Erick Vauthier, pompier de Paris : un témoignage bouleversant

Publié le 12 Juillet 2005 à 2h00 par Rédaction E-sante.fr
Lui-même pompier, Bernard Le Bars a fixé l'histoire bouleversante d'Erick Vauthier : grièvement blessé lors d'un incendie, il reconstruit sa vie, physique et psychologique. Ce témoignage photographique retrace avec une force et une émotion exceptionnelles, le quotidien d'un pompier qui, de sauveur, devient victime. Que ce parcours puisse servir à d'autres…
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e-sante : Quels sont les éléments qui vous ont poussé à réaliser ce reportage ?

Bernard Le Bars : Plusieurs choses. Le fait d'être moi-même pompier y était pour beaucoup. En effet, je connaissais bien cette profession et j'avais commencé à manier l'appareil photo. Je pensais ainsi pouvoir transmettre quelque chose. Le métier de pompier est finalement assez méconnu. L'idée que l'on a généralement du pompier est celle d'un guerrier, d'un soldat du feu. Mais cette image ne correspond pas à la réalité, il existe un décalage. Les pompiers, ceux que je connais dans les grandes villes, sont davantage devenus des travailleurs sociaux : ils sont en première ligne sur le front de la précarité et de la misère. J'avais commencé le travail photographique pour témoigner sur mon métier, pour montrer la vie à la caserne. Ce sont des gens comme les autres, qui connaissent des moments sympas, des moments de doute et de fatigue. Et puis, j'ai frôlé un accident. A la caserne, où j'étais l'adjoint au chef de centre, en 1986, il y a eu une explosion et onze camarades ont été grièvement brûlés. Sur un effectif d'une cinquantaine, c'est beaucoup. Etant en rééducation à la suite d'une opération du genou, je n'étais pas là. J'ai ainsi été amené à réfléchir sur mon métier, sur les risques et les dangers encourus chaque jour. Quand Erick Vauthier a eu son accident, j'ai pensé qu'il fallait aller à sa rencontre, le suivre et témoigner à l'aide de photos. En quelque sorte, fixer cette histoire, celle du parcours réel d'un pompier, qui vivait l'accident et dont la vie basculait comme celles de tant d'autres. Il m'a semblé être bien placé pour réaliser ce témoignage. Mais à l'origine, je n'avais pas l'idée d'entreprendre un livre. Erick a failli y passer, il a mis des années à se reconstruire et il lui en faudra encore beaucoup d'autres. Il y a Erick avant et Erick après. J'ai tenu plusieurs années à le suivre régulièrement, je n'ai pas voulu lâcher. Au fil du temps, nous avons noué des liens forts. Erick a donné une grande leçon de courage. De plus, il a bien été épaulé par une épouse extraordinaire et elle a été très très présente.

e-sante : Selon vous, quelles ont été les plus grandes victoires d'Erick Vauthier ?

Bernard Le Bars : La première est qu'il a aujourd'hui une vie normale, après avoir frôlé de si près la mort. Ce qui l'a sauvé c'est son âge, sa condition physique de pompier et la volonté de se battre.Ensuite, sa cellule familiale n'a pas éclaté, alors que c'est particulièrement fréquent, et humain de craquer. Du jour au lendemain, il a été défiguré, les soins ont été lourds, sans oublier les passages au bloc tous les six mois. Et enfin, il est passé de l'autre côté, de sauveur à sauvé, c'est difficile à vivre…

e-sante : Quelles ont été vos relations avec le personnel soignant ?

Bernard Le Bars : Erick a été transféré au service des grands brûlés de l'hôpital de Percy. Il est resté endormi pendant un long moment, plus de trois semaines. Je n'ai pas voulu faire de photos à son insu, j'aurais eu l'impression de lui voler quelque chose. J'ai donc attendu son réveil. Parallèlement, on m'a ouvert les portes et mon projet photographique a été bien accueilli. Il a notamment été perçu comme une reconnaissance de leurs activités. En effet, le travail réalisé dans ces services est méconnu. Ces services font peur, ils sont très impressionnants, alors que le travail accompli quotidiennement est incroyable, de haute volée. J'ai eu d'excellentes relations et les ai conservées.Avant d'éditer le livre, j'ai voulu recueillir leur avis, car il contient ce que j'ai perçu, en tant que témoin, et je voulais être sûr qu'il n'y ait pas d'invraisemblance médicale. Ils ont beaucoup apprécié.

e-sante : Erick Vauthier, comment avez-vous accueilli le projet photographique de Bernard Le Bars ?

Erick Vauthier : J'ai accepté sans trop réfléchir, sans vraiment peser le pour et le contre. J'avais certainement besoin d'une présence supplémentaire dans cette période difficile. Même si je ne connaissais pas ou très peu Bernard Le Bars, j'ai pensé que ce visiteur me ferait du bien. Mais mon parcours ressemble à celui de beaucoup d'autres brûlés, tandis qu'on est tous des cas particuliers, avec un contexte propre à notre famille, à notre métier.

A découvrir

« Erick Vauthier pompier de Paris », Bernard Le Bars, Editions Xavier Barral, 27 euros. 2 euros sont reversés aux Orphelins de Sapeur-Pompiers (ODP) et à l'Association pour le développement des oeuvres sociales des Sapeurs-Pompiers de Paris (ADOSSPP).Le photographe Bernard Le Bars s'engage en 1973 à la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris. Chef de garde puis instructeur, il a dirigé le service photo/vidéo pendant 8 ans avant de s'adonner entièrement à son art, qu'il pratique aujourd'hui à travers l'agence Contact Press Images. Bernard Le Bars a fait l'objet d'un « Envoyé spécial » en mars 1993.En 1993, victime d'un grave accident lors d'un incendie dans un entrepôt de Rungis, le jeune pompier Erick Vauthier passe brutalement du statut de sauveur à celui de sauvé. Il retrouvera auprès des médecins, des chirurgiens et de ses proches, la générosité et la force de vie qu'il avait mises au service des victimes dans chacune de ses interventions.