Douleur chronique : faut-il avoir peur des opioïdes, ces puissants antidouleurs ?

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Les Etats-Unis serrent la vis sur les prescriptions de médicaments antidouleur très puissants appelés opioïdes forts, comme la morphine, dans la douleur chronique non cancéreuse. La France préfère une juste mesure entre diabolisation et banalisation de ces antalgiques. C’est pourquoi les recommandations françaises 2016 reprécisent leurs indications tout en limitant le risque d’addiction, propre à ces molécules.

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Opioïdes forts, quel est le véritable risque d’addiction ?

Les opioïdes forts sont des molécules antalgiques dites de palier 3, le plus haut niveau, utilisés en cas de douleurs intenses et/ou rebelles.

Les opioïdes forts sont au nombre de cinq en France : buprénorphine, fentanyl, hydromorphone, morphine sulfate et oxycodone.

Mais au-delà de ses bénéfices, l’utilisation large des opioïdes dans la douleur chronique (non cancéreuse) au long cours peut aussi se révéler dangereuse du fait de l’addiction et du mauvais usage qu’elles peuvent entraîner. En témoignent les dérives observées outre-Atlantique où plus de 40 personnes meurent tous les jours d’overdoses aux opioïdes *. De 2004 à 2011, les visites aux services d'urgence impliquant une utilisation inappropriée ou l’abus d'opioïdes sur ordonnance ont augmenté de 153%. De plus en plus de voix alertent quant aux sur-prescriptions d’opioïdes forts dans les douleurs chroniques non cancéreuses.

Pr Nicolas Authier, Consultation Pharmacodépendance (CHU de Clermont-Ferrand) : « En 2015, 0,94% des français ont eu au moins une prescription d’opioïde fort dans l’année soit une hausse de 74% depuis 2004 ! En 2016, les données d’addicto-vigilance font par ailleurs ressortir des signaux d’addiction et de mésusage dont le plus marquant concerne un opioïde à libération immédiate (fentanyl). Nous amorcerons en mars 2017 la première étude de prévalence en France des troubles liés à l’usage d’antalgiques opioïdes ».

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Dans quels types de douleur les opioïdes forts sont-ils utiles ?

Des règles de prescription des opioïdes fondées sur les preuves scientifiques s’imposaient.

La Société Française pour l’Etude et le Traitement de la Douleur (SFETD) s’est saisie de la tâche et a publié ses recommandations en 2016**.

En effet, dans les douleurs chroniques non cancéreuses, contrairement aux douleurs cancéreuses ou au douleurs aigües, les opioïdes ne constituent pas un remède miracle. Ils ne sont que partiellement efficaces (efficacité moyenne attendue de l’ordre de 30%) et ceci dans un nombre très limité d’indications. Les voici :

  • Dans les douleurs d’arthrose des membres inférieurs.
  • Dans les lombalgies chroniques qui résistent aux traitements : hernie discale, canal lombaire étroit (forme de douleur lombaire), maladie dégénérative des disques vertébraux (discopathie dégénérative), glissement du corps d'une vertèbre en avant du corps vertébral, situé en dessous d'elle (spondylolisthésis).
  • Les douleurs neuropathiques périphériques ou centrales (qui affectent les nerfs).

Dr Xavier Moisset, coordinateur des recommandations SFETD 2016, service de neurologie (CHU Gabriel-Montpied, Clermont-Ferrand) et Inserm U-1107 : « Dans ces indications, les opioïdes forts ne doivent être proposés qu’après échec des traitements de première intention associés à une prise en charge globale y compris psychologique. Il ne faut pas en abuser. En revanche, les opioïdes forts ne sont pas recommandés dans la fibromyalgie ni dans les céphalées primaires (migraine, céphalées de tension). Malheureusement, ils sont de plus en plus utilisés dans ces types de douleur, de même que dans les douleurs passagères mal identifiées. »

Mots-clés : Opioide, Douleur, Antidouleur
Publié le 28 Novembre 2016 | Mis à jour le 19 Janvier 2017
Auteur(s) : Hélène Joubert, journaliste scientifique
Source : * CDC releases guidelines for prescribing opioids for chronic pain.
Voir + de sources
15 mars 2016 ; ** Presse Med. 2016; 45: 447–462
D’après des entretiens avec le Pr Nicolas Authier, Consultation Pharmacodépendance / CHU de Clermont-Ferrand et co-rédacteur des recommandations SFETD 2016 et le Dr Xavier Moisset, service de neurologie (CHU Gabriel-Montpied, Clermont-Ferrand) et Inserm U-1107.