Fuites urinaires au masculin : à chaque type d’incontinence son traitement
Publié le 25 Novembre 2016 à 15h28 par Hélène Joubert, journaliste scientifique

Traiter l’incontinence c’est aussi modifier les comportements

Chez l’homme comme chez la femme, que l’incontinence urinaire soit par impériosité/urgenturie (envie urgente d’uriner due à une hyperactivité de la vessie) ou à l’effort (le sphincter vésical n’est plus aussi efficace), les consignes pour limiter les fuites urinaires sont similaires.

Avec, en premier lieu, les modifications comportementales :

  • réduction du surpoids (une perte pondérale de 10% réduit de 70% la fréquence des fuites),
  • arrêt du tabagisme,
  • reprise d’une activité physique.

Et parmi les conseils de bon sens :

  • boire raisonnablement (de façon à ne pas uriner plus de 1,5 à 1,8 litres par 24h),
  • limiter la consommation de boisson après 18h pour ne pas être trop dérangé pendant la nuit,
  • éviter la caféine, l’alcool et les boissons gazeuses, toutes irritantes pour la vessie et qui augmentent les urgenturies.

Des solutions au quotidien adaptées aux hommes

Les hommes ont à leur disposition des protections adaptées (des « couches pour adulte ») plus ou moins absorbantes selon le degré d’incontinence.

L’anatomie masculine permet aussi d’opter pour l’étui pénien relié à une poche, lorsqu’aucune solution chirurgicale n’est envisageable ou en cas d’échec de la chirurgie, voire de façon transitoire en attendant l’opération.

La pince à verge, un clip qui se place après le gland afin de compresser le canal urétral bloquant ainsi l’urine, satisfait un nombre non négligeable d’hommes. Une option efficace en cas de fuites minimes ou uniquement lors de certaines activités, en attendant une prise en charge ou lorsque toutes les solutions ont échoué.

La reprogrammation vésicale peut aussi être envisagée, elle consiste à apprendre aux personnes se plaignant de fuites à uriner à intervalles réguliers.

La rééducation périnéale, traitement de première ligne

Le premier des traitements de l’incontinence urinaire, qu’elle soit à l’effort ou par hyperactivité vésicale chez l’homme comme chez la femme, est la rééducation du périnée (périnéo-sphinctérienne) par électrostimulation fonctionnelle ou biofeedback.

Ce travail musculaire de contraction du périnée par la personne se fait par voie rectale chez l’homme.

Comment ça marche ? La contraction du périnée et du sphincter de l’urètre envoie jusqu’à la moelle épinière un message qui bloque la contraction de la vessie.

La rééducation périnéale permet de guérir 80 à 90% des incontinences générées par des interventions chirurgicales sur la prostate, par exemple.

Pr Pierre Costa : « L’électrostimulation fonctionnelle peut aussi se faire par voie tibiale. Des capteurs sont placés sur la face interne de la cheville (malléole). Cela concerne surtout les fuites par impériosité. Les taux de guérisons sont cependant plus modérés, avec 40 à 50% d’hommes améliorés ».

La chirurgie, privilégiée dans l’incontinence d’effort chez l’homme

Pour soigner l’incontinence urinaire à l’effort, depuis plus de vingt ans, on pose des bandelettes sous l’urètre chez les femmes. Il a fallu attendre 2007 pour que cette intervention soit proposée aux hommes ayant une incontinence légère à modérée (en deçà de 400g /400ml de fuites d’urine) par jour, lors d’activités habituelles. Ce sont des bandelettes en polypropylène destinées à la suspension de l’urètre lors des efforts, mais chez l’homme elles compriment aussi le canal urétral. Elles sont posées au cours d’une intervention relativement peu invasive, avec une incision verticale du périnée, sous les bourses. Il existe plusieurs types de bandelettes dont l’une à l’avantage d’être ajustable. Elle est proposée dans les cas d’incontinence de sévérité moyenne.

Seconde possibilité, les ballons en silicone (Adjustable Continence Therapy, ProACT™ chez l’homme et ACT™ chez la femme), implantés de part et d’autre du sphincter urétral, assurant une compression passive de l’urètre et renforçant la continence à l’effort. Ils sont aujourd’hui couramment utilisés dans les incontinences modérées mais aussi en cas d’échec des sphincters urinaires artificiels.

Pr Pierre Costa : « La solution de dernier recours dans l’incontinence urinaire d’effort chez l’homme sont les sphincters urinaires, indiqués dans l’incontinence sévère (>400ml/jour). Après intervention sur la prostate, la manchette compressive qui permet d’ouvrir et de fermer le sphincter est placé au niveau du tronçon de l’urètre appelé bulbaire et la pompe dans les bourses. La continence est restaurée dans plus de 95 % des cas chez l’homme ».

Incontinence par hyperactivité vésicale : médicaments, Botox® et neuro-modulation

Si la rééducation périnéale et l’électrostimulation tibiale ne suffisent pas en cas de contraction anarchique de la vessie (incontinence par hyperactivité vésicale/impériosité), les médicaments dits anticholinergiques sont proposés, pour une efficacité sur la qualité de vie identique chez l’homme et la femme. En cas de résultat insuffisant ou d’effets secondaires trop importants (sécheresse de la bouche, constipation), un médicament très récent -le mirabégron- s’avère tout aussi efficace, les effets secondaires en moins. Mais il n’est pas remboursé en France.

En seconde ligne, les injections de toxine botulique (Botox®) dans le muscle vésical (détrusor) sont désormais validées dans l’hyperactivité vésicale. Le détrusor se contracte moins, le patient a plus de temps avant la miction, moins d’urgenturies, moins de fuites urinaires. Près de 65% des patients sont satisfaits par l’efficacité de ces injections*, à renouveler périodiquement.

Le "pacemaker de la vessie" (neuromodulation des racines sacrées) est une autre solution. Un courant électrique est appliqué près d’un nerf (racine du nerf spinal S3 dans moelle épinière) qui participe à la commande de la vessie et du sphincter de l’urètre.

Enfin, lorsque la vessie continue à se contracter de façon anarchique malgré les médicaments anticholinergiques et la toxine botulique, il existe une chirurgie d’agrandissement de la vessie au moyen d’un petit fragment d’intestin grêle (entérocystoplastie). La personne doit alors s’auto-sonder.

Chez les handicapés moteurs, porteurs d’atteinte neurologique vésicale, il est possible de créer des dérivations urinaires continentes qui permettent un sondage urinaire par le nombril.

Pr Pierre Costa : « Des impériosités (envies pressantes d’uriner), plutôt qu’une réelle incontinence, peuvent aussi survenir en cas d’hyperplasie bénigne de la prostate obstructive et/ou irritative. Un traitement médical peut alors être proposé. Malgré cela, en cas d’échec, la chirurgie de l’adénome prostatique sera incontournable. Et, après plusieurs mois à un an, l’hyperactivité vésicale diminuera d’elle-même, faisant disparaître les urgenturies ».

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Source : * Int Urogynecol J 2012 Aug;23(8):1017-1025
D’après un entretien avec le Pr Pierre Costa, chef du service d’Urologie-Andrologie au CHU de Nîmes.