Le cannabis comme antidouleur : plus de mal que de bien ?

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La surmédiatisation du cannabis comme "anti douleur naturel", son autorisation aux Etats-Unis, au Canada et dans plusieurs pays d’Europe dans les douleurs de la sclérose en plaques ou du cancer… peu à peu l’idée que le cannabis aurait des vertus antalgiques a fait son chemin dans les esprits. En réalité, en 2017, les preuves scientifiques sont encore très minces.

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Cannabis et douleur, de quoi parle-t-on ?

En 2017, les études scientifiques sur les effets antalgiques du cannabis (espèce Cannabis sativa) divisent, même au sein des médecins spécialistes de la douleur.

Depuis une dizaine d’années, la grande majorité des études s’est focalisée sur les trois substances (cannabinoïdes) les plus abondantes du cannabis : le delta9-tétrahydrocannabinol (THC) pour son effet psychoactif, le cannabinol et le cannabidiol pour leur effet sur la douleur. Mais le cannabis comporte plus de soixante autres composés sont aussi actifs !

A ce jour, les expérimentations autres que chez l’homme sont rares. Chez l’animal, elles suggèrent un soulagement vis-à-vis des douleurs inflammatoires, viscérales et liées aux nerfs (neuropathiques).

Qu’ils soient en faveur ou non de l’utilisation du cannabis naturel ou de synthèse dans la douleur, les spécialistes s’accordent sur le fait que l’impact sur le ressenti douloureux grâce au cannabis semble plutôt modeste. Le hic est que les études sont peu nombreuses, qu’elles portent sur de faibles effectifs et sur des durées très limitées.

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Cannabis et douleur, que disent les études ?

La toute première synthèse des études déjà parues (2001) avait conclu à l’absence de supériorité des cannabinoïdes sur un antalgique de référence (ici la codéine) pour contrôler la douleur chronique, cancéreuse ou post-opératoire.

En 2007, un essai sur des personnes volontaires non malades brouillait les cartes : alors que des doses moyennes atténuaient la douleur, de fortes doses au contraire l’exacerbaient ! Dans un autre essai, chez des personnes ayant le VIH et souffrant de douleurs liées aux nerfs, quatre « joints » par jours pouvait soulager, modestement. Quant aux douleurs de la fibromyalgie, une compilation des données scientifiques parue en 2016 s’est avérée négative.

Cependant, une analyse récente publiée en 2015 a retrouvé des effets, très discrets (et parfois nuls) des cannabinoïdes, synthétiques ou naturels, sur la douleur.

De tous, c’est le cannabis synthétique Nabiximols (THC et cannabidiol, en pulvérisations) qui s’en sort le mieux, notamment dans la douleur liée aux nerfs (neuropathique) et la douleur cancéreuse. Celle-ci est plus souvent améliorée (d’au moins 30%) sous THC ou nabiximols.

Quant au cannabis fumé, les rares études sont le plus souvent de durée trop courte pour trancher. Certaines suggèrent pourtant qu’il pourrait aider certains malades dans les douleurs liée aux nerfs (douleurs neuropathiques centrales). Des preuves supplémentaires sont nécessaires.

Pr Serge Perrot, rhumatologue au Centre d’évaluation et de traitement de la Douleur (Hôpital Cochin, Paris) : « Au vu des études, rien ne justifie aujourd’hui l’utilisation du cannabis dans la douleur chronique et celle liée aux nerfs (neuropathique) : les effets antalgiques sont trop modestes ».

Publié le 06 Février 2017 | Mis à jour le 06 Février 2017
Auteurs : Hélène Joubert, journaliste scientifique
Source : D’après les interventions des Prs Serge Perrot, rhumatologue au Centre d’évaluation et de traitement de la Douleur (Hôpital Cochin, Paris) et Didier Bouhassira (Inserm U987, Centre d’évaluation et de traitement de la Douleur, hôpital Ambroise Paré, Boulogne-Billancourt) au congrès de la Société française d’étude et de traitement de la douleur (SFETD ; Bordeaux, 24-26 novembre 2016).