Hépatites B et D : le plan de Santé publique France pour éliminer l'épidémie d'ici 2030
Se sentir en bonne santé ne suffit pas à écarter une infection par le virus de l’hépatite B. Dans son Bulletin épidémiologique hebdomadaire du 29 septembre 2026, Santé publique France rappelle l’importance de mieux repérer cette maladie et l’hépatite D, aussi appelée hépatite delta.
Le constat repose notamment sur une estimation ancienne, issue de données de 2016 : environ 140 000 adultes vivaient avec une hépatite B chronique en France hexagonale, dont plus de la moitié ignoraient leur infection. Ces chiffres ne constituent donc pas un nouveau décompte pour 2026.
Une infection qui peut abîmer le foie sans douleur
L’hépatite B chronique évolue souvent sans manifestation particulière. L’absence de fatigue ou de douleur ne permet toutefois pas de connaître l’état du foie.
Chez certaines personnes, l’inflammation persistante favorise une fibrose : du tissu cicatriciel remplace progressivement une partie des tissus sains. Une cirrhose ou un cancer du foie peuvent ensuite apparaître, mais cette évolution n’est ni systématique ni identique chez tous les patients.
Une prise de sang permet de rechercher l’infection. Lorsqu’elle est confirmée, le bilan évalue notamment l’activité du virus et les éventuelles lésions hépatiques. C’est cette évaluation qui détermine la surveillance et l’intérêt d’un traitement.
Pourquoi rechercher aussi l’hépatite D ?
Le virus delta présente une particularité : il utilise l’enveloppe du virus de l’hépatite B pour infecter les cellules du foie. Il ne peut donc pas provoquer d’infection en l’absence de VHB.
Cette association peut accélérer l’évolution vers la cirrhose et augmenter le risque de cancer du foie. La recherche du virus delta est ainsi recommandée chez toute personne porteuse de l’antigène HBs, marqueur d’une infection par le VHB.
Le dépistage commence par les anticorps anti-VHD. Si le résultat est positif, une recherche de l’ARN viral permet de déterminer si l’infection est active. La présence d’anticorps ne suffit donc pas, à elle seule, à conclure.
Un dépistage encore insuffisant
Une analyse publiée en 2024 montrait qu’en 2022, seulement 26 % des patients suivis pour une hépatite B chronique avaient bénéficié d’une recherche d’anticorps anti-VHD durant l’année. Ce chiffre décrit une activité annuelle de dépistage, et non la proportion de patients ayant déjà été testés au cours de leur vie.
Pour réduire les occasions manquées, les spécialistes encouragent le « dépistage réflexe » : rechercher automatiquement les anticorps anti-VHD lorsqu’un premier prélèvement révèle un antigène HBs positif. Déjà utilisée dans certains hôpitaux, cette organisation reste à développer en ville.
La vaccination protège, mais ne traite pas l’infection
La stratégie nationale de santé sexuelle vise 80 % de couverture vaccinale contre l’hépatite B dans les populations particulièrement exposées d’ici 2030. Sont notamment concernés les usagers de drogues et les personnes ayant plusieurs partenaires sexuels ou un partenaire infecté.
Prévenir l’hépatite B permet également de prévenir l’hépatite D. Une distinction est cependant essentielle : le vaccin ne protège pas contre une surinfection par le virus delta lorsqu’une personne est déjà infectée par le VHB. Il ne constitue pas non plus un traitement.
L’entourage d’une personne vivant avec une hépatite B doit pouvoir bénéficier d’un dépistage et, lorsque cela est indiqué, d’une vaccination.
Des traitements spécialisés et un suivi durable
Pour certaines hépatites D chroniques, les spécialistes disposent du bulévirtide, administré par injection sous-cutanée quotidienne. Il bloque l’entrée du virus dans les cellules hépatiques. Son indication concerne notamment les patients dont l’infection est active et dont la maladie du foie reste compensée.
Selon la situation, il peut être associé à l’interféron pégylé. Le choix relève d’une équipe spécialisée et nécessite une surveillance régulière.
Ces traitements peuvent contrôler l’infection, mais ne garantissent pas une guérison définitive. Même lorsque le virus est maîtrisé, le suivi du foie reste indispensable, particulièrement en présence d’une fibrose avancée. En cas de doute sur votre statut vaccinal ou une exposition passée, parlez-en à votre médecin ou à un centre de dépistage.
Sources
- Santé publique France : données françaises, prévention et dépistage réflexe, BEH du 29 septembre 2026 consacré aux hépatites B et Delta.
- OMS : transmission, diagnostic et limites de la protection vaccinale, fiche « Hépatite D », 28 juillet 2026.
- HAS : suivi et prévention dans l’entourage, recommandations sur les hépatites B, C et D.
- HAS : indications et surveillance du bulévirtide, avis sur HEPCLUDEX du 11 juin 2025.