Bienvenue dans l’univers de la santé 2.0
Publié le 23 Mars 2015 à 8h00 par Lena Rose, journaliste santé

Qui dit Las Vegas dit casinos, machines à sous, paillettes, un univers bien loin du monde de la santé et du médical. Pourtant si la célèbre ville du désert du Nevada fait l’actualité de ce début d’année c’est bien pour les nouveautés en matière de santé connectée qui ont été présentées lors de l’édition 2015 du Consumer Electronics Show (CES). On y dénombrait quelque 300 exposants du secteur de la santé connectée et de la biotechnologie, soit 35 % de plus que l’an dernier. Impossible de lister tous ces objets et applications connectées ici, d’autant plus qu’une partie ne sera pas commercialisée avant des mois. Certaines nouveautés récentes ont cependant retenu notre attention car elles illustrent l’évolution de la tendance, en ciblant les maux qui sont des enjeux de santé publique.

Tout pour mon bébé

Il y a, par exemple, Pacif-i, une tétine qui mesure la température de l’enfant à l’aide d’un capteur intégré et qui renvoie ces données sur le Smartphone des parents. Un capteur permet même de les alerter si bébé s’aventure au-delà d’un rayon prédéterminé ou s’il perd sa tétine. Pacif-i, devrait arriver bientôt sur le marché français, ce qui n’est pas le cas d’un produit à l’objectif similaire, Temptraq, un patch jetable connecté pour surveiller la température du bébé, en attente du retour des autorités sanitaires américaines. À venir également, le Oto Home, un élément qui s’attache au Smartphone des parents et qui capture une vidéo de l’intérieur de l’oreille de leur enfant. Cette dernière est ensuite transmise au médecin pour un diagnostic à distance. Il n’y en avait évidemment pas que pour les enfants au CES : on peut, par exemple, parler de Quell, un objet connecté destiné à réduire les douleurs chroniques type diabète et sciatique en augmentant le taux d’endorphine avec des mini décharges électriques. Ou de Melomind du français MyBrain, un casque connecté qui mesure l’activité cérébrale en temps réel grâce à des électrodes et agit en musique sur la gestion du stress. Mais impossible de le coiffer avant la fin 2015.

Surveillance et prévention

C’est le cas de l’hypertension, qui affecte 25 % de population mondiale selon The Lancet (janvier 2015). Withings, pionnier de la santé 2.0 apporte sa réponse avec le tensiomètre sans fil sous forme de brassard qu’il suffit de passer sur son bras pour mesurer sa tension artérielle. Il se connecte automatiquement en Bluetooth avec une tablette ou un Smartphone et lance instantanément l’application Health Mate. Depuis le mois de janvier, cette appli est enrichie d’un protocole scientifique développé par des médecins de l’hôpital Européen Georges Pompidou, à Paris baptisé HyResult et proposé comme module payant au sein de l’application gratuite Withings Health Mate. Elle consiste en 3 mesures prises à la même heure, matin et soir, pendant 5 jours. Le résultat peut être partagé dans un format adapté au médecin et il s’agit là du premier protocole validé et publié à l’auto-mesure médicalisée de l’hypertension. Un développement intéressant qui apporte un vrai plus.

Bien-être du dos

Autre mal universel, le mal de dos. Un mal que veut prévenir la ceinture Lumoback, dotée d’un capteur intelligent pour suivre en temps réel votre position (dos vouté ou droit) sur votre Smartphone, le temps passé debout et assis, le nombre de pas ou les positions que vous adoptez la nuit… Bref tous vos mouvements, et qui vibre lorsque vous adoptez une mauvaise position pour vous inciter à en changer. Lancée il y a plusieurs mois, cette ceinture a su faire ses preuves. Si vous la jugez trop encombrante, vous pouvez opter pour le clip connecté Prana qui se fixe aux vêtements et intègre un accéléromètre capable de calculer la posture de l’utilisateur, ainsi que de calculer et d’analyser la respiration, grâce à une dizaine de « comportements » enregistrés dans la base de données.

Ils sont partout !

Plus gadget direz-vous ? On peut aussi se poser la question à propos de la fourchette connectée 10S Fork accompagnée d’une application mobile sensée nous aider à adopter de nouvelles habitudes alimentaires (réapprendre à manger lentement, redécouvrir les signaux de satiété…). Que dire des semelles chauffées Digisole connectées via un Smartphone pour chauffer ses pieds et mesurer son degré d’activité physique quotidien d’un seul clic ? Les exemples de ce type se sont multipliés depuis le lancement des premiers objets que sont les bracelets et montres connectées, destinés à mesurer le niveau de stress, l’activité physique, le sommeil… On les trouve partout en grandes surfaces sous la marque Laboratoires Mercurochrome, jusqu’à chez Apple avec l’Apple Watch. Et bientôt dans une nouvelle enseigne de pharmacies dédiées, Ma Pharmacie Référence, née de l’association entre le groupement de pharmaciens PHR et la chaine de magasins spécialisés dans les objets connectés, Lick. Cette tendance à l’auto-analyse fait également son entrée en thalassothérapie, à Carnac Thalasso Spa Resort, qui propose à tout curiste qui le souhaite de s’équiper d’un bracelet connecté Garmin pour mesurer son activité physique et son sommeil pendant et après la cure.

Nécessaires précautions

Comment s’y retrouver parmi tous ces objets connectés mais aussi parmi les plus de 100 000 applications santé disponibles sur nos mobiles, dont près de 14 000 applications sur le seul AppStore ? Rien que pour le suivi du diabète, il existe 50 applications en français. Et toutes les pathologies ne s’y prêtent pas. Les applications axées sur la migraine, par exemple, peuvent permettre de comprendre les symptômes, les troubles mais uniquement en support d’une consultation. « La santé est une affaire personnelle mais qui doit être partagée avec un professionnel de santé, médecin ou pharmacien. Nos solutions interviennent avant la consultation, pendant la consultation ou après la consultation », confirme Frédéric Faurennes, président d’IDS Santé, filiale française du groupe néerlandais présent dans 15 pays dans le monde est dont le cœur d’activité est le changement de comportement du patient.

Un appui médical, pas un substitut

« L’application connectée n’est pas un concurrent pour le médecin, elle ne peut pas palper le ventre, diagnostiquer une otite à la place de l’auto-scope, par exemple. En revanche, pour les pathologies dont la surveillance et la prévention reposent sur des données médicales chiffrées comme le diabète ou l’hypertension, c’est un bon complément. Je conseille à mes patients d’aller sur des plateformes d’évaluation qui répertorient les applications santé car les étoiles décernées par IOS ou Android ne sont pas un critère suffisant », intervient Éric Couhet, médecin généraliste et expert pour la plateforme collaborative Dmd Santé (lire ci-après). La CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés ), qui est en charge de son côté d’accompagner l’innovation tout en protégeant les données personnelles, propose, par exemple, un marquage spécifique des applications et des objets connectés permettant au public de distinguer ce qui relève ou non du médical. « Mais aussi une information à destination du grand public assurée conjointement par les autorités sanitaires compétentes, les autorités de protection des données, mais aussi par les fabricants, éditeurs d’applications et plateformes », précise le praticien. Le Conseil de l’Ordre des médecins se penche également sur un processus de validation car, comme le relève Éric Couhet : « Ces applis fournissent des données que l’on ne peut pas contrôler puisque les patients les mettent directement sur leur Smartphone. »

Une nouvelle ère en marche

Selon le Baromêtre Odoxa sur la santé connectée réalisé pour Orange et MNH et publié en janvier dernier, « l’immense majorité des Français (respectivement 67 % et 78 % sur les deux items), des patients (72 % et 80 %) et surtout des médecins (81 % et 91 %) sont convaincus que la santé connectée constitue, d’une part, “une opportunité pour la qualité des soins”, et, d’autre part, “une opportunité pour améliorer la prévention. » Une nouvelle ère est donc bel et bien en marche, mais à n’importe quel prix. Priorité doit être donnée à l’information et à la pédagogie.

Le best of des Applis

Cette sélection est réalisée parmi les applis les mieux notées dans leur catégorie par DMDSanté. Cette plateforme collaborative regroupe « plusieurs centaines de médecins et utilisateurs qualifiés, bénévoles et libres de tout conflit d’intérêt » qui évaluent les applications mobiles de santé sur Smartphone ou tablette.

Catégorie : Suivi de traitement médical, aide à la gestion de la prise des médicaments de toute la famille.

MediSafe Meds & Pill Reminder

Fonctions : synchronisation des boîtes à pilules de la famille, choix du son de rappel, affichage de la liste des médicaments « à prendre aujourd’hui», possibilité d’envoyer le rapport d’avancement chez votre médecin par fichier Excel.

Le + : très facile d’utilisation grâce à son ergonomie et son design bien réalisés. Les rappels successifs pour plusieurs prises de médicaments dans la journée peuvent être très utiles. L’idée de pouvoir représenter visuellement le médicament à prendre est très pratique.

Le - : elle devrait proposer plus de médicaments vendus en France ainsi que les dosages existants au lieu de devoir les retaper systématiquement. La traduction en français laisse à désirer.

Note : 18/20. Sur Androïd et IOS. Gratuite.

Catégorie santé de l’enfant

Ludicalm

Fonctions : cette appli se présente comme un « ludicament » à destination des professionnels de santé et de leurs patients. Elle permet à l’enfant de gérer son stress et sa douleur pendant un soin, aux parents d’avoir un support sur lequel s’appuyer pour soutenir l’enfant et aux soignants de réaliser le soin sans traumatisme pour l’enfant.

Le + : l’utilisation de la réalité augmentée via la caméra du Smartphone qui fait apparaître des personnages que l’utilisateur peut animer. On aime aussi la possibilité de prendre une photo avec le personnage.

Le - : la difficulté à garder l’image dans certaines situations et le nombre de personnages trop limité, deux seulement, une grenouille ou une luciole.

Sur Androïd et IOS. En cours de notation. 2,99 €.

Catégorie gérer mes vaccins

Fonctions : ce carnet de vaccination électronique intelligent permet d’enregistrer tous vos vaccins et de savoir immédiatement contre quelles maladies vous devriez être protégé. Les vaccinations en retard et les prochaines en date vous sont précisées automatiquement.

Le + : pratique, fiable car les recommandations personnalisées sont dispensées par « 40 médecins spécialistes des maladies infectieuses » afin, « selon le profil santé de chacun, de savoir ce qu’il faut faire (les vaccins vraiment utiles) ou ce qu’il ne faut pas faire (une injection inutile ou non recommandée) ». On aime aussi la possibilité de créer plusieurs pseudos avec la date de naissance de chacun, et gérer ainsi plusieurs carnets de vaccination.

Le - : peut mieux faire côté design et ergonomie.

Note : 16,5/20. Sur Androïd et IOS. Gratuite.

Catégorie : Gérer mon diabète

Gluci-Chek

Fonctions : calcul des glucides contenus dans plus de 220 plats simples ou composés, personnalisation de la base alimentaire en ajoutant ses propres données (repas, aliments…), visualisation des recettes en ligne ou des fiches pratiques, information sur la composition nutritionnelle d’un plat.

Le + : signée Roche Diagnostics France, elle assure bien la surveillance glycémique, le suivi des événements indésirables et du traitement, et intègre les données diététiques. Le design est recherché ce qui permet une navigation agréable.

Le - : elle manque d’ergonomie car le clavier ne sort pas automatiquement lors d’une recherche dans l’application. Il n’est pas possible de chercher par catégorie, mais uniquement par mots-clés. Manque de références alimentaires.

Note : 19/20. Sur Androïd et IOS. Gratuite.

Catégorie : prévention des allergies

ArbrallergiK

Fonctions : cette appli vous permet d’identifier les arbres les plus courants en France et leurs potentiels allergisants, et répond aux questions les fréquentes sur les allergies. C’est possible en étant devant un arbre grâce à une photo de la feuille et à des questions simples, par exemple. Avec d’autres rubriques comme « Les cartes polliniques » ou « Tous les arbres » vous serez incollables sur le sujet.

Le + : pratique, ergonomique et intéressante grâce à l’interactivité que l’on peut avoir avec elle, notamment lors de balade en forêt. L’application peut être très utile notamment pour éviter les éventuelles crises d’asthme rhinites.

Le - : aucun.

Note : 18,5/20. Sur Androïd et IOS. Gratuite.

Catégorie : j’arrête de fumer

Stop-tabac

Fonctions : informations sur les avantage de l’arrêt du tabac, identification des obstacle et conseils pour passer outre, notifications envoyées régulièrement en fonction du profil et de la date d’arrêt définie, visualisation des bénéfices de l’arrêt sur les compteurs (cigarettes évitées, temps de vie gagné, argent économisé, nombre de jours d’arrêt), conseils en cas d’envie, choix d’un parrain, partage sur Facebook, récompenses en fonction des succès.

Le + : développée par des experts du sevrage tabagique de l’Université de Genève, elle possède une bonne ergonomie et un design agréable. Les fonctionnalités sont complètes et plutôt ludiques avec un système de récompenses/trophées et la visualisation des bénéfices au fil des jours (heures de vie, argent économisé...).

Le - : on aimerait encore davantage d’interactivité et d’animations avec l’ajout de vidéos par exemple, comme proposé avec d’autres applications sur l’arrêt du tabac.

Note : 17,5/20. Sur Androïd et IOS. Gratuite.

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Source : Article publié par Lena Rose le 19/03/2015
Sources : "Bienvenue dans l’univers de la santé 2.0", Côté Santé, magazine N° 92, mars/avril 2015.