Lâche-moi les baskets !

Mode et sport ne font pas toujours bon ménage. Ainsi l'habitude de porter ses chaussures de jogging, à la ville, désole les orthopédistes.

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Les pieds dans la mousse

Au cours de ces trente dernières années, le phénomène du jogging a séduit un tas de nouveaux pratiquants. Les parcs et les forêts sont régulièrement envahis par des coureurs des deux sexes et de tous les âges. Ce phénomène est né d'une prise de conscience des affres de la sédentarité, certes. Mais il doit aussi beaucoup aux progrès dans l'industrie de la chaussure de sport. Il faut savoir que que foulée sur un sol dur produit une onde de choc qui remonte la charpente osseuse pour atteindre finalement les os du crâne où l'on enregistre encore de faibles répercussions. Le rôle de la chaussure sera précisément de limiter l'ampleur du microtraumatisme. Sur les anciennes chaussures de sport, les semelles de caoutchouc avaient rarement plus de 7 millimètres. Comme les gommes de l'époque étaient peu déformables, l'espace d'écrasement valait à peine 2 millimètres. Le formidable progrès de la chaussure de jogging aura été de multiplier par dix la distance d'amortissement. Aujourd'hui, la plupart des modèles présentent à l'emboîtage une épaisseur de 20, voire 25 millimètres de mousse. Tout l'art consiste alors à utiliser des matériaux légers qui s'écrasent sous les pressions et reprennent leur forme initiale sans chauffer et sans se tasser. Pour cela, les grandes marques ont développé des "concepts d'amorti" à base de plots amortisseurs, de tiges de renfort, de petites cavités remplies de gel, de bulles d'air, de pyramides, de tuyaux d'orgue, d'alvéoles en nid d'abeille, etc. On peut s'enfiler les kilomètres sans trop martyriser son squelette.

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Les pieds paresseux

Mais si cette technologie s'avère extrêmement utile pour supporter les heures d'entraînement sur l'asphalte, il en va tout autrement dans la vie de tous les jours. Le pied s'habitue vite au confort, et la souplesse de la semelle lui fait alors oublier ses propres qualités d'amortissement. Sous l'os du talon -le calcanéum- on trouve par exemple un coussin graisseux qui, en s'écrasant sous le poids du corps, joue, lui aussi, un rôle essentiel d'amortisseur. Or, celui-ci perd sa raison d'être lorsqu'on chausse continuellement ses chaussures de jogging. Plus grave encore, le pied risque de "s'effondrer" avec la mise au repos des muscles chargés de supporter la voûte plantaire. Enfin, il perd peu à peu ses qualités de proprioception. Le pied manque alors de dynamisme, ce qui a pour double effet d'accroître le risque d'entorses et d'exposer les articulations plus hautes (genoux, hanches, dos) à des contraintes inhabituelles. En résumé, rappelons que les chaussures de sport doivent servir à faire du sport et c'est tout.

Publié par Gilles Goetghebuer, journaliste santé le Mercredi 24 Décembre 2003 : 01h00
Mis à jour le Lundi 21 Mars 2016 : 17h39
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