Les deux types d'erreur de diagnostic

Publié le Mardi 08 Février 2000 : 01h00
Dans une situation donnée, un médecin peut commettre une erreur en plus, diagnostiquant une maladie qui n'existe pas, ou une erreur en moins, ne faisant pas le diagnostic d'une maladie réellement présente.
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La médecine n'est pas une science exacte. Les erreurs de diagnostic sont fréquentes. Plus que cela : quelle que soit la qualité de l'interrogatoire, de l'examen clinique, et éventuellement des examens complémentaires pratiqués, on sait à présent qu'un certain nombre d'erreurs sont inévitables.Prendre en compte l'incertitude du diagnostic dans la décision de traitement est devenu un élément indissociable d'une pratique cohérente et rationnelle de la médecine. Or dans bien des cas, comme nous le signalent P. Skrabaneck et J. McCormick, la formation médicale pousse à l'excès de diagnostic.

"Il est plus fréquent de diagnostiquer une "non maladie" que de passer à côté d'une maladie bien réelle. Comme le dit T.J.Scheff, leur formation encourage les médecins à être prudents. Le "crime" le plus grave à l'hôpital universitaire et une erreur de diagnostic. Un diagnostic obscur, atteint grâce à une grande perspicacité ou à la simple chance, est investi du plus grand crédit. De tels succès deviennent ensuite le sujet de conférences ou parfois de confrontations anatomo-cliniques. En d'autres termes, les médecins sont encouragés à commettre une erreur de type 1 (NDLR : faire un diagnostic en l'absence de maladie), et donc à créer une non-maladie, plutôt qu'une erreur de type 2, c'est-à-dire à passer à côté d'une véritable maladie. (...) La maladie la plus fréquente, selon l'aphorisme de Karl Krauss, est le diagnostic.Les avantages et les inconvénients de ces deux types d'erreur peuvent être résumés comme suit.

Conséquences d'une erreur de type 1 (diagnostic en l'absence de maladie)

  • 1. Traitement inutile, comprenant parfois une intervention chirurgicale.
  • 2. Perte de la sensation de bonne santé et encouragement à devenir malade.
  • 3. Pratiquement aucun risque d'être couvert d'opprobre ou d'être poursuivi. (La possibilité d'une action en justice pour "diffamation de santé" devrait peut-être être encouragée.)
  • 4. Il est rare et difficile de corriger ce type d'erreur. Parfois les preuves sont détruites, par exemple une non-tumeur peut être évacuée dans les égouts.

Conséquences d'une erreur de type 2

  • 1. Action en justice pour négligence.
  • 2. Condamnation morale et opprobre de la part des collègues, mais
  • 3. L'erreur peut être corrigée lorsque la maladie devient plus floride et plus facilement apparente."
Publié le Mardi 08 Février 2000 : 01h00
Source : Skrabanek P. et McCormick J. "Idées folles, idées fausses en médecine" Odile Jacob éd., coll. Opus, Paris 1997, 196 pages.
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