Héritage : comment briser le tabou en famille et préparer sa succession
L’héritage, un sujet encore difficile à aborder
Comment parler d’argent sans donner l’impression d’attendre un héritage ? Comment évoquer sa disparition sans inquiéter ses enfants ? Ces questions expliquent en partie le silence qui entoure les successions. Selon une enquête réalisée en novembre 2025 par BuzzPress pour Yomoni auprès de 1 001 personnes, 63 % des Français ne discutent jamais ou presque de transmission en famille. Et 54 % déclarent ignorer le patrimoine de leurs parents.
L’enjeu prend pourtant de l’ampleur avec le vieillissement de la génération des baby-boomers. Dans une étude publiée en septembre 2026, le Conseil supérieur du notariat estime qu’environ 6 200 milliards d’euros pourraient être transmis entre 2025 et 2040. Il s’agit d’une projection médiane, entourée d’incertitudes, et non d’un montant déjà acquis.
À l’échelle d’une famille, l’objectif n’est pas de tout dévoiler autour d’un repas. Une première discussion peut simplement porter sur l’emplacement des documents importants, les coordonnées du notaire et les souhaits de chacun. Autant de repères utiles pour ne pas ajouter des recherches difficiles aux émotions du deuil.
Peut-on transmettre ses biens à qui l’on veut ?
La donation permet de transmettre de son vivant, tandis que la succession s’ouvre au décès. Dans les deux cas, lorsque le droit français s’applique, la liberté de disposer de ses biens rencontre certaines limites.
Les enfants bénéficient d’une réserve héréditaire, une part du patrimoine qui leur revient obligatoirement. Cette réserve représente collectivement la moitié des biens avec un enfant, les deux tiers avec deux enfants et les trois quarts avec trois enfants ou plus.
Le reste, appelé quotité disponible, peut être transmis à la personne de son choix. Attention à une confusion fréquente : le conjoint survivant n’est héritier réservataire qu’en l’absence de descendants. Sa réserve correspond alors au quart de la succession. Cela ne résume toutefois pas l’ensemble de ses droits, qui dépendent de la situation familiale.
Les 100 000 euros d’abattement ne s’ajoutent pas automatiquement
Chaque enfant bénéficie d’un abattement de 100 000 euros sur ce qu’il reçoit de chacun de ses parents. Les droits sont calculés sur la part taxable restante, selon un barème progressif.
Mais cet avantage doit être apprécié en tenant compte des donations antérieures. Un abattement déjà utilisé lors d’une donation datant de moins de quinze ans réduit celui disponible au moment de la succession. Il ne s’agit donc pas d’une enveloppe supplémentaire automatiquement accordée au décès.
Pour les donations, cet abattement se renouvelle tous les quinze ans. Anticiper peut présenter un intérêt, mais donner ne doit pas fragiliser ses propres finances : logement, dépenses courantes et éventuels besoins d’accompagnement restent prioritaires. Enfin, l’absence de droits de succession ne signifie pas nécessairement l’absence de frais de règlement.
Quand faut-il faire appel à un notaire ?
En 2026, le recours au notaire est obligatoire notamment lorsque la succession comprend un bien immobilier, lorsque son montant atteint 5 965 euros, ou lorsqu’il existe un testament ou une donation entre époux.
Le professionnel identifie les héritiers, vérifie leurs droits et accompagne les formalités. Lorsqu’une déclaration de succession est nécessaire, elle doit généralement être déposée dans les six mois suivant un décès survenu en France métropolitaine. Ce délai fiscal ne signifie pas que le partage de tous les biens doit être achevé dans les six mois.
L’indivision ne bloque pas toutes les décisions
Lorsque plusieurs héritiers détiennent ensemble une maison ou d’autres biens avant leur partage, ils se trouvent en indivision. Les règles varient selon les actes :
- Préserver un bien : un héritier peut prendre seul une mesure nécessaire à sa conservation.
- Assurer la gestion courante : la majorité des deux tiers des droits indivis suffit généralement, avec information des autres héritiers.
- Vendre un bien immobilier : l’unanimité est en principe requise, sous réserve d’exceptions judiciaires.
Échanger en amont sur le devenir du logement familial aide à repérer les désaccords. Un rendez-vous chez le notaire permet ensuite d’examiner les solutions adaptées. L’essentiel reste de préparer des choix compris par tous, sans pression sur la personne qui transmet.
Sources
- Yomoni / BuzzPress, novembre 2025 : enquête sur les Français et la transmission du patrimoine.
- Conseil supérieur du notariat, septembre 2026 : étude sur la « grande transmission ».
- Service Public : réserve héréditaire, recours obligatoire au notaire, déclaration de succession et fonctionnement de l’indivision.
- Direction générale des finances publiques : calcul des droits de succession et abattements applicables aux donations.