Césarienne : quels risques pour l’enfant ?

Publié le 03 Décembre 2012 à 10h00 par Dr Catherine Solano
La décision de faire ou non une césarienne repose sur plusieurs éléments. Le chirurgien doit toujours prendre en compte le bénéfice pour la santé de la mère et celle de l’enfant. Mais au fait, quels risques court un enfant naissant par césarienne ?
© Istock
Cet article vous a intéressé ?

Recevez encore plus d'infos santé, en vous abonnant à la quotidienne de E-sante.

Votre adresse mail est collectée par E-sante.fr pour vous permettre de recevoir nos actualités. En savoir plus.

Le risque anesthésique d’une césarienne, quelle conséquence pour le bébé ?

Une césarienne implique une anesthésie, soit une péridurale, soit une anesthésie générale, et une partie des produits anesthésiants passe dans le sang de l’enfant.

Cependant, une anesthésie générale faite seule (et non après péridurale) entraîne en fait moins de passage d’anesthésiants qu’une longue péridurale, car le nouveau-né est sorti très rapidement du ventre de sa mère.

Et les péridurales longues entraînant le passage de substances anesthésiques dans le sang se rencontrent aussi lors des naissances par voies naturelles.

Les conséquences du passage des anesthésiques chez l’enfant sont un tonus musculaire plus faible et une succion moins efficace tout de suite après la naissance.

Césarienne, quel risque de mortalité pour l’enfant ?

Aujourd’hui, la mortalité infantile à la naissance est très basse.

Cependant, un enfant né par césarienne a un risque de mortalité augmenté : 1,77 risques pour 1000 naissances au lieu de 0,62 pour 1000 naissances chez les enfants nés par voie basse.

Afin de ne pas fausser les données, l’étude (1) donnant ces chiffres a seulement pris en compte les naissances ne présentant pas de risque particulier, à terme, et en présentation par la tête, donc sans doute assez souvent des césariennes de confort, fréquentes aux USA.

Pourtant, gardons à l’esprit qu’une césarienne peut aussi sauver la vie d’un enfant lors d’un accouchement à risque !

Césarienne, l’absence de massage n’aide pas l’enfant à respirer

Un bébé passant par le col de l’utérus, et le vagin de sa maman, se trouve massé très fortement lors de l’expulsion.

L’absence de ce massage l’expose à un risque respiratoire.

La pression exercée sur la cage thoracique de l’enfant stimule l’expulsion de liquide contenu dans ses poumons. Sans cette pression naturelle, le risque de détresse respiratoire après la naissance se trouve augmenté à 35,5 pour 1000 naissances pour les césariennes réalisées sans que le travail soit commencé, à 12,2 pour 1000 pour les césariennes décidées en cours de travail, alors qu’il existe seulement à 5,3 pour 1000 détresses respiratoires pour les naissances par voie basse (2).

Une césarienne augmente le risque d’asthme !

Les enfants nés par césarienne souffrent plus souvent d’asthme.

Il se peut que cela soit dû à l’augmentation du nombre de détresses respiratoires à la naissance.

Le risque d’asthme après césarienne est augmenté de 1,2 fois et plus encore si les deux parents sont allergiques : 1,8 fois plus d’asthme à l’âge de 8 ans (4).

Césarienne, le bébé manque d’hormones pour préparer sa venue au monde

Pendant le travail et le passage par les voies naturelles, des hormones de stress fabriquées par le bébé l’aident à naître. Elles ont pour rôle de faciliter sa première respiration, et d’améliorer la circulation du flux sanguin vers les organes les plus importants, en particulier le cœur et le cerveau.

Elles l’éveillent et lui permettent de se trouver prêt à respirer et à téter rapidement.

Un enfant qui est né par césarienne programmée ne sera pas prêt de la même manière. C’est sans doute un peu comme si on l’enlevait du ventre de sa mère alors qu’il est encore à moitié endormi ! D’où l’augmentation du risque de détresse respiratoire (ajouté au manque de massage du thorax).

Une césarienne augmente le risque d’allergies alimentaires !

Lors de la naissance, l’enfant passant par les voies naturelles voit son tube digestif colonisé par les lactobacilles du vagin de sa maman, ce qui lui assure une protection et un fonctionnement idéal.

En cas de césarienne, la flore digestive de l’enfant est différente, ce qui pourrait expliquer le risque augmenté d’allergies alimentaires.

Bonne nouvelle, l’allaitement peut compenser ce risque car il a un effet positif sur le risque d’allergies alimentaires (3).

Au total, la césarienne, quand elle n’est pas nécessaire, présente des risques supplémentaires pour l’enfant.

Elle peut pourtant être faite uniquement pour lui parce qu’il est en souffrance.

Elle peut donc aussi être bénéfique, voire lui sauver la vie.

C’est au gynéco-obstétricien de peser les risques et de poser la bonne indication : naissance par voie naturelle ou césarienne, en expliquant son choix aux futurs parents

Source : (1) MacDorman MF et coll., Birth., 2006 Sep;33(3):175-82, http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/16948717.
(2) Morrison J.J. et coll., Br J Obstet Gynaecol, 1995 Feb;102(2):101-6, http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/7756199.
(3) Dominguez-Bello MG et al., coll., Proc Natl Acad Sci U S A. 2010 Jun 29;107(26):11971-5. Epub 2010 Jun 21. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20566857.
(4) Thavagnanam et coll., Clin Exp Allergy. 2008 Apr;38(4):629-33, http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/18352976. Roduit C, et coll., Thorax. 2009 Feb;64(2):107-13. Epub 2008 Dec 3, http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/19052046.