Kinésithérapie : pourquoi l’Assurance maladie veut revoir son organisation
Le recours à la kinésithérapie progresse en France, porté par le vieillissement de la population, les maladies chroniques et la volonté de préserver l’autonomie des patients. Cette hausse des besoins oblige l’Assurance maladie à concilier trois objectifs parfois difficiles à réunir : maîtriser les dépenses, mieux répartir les professionnels et maintenir une offre de soins suffisante.
Pourquoi les dépenses de kinésithérapie augmentent-elles ?
Les remboursements de soins de masso-kinésithérapie ont progressé de 4,4 % sur un an à la fin de janvier 2026, selon l’Assurance maladie. Cette évolution reflète notamment l’augmentation du nombre de patients âgés et de personnes souffrant de pathologies nécessitant une rééducation prolongée.
La kinésithérapie intervient aussi bien après une opération ou un accident que dans l’accompagnement des maladies neurologiques, cardiovasculaires ou respiratoires. Elle joue également un rôle important dans la prévention des chutes après 60 ans et le maintien de l’autonomie.
L’augmentation des dépenses ne peut donc pas être attribuée uniquement au paiement à l’acte. Elle découle aussi d’une croissance structurelle des besoins, alors que les maladies chroniques pourraient représenter jusqu’à 70 % des dépenses remboursées en 2035, d’après les projections de l’Assurance maladie.
Plus de 109 000 kinésithérapeutes, mais une répartition inégale
La France comptait environ 109 000 masseurs-kinésithérapeutes en 2024, selon le Conseil national de l’Ordre. Leur nombre progresse rapidement : la démographie de la profession a pratiquement doublé depuis 2010.
Contrairement au chiffre de 38 ans initialement indiqué, l’âge moyen se situait autour de 41 ans en 2024. La profession reste néanmoins relativement jeune, avec près de 20 000 praticiens âgés de 25 à 29 ans.
Les diplômes étrangers représentent par ailleurs environ 31 % des professionnels inscrits à l’Ordre, principalement grâce aux formations suivies dans d’autres pays de l’Union européenne. Enfin, 85 % des kinésithérapeutes exercent en libéral ou selon un mode mixte, tandis que 15 % travaillent exclusivement comme salariés.
Cette croissance globale ne garantit cependant pas un accès identique aux soins sur tout le territoire.
Des écarts importants entre les régions
La densité nationale atteignait environ 154,5 kinésithérapeutes pour 100 000 habitants en 2024. Mais cette moyenne dissimule de très fortes disparités.
La Réunion comptait ainsi environ 266 praticiens pour 100 000 habitants. La Corse, l’Occitanie et la région Provence-Alpes-Côte d’Azur dépassaient également les 200 professionnels pour 100 000 habitants.
À l’inverse, la Normandie, le Centre-Val de Loire et l’Île-de-France affichaient moins de 120 kinésithérapeutes pour 100 000 habitants.
Il serait toutefois imprécis d’affirmer que 30 % des Français ne parviennent pas à obtenir de rendez-vous. Le zonage conventionnel classe les territoires couvrant les 15 % de la population les moins bien desservis comme « très sous-dotés », puis les 15 % suivants comme « sous-dotés ». Ce classement mesure l’accessibilité potentielle et non le nombre exact de patients privés de consultation.
Le conventionnement sélectif existe déjà
La limitation des installations dans les territoires les mieux dotés n’est pas une simple piste pour 2027. Le mécanisme est déjà appliqué dans les zones classées « non prioritaires » par les agences régionales de santé.
Dans ces secteurs, un nouveau professionnel ne peut normalement obtenir un conventionnement que s’il remplace un confrère ayant définitivement cessé son activité. C’est le principe du « un départ pour une installation ».
À l’inverse, des contrats et des aides financières encouragent l’installation dans les zones sous-dotées ou très sous-dotées. L’objectif consiste à rééquilibrer l’offre sans réduire le nombre global de praticiens.
Deux années d’exercice encadré pour les nouveaux diplômés
L’avenant conventionnel signé en 2023 prévoit également une nouvelle condition pour les étudiants ayant commencé leur formation à partir de cette même année. Avant de s’installer librement comme professionnel conventionné, ils devront :
- justifier de deux années d’exercice dans un établissement sanitaire ou médico-social ;
- ou exercer leurs deux premières années dans une zone sous-dotée ou très sous-dotée ;
- ou combiner ces deux formes d’exercice.
Cette règle ne s’applique donc pas immédiatement à tous les jeunes diplômés en 2026. Elle concernera progressivement les promotions ayant débuté leur cursus à partir de 2023.
Une rémunération toujours majoritairement fondée sur les actes
Les soins libéraux restent principalement rémunérés à la séance. Aucune généralisation officielle d’un forfait par pathologie n’est actuellement actée.
Certaines revalorisations prévues pour juillet 2025 ont été reportées au 1er janvier 2026. Cette décision avait suscité l’inquiétude des représentants de la profession, qui alertent sur la baisse d’attractivité du salariat hospitalier et médico-social.
L’enjeu dépasse ainsi la seule maîtrise comptable. Il faut également renforcer la présence des kinésithérapeutes dans les hôpitaux, les Ehpad et les structures de réadaptation, où leur intervention contribue à préserver la mobilité des personnes fragiles. Leur rôle s’élargit aussi dans des domaines comme l’activité physique adaptée après un ca
Sources :
- Assurance maladie – Remboursements de soins à fin janvier 2026
- Ordre des masseurs-kinésithérapeutes – Démographie 2024
- Remboursement des lunettes : Sécurité sociale, mutuelle et lentilles, quelle prise en charge en 2025
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