Dépistage de l'ostéoporose : remboursement au 1er juillet !
Publié le 19 Juin 2006 à 2h00 par Rédaction E-sante.fr
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e-sante : Concrètement , qu'est-ce qui va changer au 1er juillet 2006 ?

Françoise Nicole Kremer : Depuis la dernière journée mondiale contre l'ostéoporose, en octobre dernier, il a été annoncé que le remboursement de la densitométrie osseuse sera effectif au 1er juillet 2006. Des experts ont été réunis par « Femmes pour toujours » afin de trouver un consensus définissant clairement le type de femmes qui allait pouvoir bénéficier du remboursement de cet examen, ainsi que le taux de remboursement. En effet, nous sommes tout à fait conscients que toutes les femmes ne sont pas concernées. Dans le cadre d'une enquête nationale dénommée « l'os en question », que nous menons depuis 3 ans déjà, nous avons réussi à cibler une population de femmes qui comportent des facteurs de risques. Selon le ministre de la Santé, le remboursement devrait concerner environ 1 million de femmes (avec un coût de 40 millions d'euros) pour 3 millions de femmes ostéoporotiques.

Mais à ce jour, le ministre n'a toujours pas divulgué les modalités du remboursement, notamment les bénéficiaires. C'est un vaste chantier sur lequel des spécialistes travaillent activement.

Et en effet, à mon avis, le chiffre de 3 millions de femmes atteintes d'ostéoporose est très en dessous de la réalité car il ne tient compte que des cas graves et très peu des incidents révélateurs d'un risque d'ostéoporose.

Par exemple, le dépistage de l'ostéoporose à la suite d'une fracture du poignet est très mal fait car on ne réalise pas forcément une densitométrie chez une femme qui se casse le poignet. Pourtant, cette fracture est clairement un signal d'alerte indiquant un risque d'ostéoporose. Ces cas typiques ne sont pas comptabilisés dans les 3 millions…

Nous, Association de patients, nous devons pouvoir répondre aux femmes, leur dire si elles peuvent bénéficier ou non du remboursement de cet examen et être en mesure de leur expliquer pourquoi.

Nous avons un énorme travail de communication à mener car la prévention primaire s'annonce très difficile. C'est notre rôle d'alerter les personnes qui sont à risque de déminéralisation osseuse et de leur expliquer les solutions thérapeutiques qui vont derrière.

Comment faire si nous ne connaissons pas les modalités de remboursement de la densitométrie, ni les prochaines étapes, c'est-à-dire celles concernant le remboursement des traitements. Aujourd'hui, les personnes à risque mais qui n'ont pas encore eu de fracture ne peuvent bénéficier des traitements médicamenteux préventifs ou curatifs. Dans ces conditions, comment recommander la réalisation d'une densitométrie de dépistage si on ne peut ensuite proposer aucune solution ?

e-sante : A quand le remboursement des médicaments spécifiques contre l'ostéoporose ?

Françoise Nicole Kremer : À partir du moment où la densitométrie sera remboursée pour des personnes reconnues, nous savons bien que le remboursement des médicaments pour le traitement de l'ostéoporose viendra par la suite. Et c'est indispensable car ces traitements sont particulièrement coûteux.

e-sante : Comment savoir si on est à risque d'ostéoporose ?

Françoise Nicole Kremer : Les 11 millions de femmes françaises ménopausées sont censées savoir si elles ont un risque d'ostéoporose ou non. En réalité, elles sont vraiment très peu nombreuses à le savoir. Les médecins généralistes ne posent pas toujours les questions clés qui servent à identifier un risque d'ostéoporose, tandis que le rhumatologue est consulté trop tard, lorsqu'un incident s'est déjà produit.

Il faut expliquer aux femmes qu'elles n'ont pas toutes des facteurs de risque et qu'en conséquence, elles ne bénéficieront pas toutes du remboursement de l'examen de dépistage. Nous devons les inciter à identifier leurs risques en partenariat avec leur médecin. Il existe un questionnaire officiel permettant très facilement de dépister le risque d'ostéoporose.

À titre d'exemple, une femme ne prenant pas de traitement hormonal substitutif de la ménopause « présenterait » un facteur de risque. Il faut le savoir !

Notre rôle est celui d'éduquer le public : si vous présentez un risque d'ostéoporose, vous pouvez entrer dans la catégorie des personnes qui seront remboursées. Ensuite, nous pouvons orienter vers des consultations spécialisées et informer sur des solutions thérapeutiques, elles existent.

En conclusion, il faut bien comprendre que tout le monde n'a pas besoin d'une densitométrie et que le remboursement doit être ciblé. Le dépistage de masse est insensé. Et enfin, ce que l'on ne veut pas, c'est dire à une personne présentant un risque identifié, qu'il n'existe pas de médicament remboursé. La prochaine étape est donc celle du remboursement des traitements. Actuellement, ils ne le sont que pour les femmes qui ont déjà eu une fracture, c'est-à-dire quand c'est trop tard.