Fil dentaire : réduit-il vraiment le risque d’AVC de 22 % ?

Publié par Freya Yophy
le 20/09/2026
dent
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Passer un fil dentaire au moins une fois par semaine réduit significativement le risque d'accident vasculaire cérébral et de fibrillation auriculaire, d'après une vaste étude suivie pendant 25 ans.

Les maladies bucco-dentaires concernent près de 3,5 milliards de personnes dans le monde. Une vaste étude américaine suggère qu’un nettoyage régulier des espaces interdentaires serait associé à une diminution du risque d’AVC et de fibrillation auriculaire. Des résultats prometteurs qui doivent néanmoins être interprétés avec prudence : ils établissent une corrélation, sans démontrer un effet protecteur direct.

Un suivi de plus de 6 000 personnes pendant vingt-cinq ans

Présentée lors de l’International Stroke Conference 2025 de l’American Stroke Association, l’étude a été conduite par le professeur Souvik Sen, neurologue à l’Université de Caroline du Sud. Elle s’appuie sur les données de plus de 6 000 participants de la cohorte américaine ARIC (Atherosclerosis Risk in Communities).

Les volontaires ont indiqué leurs habitudes d’hygiène bucco-dentaire au moyen d’un questionnaire. Au cours des vingt-cinq années de suivi, les chercheurs ont recensé 434 accidents vasculaires cérébraux et 1 291 cas de fibrillation auriculaire.

Après prise en compte de plusieurs facteurs, dont l’âge, le tabagisme, le diabète, l’hypertension et le cholestérol, l’utilisation du fil dentaire au moins une fois par semaine était associée à :

  • une diminution de 22 % du risque d’AVC ischémique ;
  • une diminution de 44 % du risque d’AVC cardio-embolique, provoqué par un caillot provenant du cœur ;
  • une diminution de 12 % du risque de fibrillation auriculaire.

Cette association persistait indépendamment de la fréquence du brossage et des visites chez le dentiste.

Une association encourageante, mais pas une preuve

Ces chiffres ne signifient pas que le fil dentaire réduit à lui seul le risque d’AVC de 22 %. Il s’agit d’une étude observationnelle préliminaire, présentée lors d’un congrès scientifique. Elle ne permet donc pas d’établir un lien direct de cause à effet.

Les personnes qui utilisent du fil dentaire peuvent aussi adopter d’autres comportements favorables à leur santé, comme une alimentation plus équilibrée, un meilleur suivi médical ou une consommation de tabac moins importante. Les habitudes interdentaires ont par ailleurs été déclarées par les participants, sans contrôle quotidien ni prise en compte certaine de leur évolution pendant les vingt-cinq années de suivi.

Les résultats devront donc être confirmés par des travaux publiés et reproduits dans d’autres populations avant de considérer le fil dentaire comme un véritable outil de prévention cardiovasculaire.

Quel lien entre les gencives et les vaisseaux sanguins ?

La parodontite provoque une inflammation chronique des tissus qui entourent les dents. Lorsque les gencives saignent, des bactéries ou certains de leurs composants peuvent franchir temporairement la barrière buccale et atteindre la circulation sanguine.

Une étude menée à l’Université de Tampere a ainsi détecté de l’ADN de bactéries du groupe des streptocoques viridans dans 79 % des caillots prélevés chez 75 patients victimes d’un AVC ischémique. Cette découverte ne prouve pas que ces micro-organismes ont provoqué les accidents vasculaires. Elle soutient toutefois l’hypothèse d’une interaction entre santé buccale, inflammation et thrombose.

L’inflammation chronique associée aux maladies parodontales pourrait également participer à l’altération de la paroi des vaisseaux et à la progression de l’athérosclérose. Il s’agit cependant d’un mécanisme complexe, auquel contribuent aussi l’âge, le tabagisme, le diabète, l’hypertension et le cholestérol.

Le brossage ne suffit pas à nettoyer entre les dents

Se brosser les dents deux fois par jour avec un dentifrice fluoré reste indispensable, mais la brosse atteint difficilement les surfaces situées entre deux dents. Selon l’Union française pour la santé bucco-dentaire, environ 40 % des surfaces dentaires correspondent à ces espaces interproximaux difficiles d’accès.

Un nettoyage interdentaire quotidien permet d’y désorganiser la plaque bactérienne. Le dispositif doit néanmoins être choisi en fonction de l’anatomie de la bouche :

  • le fil dentaire convient principalement aux espaces très serrés ;
  • les brossettes interdentaires sont souvent plus adaptées aux espaces ouverts, aux implants et aux personnes souffrant de maladie parodontale ;
  • un chirurgien-dentiste peut déterminer la taille et la technique appropriées.

Le fil doit être glissé doucement contre chaque face de la dent, sans mouvement brutal susceptible de blesser la gencive. Un saignement persistant, un gonflement, une mauvaise haleine durable ou une mobilité dentaire justifient une consultation.

Un geste utile, mais pas un substitut aux mesures anti-AVC

Nettoyer ses espaces interdentaires représente une mesure simple et peu coûteuse pour prévenir les caries et les maladies des gencives. Son éventuel bénéfice cardiovasculaire constitue une piste supplémentaire, mais il ne remplace pas les moyens éprouvés de prévention de l’AVC : contrôle de la tension et du diabète, arrêt du tabac, activité physique et prise des traitements prescrits.

Le fil dentaire ne doit notamment jamais être présenté comme une protection suffisante contre la fibrillation auriculaire ou les accidents vasculaires cérébraux. Il s’inscrit dans une hygiène de vie globale et dans la surveillance des principaux facteurs de risque cardiovasculaire.

Sources

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