Égalité et charge mentale : pourquoi les femmes sont appelées à tout arrêter le 13 octobre
Qui prépare les repas, organise les rendez-vous médicaux, accompagne les enfants ou veille sur un parent vieillissant ? Ces tâches font rarement les gros titres. Pourtant, leur interruption suffirait à désorganiser bien des journées.
C’est sur ce constat que s’appuie World with Women. Porté notamment par Marie Eloy, Caroline Blaes et Virginie Delalande, le mouvement invite les femmes qui le peuvent à suspendre leurs activités professionnelles et domestiques le mardi 13 octobre 2026, ainsi qu’à reporter leurs achats. Une mobilisation qui entend dépasser la question des salaires pour interroger aussi le partage des responsabilités.
L’Islande de 1975 comme source d’inspiration
Le précédent est resté célèbre. Le 24 octobre 1975, les Islandaises avaient massivement interrompu leur travail rémunéré et leurs tâches domestiques. Selon l’estimation des organisatrices, 90 % des femmes avaient participé à cette journée.
Entreprises, écoles et familles avaient alors mesuré très concrètement ce que leur fonctionnement devait à la présence féminine. Plus de cinquante ans après, cette démonstration reste une référence pour les mouvements en faveur de l’égalité.
World with Women souhaite reprendre ce principe, sans présumer de l’ampleur que prendra la participation en France. L’association, qui se présente comme apartisane et aconfessionnelle, invite également les hommes à soutenir la démarche et à prendre le relais.
Mettre en lumière tout ce qui se fait sans se voir
La mobilisation ne concerne pas seulement les heures passées au bureau. Elle porte aussi sur les courses, le ménage, les devoirs, les démarches administratives et l’accompagnement des proches.
Derrière l’exécution de ces tâches se trouve une autre responsabilité : penser à ce qu’il faut faire, anticiper et organiser. Cette charge mentale domestique ne disparaît pas nécessairement lorsqu’une autre personne réalise ponctuellement une corvée.
Le relais proposé aux hommes vise donc aussi cette organisation. Préparer un repas, par exemple, suppose de choisir le menu, de vérifier les provisions et de prévoir les horaires. Pour les organisatrices, c’est l’ensemble de ce travail quotidien qui mérite d’être reconnu et partagé.
Congé, RTT, grève : attention à ne pas tout confondre
L’appel à suspendre ses activités ne constitue pas, à lui seul, une autorisation de s’absenter du travail. Le mouvement propose notamment de poser une journée, mais les règles habituelles restent applicables.
Un congé payé doit être accepté par l’employeur. Pour un RTT ou un aménagement d’horaires, les modalités dépendent des accords et des règles en vigueur dans l’organisation.
La grève relève d’un autre cadre. Dans le secteur privé, elle suppose notamment un arrêt collectif et concerté du travail destiné à soutenir des revendications professionnelles connues de l’employeur. Des règles particulières s’appliquent dans certains secteurs et dans la fonction publique.
Avant toute absence, mieux vaut donc vérifier sa situation auprès des ressources humaines ou des représentants du personnel. Celles qui ne peuvent pas interrompre leur activité peuvent aussi manifester leur soutien en dehors de leurs horaires de travail.
Des rendez-vous annoncés dans plusieurs villes
Les comités locaux préparent des rassemblements le mardi 13 octobre. Parmi les rendez-vous annoncés :
- À Vannes, sur l’esplanade Simone-Veil, de 11 h 30 à 15 h 30.
- À Angers, place de Lorraine, de 11 heures à 19 heures.
- À Annecy, sur le Pâquier, devant Bonlieu, de 11 h 30 à 15 heures.
Les horaires et les lieux restent à vérifier auprès des organisateurs avant un déplacement. L’existence d’un rassemblement ne signifie pas non plus que les services publics ou les entreprises de la ville fermeront.
Après cette journée, quelles revendications ?
Le collectif défend notamment l’égalité salariale pour un travail de valeur égale, la parité dans les instances de décision et la revalorisation des métiers de l’éducation, du soin et du service. Il demande également que les financements publics bénéficient équitablement aux femmes et aux hommes.
Les progrès restent lents. Dans son rapport 2026, le Forum économique mondial estime à 129 ans le délai nécessaire pour combler les écarts de participation et d’opportunités économiques, si le rythme historique observé se maintient. Il s’agit d’une projection mondiale, pas d’une échéance propre à la France.
Au-delà du nombre de participantes, l’enjeu sera donc celui des suites : quels engagements prendront les employeurs, les responsables publics et les familles ? Une journée peut rendre visible un déséquilibre. Le corriger demande des changements qui durent.