Cancer de la prostate : près de deux ans de survie en plus avec une trithérapie

Publié par Freya Yophy
le 28/10/2026
la trithérapie
Istock
Présentés au congrès ESMO 2026, les résultats à long terme de l’essai PEACE-1 confirment l’intérêt d’associer trois traitements chez certains hommes atteints d’un cancer de la prostate métastatique. La différence de survie médiane atteint 1,8 an par rapport à l’association hormonothérapie-chimiothérapie. Une avancée importante, qui ne concerne toutefois pas tous les patients.

PEACE-1 confirme un bénéfice après presque huit ans de suivi

L’essai européen PEACE-1, promu par Unicancer, a recruté 1 173 hommes présentant un cancer de la prostate déjà métastatique au diagnostic. Il a notamment évalué l’ajout d’abiratérone, une hormonothérapie, au traitement de référence utilisé pendant l’étude.[^1]

Les résultats actualisés ont été présentés par le Pr Karim Fizazi, directeur général du Centre Oscar Lambret. Ils prolongent les premières conclusions publiées en 2022 : le bénéfice du traitement persiste dans la durée, et ne se limite pas aux premières années de prise en charge.[^2]

Après un suivi médian de 7,7 ans, l’analyse des 710 patients ayant reçu une privation androgénique et du docétaxel montre que l’ajout d’abiratérone améliore plusieurs indicateurs :

  • La survie médiane atteint 6,2 ans, contre 4,4 ans sans abiratérone.
  • La survie estimée à huit ans s’élève à 40,3 %, contre 27,1 %.
  • La réduction relative du risque de décès au cours du suivi est estimée à 32 % dans ce sous-groupe.[^3]

Ces chiffres décrivent des groupes de patients. Ils ne signifient pas que chaque homme gagnera exactement 1,8 an de vie, ni que la médiane constitue une limite individuelle.

Trois traitements pour agir de manière complémentaire

La trithérapie associe trois approches :

  • Une privation androgénique, qui réduit la production de testostérone.
  • Une chimiothérapie par docétaxel, généralement administrée en six cycles.
  • L’abiratérone par voie orale, accompagnée d’un corticoïde prescrit à faible dose.[^4]

L’abiratérone bloque une enzyme appelée CYP17, nécessaire à la fabrication des androgènes. Elle freine ainsi la production de ces hormones, y compris en dehors des testicules. Cette action complète celle de la privation androgénique, qui doit être maintenue.[^5]

La prednisone ou la prednisolone associée au traitement contribue à limiter certains déséquilibres hormonaux provoqués par l’abiratérone. Il ne faut donc pas modifier ou interrompre ce corticoïde sans l’avis de l’équipe soignante.

Quels patients peuvent bénéficier de cette stratégie ?

PEACE-1 concerne des cancers d’emblée métastatiques et hormonosensibles : la maladie s’est propagée au-delà de la prostate, mais reste sensible aux traitements qui diminuent l’action des hormones masculines. Les métastases peuvent notamment toucher les os et nécessiter une prise en charge spécifique des douleurs osseuses.

La trithérapie exige toutefois un état général permettant de supporter la chimiothérapie. Les recommandations françaises proposent particulièrement de la discuter chez les patients présentant une maladie métastatique étendue ou à haut risque, après évaluation des autres maladies, des traitements associés et des préférences du patient.[^6]

Lorsque les métastases sont peu nombreuses, les résultats actualisés vont également dans le sens d’un bénéfice, mais la différence de survie n’est pas statistiquement significative dans ce sous-groupe. Cela ne prouve pas une absence d’efficacité, mais impose davantage de prudence.[^3]

Autre limite importante : la comparaison présentée oppose la trithérapie à la privation androgénique associée au docétaxel. Elle ne démontre pas directement sa supériorité sur une double hormonothérapie moderne sans chimiothérapie. Cette dernière conserve une place majeure parmi les traitements du cancer de la prostate.[^4]

Une surveillance indispensable pendant le traitement

L’abiratérone peut entraîner une hypertension artérielle, une baisse du potassium sanguin, une rétention d’eau ou des anomalies du foie. Sa prescription nécessite donc des contrôles réguliers de la tension, du bilan hépatique et du potassium, ainsi qu’une vérification des interactions médicamenteuses.[^5]

Le suivi ne se limite pas aux résultats sanguins : fatigue, alimentation, autonomie et tolérance de la chimiothérapie participent aux décisions. L’équipe adapte la prise en charge à l’évolution de la maladie et à la situation du patient.[^6]

En France, l’abiratérone est déjà autorisée dans certaines indications du cancer de la prostate. Une recommandation clinique ne doit cependant pas être confondue avec une autorisation sans restriction pour tous les profils.[^5]

Enfin, les soins remboursables liés au cancer peuvent être pris en charge à 100 % de la base de remboursement de l’Assurance maladie dans le cadre d’une ALD. Cette couverture ne signifie pas nécessairement l’absence de tout reste à charge.[^7]

Sources

Unicancer, Programme PEACE et présentation de l’essai PEACE-1.
Assurance maladie, Cancer de la prostate : diagnostic et prise en charge en ALD.

 
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