L’enfant surdoué, portrait-robot
Publié le 13 Juillet 2016 à 9h50 par Hélène Joubert, journaliste scientifique

"Doués" ou "surdoués" ?

Certains spécialistes écartent volontairement de leur vocabulaire les qualificatifs de "surdoué" et de "haut potentiel intellectuel" (HPI), qui met l’enfant ou l’adulte à part.

Arielle Adda : « Ces enfants ne sont pas "surdoués" mais parmi les meilleurs (QI supérieur à 130). On peut être doué pour la musique, le dessin, le tennis etc. Lorsque l’on parle de douance sous l’angle scolaire, sa caractéristique principale est d’avoir un esprit plus rapide. Ceci est vérifié du point de vue neurologique : les connexions neuronales sont plus nombreuses et plus véloces que la moyenne. Ce substrat biologique est bien présent dans la douance, même s’il ne se suffit pas à lui seul ».

Enfants surdoués : la précocité du langage n’est pas une obligation

L’une des principales caractéristiques des enfants "surdoués" est une plus grande maturité du langage. Ils ne vont pas forcément parler plus tôt mais lorsqu’ils le feront, ils emploieront alors un langage abouti, excellent, en choisissant le mot précis au sein de phrases reflétant exactement la pensée. Certains préfèrent parler une fois qu’ils sont en mesure de ne plus écorcher les mots, d’utiliser une syntaxe correcte ; la syntaxe illustrant la clarté de la pensée.

Arielle Adda : « Les enfants doués sont généralement repérés à l’entrée à la maternelle du fait de difficultés particulières pour s’intégrer, notamment parce qu’ils ne comprennent pas que les autres enfants ne parlent pas du tout ou mal. Le langage s’accompagne généralement d’une maturité de pensée. C’est à ce moment-là que les parents se posent des questions, autour de l’âge de 3 ans et demi, se renseignent et consultent. La découverte de la douance peut survenir aussi plus tard, lors d’une dégradation des résultats scolaires, car jusque-là, ils n’avaient pas véritablement besoin de travailler pour réussir ».

A lire aussi : Comment un enfant surdoué peut-il être en échec scolaire ?

Douance : l’ennui en classe a trop souvent bon dos !

Le fait de s’ennuyer à l’école, de se désintéresser de la classe, d’être hyperactif sont souvent de réels signes de douance mais peu spécifiques et souvent galvaudés. S’ennuyer en classe n’est pas un signe irréfutable d’une douance. Si la majeure partie des enfants doués s’ennuie en classe, cet ennui peut avoir d’autres raisons comme le fait d’être rêveur, des difficultés de concentration, des problèmes auditifs ponctuels (otites séreuses) …

13 vrais indices à repérer chez un enfant doué

  • Il lit couramment à l’âge de 5 ans.
  • Il aime calculer, résoudre des problèmes au point que c’en est un véritable jeu.
  • Il fait preuve d’une grande curiosité d’esprit. Vouloir connaître le pourquoi des choses, poser de nombreuses questions. L’enfant doué a besoin d’apprivoiser le monde, de mieux le connaître, de se construire une vision d’ensemble. Chez lui, le mot clé est "cohérence". Il veut comprendre les prémices, les conséquences et l’enchaînement des évènements. Souvent, il adore la Préhistoire parce que c’est le début de l’histoire de l’Homme. Il souhaite être archéologue ou explorer les fonds sous-marins. L’entourage doit alimenter la curiosité d’esprit non pas en répondant à toutes les questions mais en suggérant des lectures, en proposant des activités créatives, artistiques (comme le théâtre où il peut aussi exprimer sa grande sensibilité).
  • Il ressent un besoin de justice. Ce sentiment va de pair avec celui de cohérence. Il vit l’injustice comme le chaos, l’insécurité.
  • Il extrapole et synthétise rapidement. Par exemple, il peut mener très loin un raisonnement logique et prévoir des événements parce qu’il aura su très vite prendre en compte un plus grand nombre de données.
  • En général, l’enfant doué n’aime pas le grand nombre, la foule. Le collège est le lieu de tous les dangers.
  • L’"hypersensibilité" est mise à toutes les sauces. Mais en effet, l’enfant doué a, de façon quasi systématique, une sensibilité exacerbée et surtout subtile. Il devine très bien les intentions des autres. Cette sensibilité n’est pas forcément visible car il se protège beaucoup. Comme il détecte instinctivement les intentions des autres avec une finesse d’analyse, il réagit : il est mal à l’aise, il se défend, il pleure. Adultes comme enfant doués doivent écouter leur ressenti. Un climat protecteur et rassurant à la maison est indispensable car cet enfant a conscience de sa vulnérabilité en tant qu’être humain.
  • Il reste prudent. Les adultes n’imaginent pas qu’un enfant puisse faire preuve de tant de sagesse et ses compagnons de jeux ne le comprennent pas. Tous ont un a priori négatif. Il attend alors de savoir à qui il a affaire avant de s’exprimer.
  • Son humour est fondé sur le langage, avec les jeux de mots notamment. Cela lui permet de se tenir à distance des évènements tel un système de défense et un moyen de relativiser.
  • Il a tendance à dramatiser. Le fait d’être perfectionnistes est pour lui à double tranchant et c’est un danger. Tout doit être parfait et il peut y passer beaucoup de temps. Impossible pour lui de "bâcler le travail". Cela rejoint le besoin de cohérence.
  • Son sens de la logique est très pointu. Il ne se résout pas à avancer une réponse qui ne serait que partiellement logique.
  • Son image de soi est bien souvent mauvaise. Cet enfant se sent à part et c’est forcément négatif dans son esprit. Certains ne peuvent s’adapter car ils se sentent différents. Cela peut basculer dans le harcèlement. L’exercice de l’intelligence n’a aucune valeur à ses yeux, puisqu’il pense n’avoir aucun mérite. Si le regard que les autres, y compris les enseignants, portent sur lui est incertain, alors son image de soi sera fortement entamée.
  • Il souffre souvent d’une insuffisance de motricité fine (laçage des lacets imparfait, chutes, coloriages approximatifs, écriture illisible et lente) car le geste va moins vite que la pensée. Les puzzles, reproduire des figures etc. l’énerve.

Enfants surdoués : les erreurs à ne pas commettre de la part de parents

La première des erreurs est de maintenir son enfant "surdoué" dans un état de toute puissance, encouragé en cela par des parents fiers et peu au courant de cette rude étape, pourtant indispensable dans l’évolution d’un enfant.

Tous les enfants vers l’âge de 2-3 ans découvrent que les adultes écoutent leurs caprices. Puis, cette impression de toute puissance est contrecarrée par la loi, la morale, la société. Ils se sentent remis en question. Lorsque l’enfant perd ou n’obtient pas ce qu’il veut, la crise est inévitable. Mais comme chez les enfants doués tout est amplifié, cela peut prendre avec eux (mais pas chez tous) des proportions épouvantables. Il ne faut pas négocier. Négocier avec un enfant c’est déjà être sûr de perdre, les enfants surdoués ayant quantité d’arguments auxquels il faut se garder de céder.

La seconde erreur est de banaliser et ne pas se soucier des problèmes de motricité fine sous prétexte qu’ils sont si intelligents par ailleurs et que cela ne semble pas porter à conséquence.

Une autre erreur commune est de prendre son comportement vis-à-vis des autres pour de l’"autisme". Les personnes autistes ne déchiffrent pas les émotions des autres sur leur visage.

Arielle Adda : « Une erreur fréquente est de vouloir à tous prix que ces enfants doués se lient d’amitié avec des enfants "non doués". Au contraire, il faut favoriser la fréquentation d’enfants comme eux, avec lesquels ils pourront créer de véritables amitiés. Leur soulagement est si grand que c’en est presque indispensable. Il existe des associations spécifiques dans la douance qui leur proposent toutes sortes d’activités. Les adultes doivent leur renvoyer une belle image d’eux, en faisant ressortir leurs qualités, en leur disant par exemple qu’il est normal qu’ils n’aient pas d’ami car les autres ne s’intéressent pas aux mêmes centres d’intérêt, peu d’enfants lisent les mêmes livres qu’eux. Il en va de même pour les adultes : par bonheur, il existe des associations comme Mensa (club international de personnes à haut potentiel intellectuel)* qui leur permet de se retrouver entre eux ».

Donner le sens de l’effort aux enfants surdoués, dès la maternelle !

L’échec scolaire au collège est bien souvent l’élément révélateur d’une douance. Le piège est de ne pas le comprendre et de l’interpréter de façon erronée comme une "phobie scolaire". Cette attitude est plutôt à mettre en rapport avec le perfectionnisme et l’absence du sens de l’effort de l’enfant. S’il ne veut plus aller à l’école c’est parce que cela devient insupportable ; de l’image de bon élève brillant sans le moindre effort, il s’effondre sans comprendre pourquoi, en pensant qu’il a perdu son don. L’image qu’il a de lui-même devient catastrophique. Prendre en charge l’enfant pour "phobie scolaire", c’est alors passer à côté du vrai problème.

Arielle Adda : « Il faut plutôt leur apprendre des techniques de travail, enseignées par des pédagogues formés au fonctionnement cognitif particulier de l’enfant doué. Pendant des années, il leur suffisait d’écouter la maîtresse d’une oreille distraite pour savoir une leçon par cœur et récolter un 20/20. Ils doivent apprendre à stocker l’information, faute de quoi leur très grande compréhension immédiate ne leur sera d’aucun secours pour reproduire ou résoudre des problèmes à distance. Tout aura été effacé. Il faut être attentif à la baisse des résultats scolaires, s’en préoccuper et donner le sens de l’effort dès la maternelle. Certains enfants ne supportent pas d’avoir une mauvaise note. Ils se donnent tout seuls les moyens, élaborent des méthodes personnelles et parviennent à inverser la courbe des résultats scolaires ».

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Source : D’après un entretien avec la psychologue Arielle Adda (Paris)
Pour en savoir plus :
Arielle Adda a rédigé de nombreux ouvrages dont "L'enfant doué : l'intelligence réconcilée" (Ed Odile Jacob) et "Le livre de l'enfant doué" (Ed Solar) 
Les chroniques d’Arielle Adda : http://www.journaldesfemmes.com/account/arielle-a-5029160
* www.mensa-france.org
 
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