Interview : une nouvelle loi bioéthique qui autorise les " bébés médicaments "
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e-sante : Quels sont les risques du clonage thérapeutique ?

Aude Dugast : Qu'il soit reproductif ou thérapeutique, la méthode du clonage est la même : c'est une manipulation destinée à reproduire, de manière non sexuée, un être humain identique à l'original. La technique est la suivante : on enlève le noyau de l'ovule et on le remplace par le noyau d'une cellule (non sexuelle) prélevée sur le corps d'un donneur. On obtient ainsi un embryon presque « jumeau » du donneur, à quelques années près. Dans le cadre du clonage humain si on arrête la croissance de l'embryon à l'âge d'une semaine, pour utiliser ses cellules dans la recherche, on parle (improprement) de clonage thérapeutique. Si on laisse l'embryon se développer jusqu'à la naissance, c'est du clonage reproductif. Dans les deux cas, la technique est exactement la même, on reproduit un être humain, seule la finalité change. Dans le cadre du clonage thérapeutique, on crée un embryon qui sera ensuite détruit et utilisé comme matériau de recherche. Outre les problèmes éthiques majeurs que soulève cette technique (création et destruction d'un embryon), les interrogations sont multiples :

  • la recherche sur les cellules souches embryonnaires n'a pas encore permis d'établir un traitement avec de telles cellules. Alors pourquoi, prendre le risque de les créer si elles ne peuvent être utilisées comme traitement ?
  • la technique du clonage est loin d'être au point : les problèmes décrits chez les animaux clonés (anomalies génétiques, physiques…) ne sont pas encourageants. On ne sait pas cloner un être humain. Comment prédire un succès thérapeutique d'après une méthode encore incertaine ?
  • la méthode du clonage nécessite un stock en continu d'ovules. Où se procurer ces ovules ? Le don d'ovules est peu répandu car il impose à la femme un traitement contraignant. N'est-ce pas la porte ouverte à un trafic qui reposera sur l'exploitation des femmes les plus pauvres ?

e-sante : Quelles sont les nouvelles voies de recherche en perspective ?

Aude Dugast : Les voies de recherche prometteuses et qui ne posent pas de problème éthique sont celles sur les cellules souches adultes. Les promoteurs de la recherche sur les cellules souches embryonnaires continuent à faire valoir les capacités thérapeutiques de ces cellules. Pourtant selon le biologiste Jacques Testart, « Nul ne semble prendre en compte que la possibilité de recherche sur les embryons humains, ouverte depuis 1990 en Grande-Bretagne, n'a conduit à aucun résultat d'intérêt ». Alors que dans le même temps, les progrès médicaux réalisés avec des cellules souches adultes ont été nombreux en 2003, ainsi qu'en témoignent les publications scientifiques.

  • Cinq patients atteints de maladie de Parkinson ont bénéficié d'une thérapie cellulaire. Un an plus tard, ils avaient amélioré de 61% leurs capacités d'exécution des activités quotidiennes (Nature Medicine, mai 2003). Dans le Lancet du 10 juillet 2004, l'équipe de Alexis Joannides de l'université de Cambridge décrit des cellules de peau susceptibles de devenir des précurseurs de cellules neurologiques. De telles cellules souches nerveuses constituent un potentiel thérapeutique important dans le traitement de la maladie de Parkinson.
  • 250 patients diabétiques ont été traités avec des cellules de pancréas de donneurs décédés et le taux d'insuline de 80% d'entre eux s'est stabilisé.
  • Les cellules adultes ont aussi tenu leurs promesses dans le traitement de maladies cardiaques. 14 patients ont montré une amélioration significative de la fonction du coeur pendant plusieurs mois après l'injection de leurs propres cellules souches de moelle osseuse. « C'est très encourageant» a annoncé le Docteur James T. Willerson, chef de cardiologie au Texas Heart Institute qui a conduit l'étude « Il y a une amélioration significative du flux de sang » dans les parties du coeur où les cellules souches ont été injectées. Le Lancet du 10 juillet 2004 publie les travaux de l'équipe de Kai Wollert de l'Université de Freiburg. Les chercheurs montrent qu'il est possible de reconstituer les cellules cardiaques de patients malades d'infarctus du myocarde par injection de cellules souches issues de leur moelle osseuse. Après six mois de traitement, une amélioration de 7% du fonctionnement du ventricule gauche du coeur des patients traités par cellules souches était constatée, elle était de 0,7% chez les patients ayant reçu un autre traitement.
  • En France également, une nouvelle voie thérapeutique pour l'insuffisance cardiaque chronique a été ouverte par la transplantation de cellules souches adultes. Elle permet de greffer dans le coeur de patients victimes d'infarctus leurs propres cellules musculaires préalablement mises en culture. Cette étude fait référence aux succès obtenus en France par le Pr. P. Menasché, chirurgien cardiaque à l'Hôpital Georges Pompidou.
  • Les cellules souches adultes de moelle osseuse ont servi à guérir trois patients souffrant de blessures de peau chroniques (Archives of Dermatology, avril 2003).
  • Dans le domaine de l'ophtalmologie, les scientifiques de Toronto ont prélevé des cellules d'un oeil endommagé, afin de produire de nouvelles cellules et de les réimplanter dans les yeux du patient (Canada's Edmonton Journal, 30 novembre 2003).

que sont celles sur les cellules souches adultes. Les promoteurs de la recherche sur les cellules souches embryonnaires continuent à faire valoir les capacités thérapeutiques de ces cellules. Pourtant selon le biologiste Jacques Testart, « Nul ne semble prendre en compte que la possibilité de recherche sur les embryons humains, ouverte depuis 1990 en Grande-Bretagne, n'a conduit à aucun résultat d'intérêt ». Alors que dans le même temps, les progrès médicaux réalisés avec des cellules souches adultes ont été nombreux en 2003, ainsi qu'en témoignent les publications scientifiques.

* www.genethique.org est un site d'information et d'analyse sur l'actualité bioéthique, créé par la Fondation Jérôme Lejeune, www.fondationlejeune.org, sous la direction de Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune, et avec le concours de nombreux généticiens, médecins, biologistes, philosophes, juristes et groupes de travail universitaires.

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