Cancer de la prostate : se faire dépister ou pas ?

Publié le 06 Avril 2012 à 11h05 par Dr Philippe Presles
La question est relancée depuis la publication d’un nouvel avis de la Haute autorité de santé (HAS) qui préconise de ne pas faire de dépistage systématique du cancer de la prostate, même chez les personnes à haut risque.Le sujet n’est pas simple... Aussi, je vous propose un point pour vous faire une idée pratique du dépistage du cancer de la prostate.
© getty
Cet article vous a intéressé ?

Recevez encore plus d'infos santé, en vous abonnant à la quotidienne de E-sante.

Votre adresse mail est collectée par E-sante.fr pour vous permettre de recevoir nos actualités. En savoir plus.

Le cancer de la prostate, un cancer tardif et qui évolue lentement

Cancer de la prostate : première cause de cancer chez l’homme et la troisième cause de décès par cancer.

Le cancer de la prostate est un cancer qui touche de nombreux hommes, mais la plupart du temps sans qu’ils ne s’en rendent compte. En effet, le cancer de la prostate évolue lentement et arrive plutôt à un âge avancé. Autrement dit, la plupart des hommes concernés par le cancer de la prostate meurent d’autre chose, d’un infarctus par exemple, avant que le cancer de la prostate n’ait eu le temps de trop nuire. Ce constat soulève la question de l’intérêt de son dépistage.

Cette question est d’autant plus complexe que, malgré tout, 71.220cancers de la prostateont été diagnostiqués en 2011 et que ce cancer a été responsable de 8.685 décès.

Le problème est que si on vous diagnostique un cancer de la prostate, vous risquez de vous voir proposer une opération chirurgicale ou une radiothérapie susceptible de vous gâcher la vie, si elles ont pour séquelle de vous rendre victime de dysfonction érectile. Cette perte de qualité de vie est d’autant plus préjudiciable qu’elle ne vous garantit pas de vivre vraiment plus longtemps.

Dépistage du cancer de la prostate : quelles sont les dernières préconisations de la Haute autorité de santé (HAS) ?

Concernant le dépistage du cancer de la prostate, la Haute autorité de santé (HAS) fait les préconisations suivantes :

  • Ne pas faire systématiquement de dépistage du cancer de la prostate, même chez les personnes à haut risque (notamment celles dont un frère ou un père a eu ce cancer, celles qui sont originaires des Antilles et celles qui ont été exposées à des agents cancérogènes comme le chlordécone).

  • Si la personne veut malgré tout bénéficier d’un tel dépistage, bien l’informer des risques liés au traitement qui résulterait du diagnostic de ce cancer, en lui proposant notamment de lire le document rédigé à cet effet par la HAS : http://www.has-sante.fr

Si malgré ces mises en garde, vous voulez malgré tout bénéficier d’un dépistage du cancer de la prostate

Voici ce qu’il faut savoir si vous souhaitez malgré tout bénéficier d’un dépistage du cancer de la prostate :

  • Le dépistagedu cancer de la prostate consiste en un toucher rectal annuel et en un dosage sanguin des PSA ou Antigènes spécifiques de la prostate. Cette prise de sang est très sensible et détecte des cancers potentiellement débutants.

  • Le dépistagedu cancer de la prostate commence à partir de l’âge de 50 ans (voire à partir de 45 ans chez les personnes à haut risquede cancer de la prostate).

  • Surtout, si l’on vous diagnostique un cancer de la prostate, il est essentiel de rester calme : vous avez généralement largement le temps de prendre votre décision. Vous pouvez alors demander l’avis de deux urologues.

  • Si l’un de ces urologues vous propose de vous intégrer dans un protocole de surveillance active de votre cancer, acceptez. C’est la méthode la plus sûre.

    Votre urologue fera le point avec vous tous les 6 mois et vous proposera différentes solutions au fur et à mesure de l’évolution de la tumeur et en fonction de votre cas. L’avantage d’un tel protocole est d’être bien suivi, de n’avoir aucune séquelle et de pouvoir bénéficier des meilleurs traitements au fur et à mesure des découvertes scientifiques.

  • Ce protocole de surveillance active permet aussi de s’investir complètement dans la prévention.

    Les cellules ducancer de la prostate sont en effet très sensibles au mode de vie (nourriture saine, activité physique).

  • Ce protocole permet enfin de décider plus tard d’une éventuelle intervention, si elle s’avérait nécessaire en fonction de l’évolution de la tumeur.

La clé est donc de pouvoir bénéficier des bons conseils d’un médecin dont vous avez toute confiance, votre médecin généraliste ou votre urologue.

Vous l’avez bien compris : il faut pouvoir discuter avec ce médecin tranquillement de toutes les possibilités qui s’offrent à vous - vous faire dépister ou pas - et comment vous faire suivre et soigner en cas de diagnostic. Cette décision vous appartient complètement.

Source : HAS février 2012. Cancer de la prostate : identification des facteurs de risque et pertinence d’un dépistage par dosage de l’antigène spécifique prostatique (PSA) de populations d’hommes à haut risque.