nuit pour calmer des douleurs insoutenables par le mouvement. La maladie de Willis-Ekbom, souvent confondue avec de simples impatiences passagères, entraîne une longue errance médicale pour les malades. Elle s'inscrit parfois comme le signe d'autres pathologies sous-jacentes, à l'image du diabète ou de l'insuffisance rénale.

Un fardeau neurologique massif et sous-diagnostiqué

Avec environ 5,8 millions de personnes concernées en France, cette affection neurologique reste particulièrement fréquente mais insuffisamment repérée. Les statistiques démontrent que les femmes sont deux fois plus touchées que les hommes. Les manifestations se traduisent par des fourmillements, des brûlures ou des décharges électriques dans les jambes.

Le caractère cyclique de ces symptômes détériore gravement le quotidien des malades. Près de 2 % des patients subissent des formes sévères quotidiennes, générant une insomnie chronique invalidante et une véritable détresse psychologique.

Les quatre critères cliniques du diagnostic

La détection de ce trouble repose strictement sur un examen clinique. Le médecin s'appuie sur l'interrogatoire, écartant le besoin d'examens d'imagerie ou d'analyses sanguines pour valider son verdict. Ce diagnostic s'articule autour de quatre critères essentiels :

  • Un besoin impérieux de bouger les membres face à l'inconfort.
  • L'apparition ou l'amplification des troubles au repos, assis ou allongé.
  • Un soulagement immédiat, bien que temporaire, induit par l'activité motrice.
  • Une forte recrudescence des douleurs en soirée ou durant la nuit.

Les causes biologiques mettent en évidence un dysfonctionnement de la dopamine et une carence en fer intracérébral. Paradoxalement, le taux de fer dans le reste de l'organisme apparaît tout à fait normal lors des prises de sang. Par ailleurs, consultez votre médecin avant toute prise médicamenteuse, certains antidépresseurs ou neuroleptiques pouvant intensifier les crises.

Évolution des traitements et microbiote intestinal

La prise en charge délaisse progressivement certaines molécules au profit de nouvelles approches. L'usage des agonistes dopaminergiques exige désormais une grande prudence médicale face au risque d'augmentation, un phénomène provoquant l'aggravation des troubles sur la durée. Les spécialistes privilégient aujourd'hui d'autres traitements comme les gabapentinoïdes.

En parallèle, la recherche explore des solutions novatrices telles que la neuromodulation par stimulation du nerf vague. Les scientifiques étudient de près l'axe intestin-cerveau. Le microbiote intestinal et les phénomènes de translocation bactérienne pourraient jouer un rôle direct dans l'inflammation cérébrale responsable du syndrome.

Accompagner et soutenir les malades

Face à l'incompréhension du corps médical, l'association France Ekbom apporte un soutien inestimable aux patients isolés grâce à ses correspondants régionaux. Reconnue officiellement par le ministère de la Santé, cette structure pèse dans les discussions publiques pour améliorer le parcours de soin.

Son action s'étend également au monde scientifique. Afin de stimuler l'innovation thérapeutique sur cette pathologie souvent négligée, l'association attribue un prix de 10 000 euros aux jeunes chercheurs porteurs de projets prometteurs.

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