Dérives sectaires : les pratiques en santé qui inquiètent la Miviludes

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Reiki, kinésiologie, psychothérapie… Certaines disciplines censées améliorer la santé inquiètent les autorités. Elles pourraient mener à des dérives sectaires, selon une mission dédiée, la Miviludes.

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Derrière la promesse d'une meilleure santé, des pratiques bien plus sombres peuvent se cacher. La Miviludes  (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) le rappelle dans son rapport annuel. Médecines complémentaires ou alternatives, mais aussi psychothérapies, sont régulièrement épinglées.

L'inquiétude est pour le moins justifiée : parmi les signalements effectués auprès de cette autorité, près de 600 concernaient le domaine de la santé ou du bien-être. Soit près de la moitié des dossiers traités.

Le reiki, une apposition des mains

Deux disciplines sont particulièrement ciblées par la Miviludes dans ce rapport. La première est le reiki. Développée à la fin du XIXe siècle par le Japonais Mikao Usui, cette méthode propose une guérison par apposition des mains.

Après une phase d'initiation, le reiki est censé "libérer un mouvement énergétique intérieur", provoquant une guérison par détente musculaire. Une technique qui aurait, en outre, l'avantage d'augmenter les capacités d'auto-guérison physique et psychoaffective.

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Mais dans les faits, le reiki n'est pas reconnu par un diplôme d'Etat. N'importe qui peut donc se proclamer spécialiste. Il n'est donc pas surprenant que de nombreuses dérives sectaires aient été signalées à la Miviludes.

La kinésiologie, une approche obscure

D'origine américaine, la kinésiologie est l'autre discipline qui inquiète particulièrement la mission dirigée par Serge Blisko. Cette thérapie holistique inspirée de la médecine chinoise s'appuie sur un principe pour le moins obscur.

Les adeptes sont censés parvenir à l'auto-guérison physique et psychologique par une "optimisation des ressources personnelles". Mais pour cela, la rupture avec ses habitudes néfastes est nécessaire… ce qui peut se traduire par l'éloignement des relations familiales et personnelles. Des dérives hygiénistes à haut risque pour la santé ont aussi été signalées.

Ces deux disciplines partagent un même mode d'action. D'abord, le thérapeute convainc son interlocuteur qu'il est hors du commun, avant de lui promettre monts et merveilles… à condition de s'éloigner de ses racines.

Une promesse d'autant plus attirante que l'environnement thérapeutique est chaleureux et positif. S'appuyant de plus en plus sur l'admiration qu'il suscite, le thérapeute finit par isoler totalement sa victime.

Quand les régimes alimentaires endoctrinent

Mais la Miviludes s'alarme aussi des régimes alimentaires miracle qui ont de plus en plus de succès. "On y trouve (…) la promesse d'une meilleure santé ou d'un mieux-être", souligne la mission. Le problème, c'est que des mouvements comme le crudivorisme ou le respirianisme, cités dans le rapport, peuvent s'avérer particulièrement risqués pour la santé des adeptes.

Pour appuyer son propos, la Miviludes livre un exemple concret : les stages jeûne et randonnée. Ceux-ci sont "dangereux pour des personnes porteuses de pathologies ou de fragilités et faute d'un encadrement médical", souligne le rapport.

Les dérives sectaires sont d'autant plus propices qu'avec un corps affaibli, les adeptes sont plus vulnérables aux manipulations.

Les psychothérapeutes gourous

En matière de psychothérapie  aussi, les pratiques peuvent être radicales. "L'amateur côtoie ici aussi de véritables gourous", avertit la Miviludes. Le recours à l'hypnose, notamment, est pointé du doigt par la mission.

Sous prétexte de mieux-être, le thérapeute aura tendance à isoler son "patient". Dérive notable, les thérapies "anti-terreur" qui ont connu un véritable essor après les attentats de novembre 2015 à Paris et Saint-Denis.

Face à ces risques, la Miviludes travaille en lien étroit avec la Direction générale de la Santé, rattachée au ministère en charge de la Santé. En deux ans, dix méthodes à risque ont été évaluées par un groupe de travail. Cela a abouti à l'élaboration de fiches de synthèse qui permettent de fixer les limites d'une pratique "normale".

Publié le 23 Mars 2018
Auteurs : Audrey Vaugrente, journaliste santé
Source : Rapport d'activité de la Miviludes, consulté le 23 mars 2018 (document PDF en ligne)
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