Automédication : pourquoi 8 produits sans ordonnance sur 10 sont recalés par 60 millions de consommateurs
Une gorge qui gratte, une digestion difficile, quelques nuits agitées : face aux petits troubles du quotidien, l’automédication peut sembler la solution la plus simple. Mais les produits présentés côte à côte en officine n’ont pas tous le même statut ni les mêmes indications.
L’emballage rassurant, la mention « naturel » ou la présence d’une plante connue ne suffisent pas à établir l’efficacité d’une formule. Le choix doit tenir compte du bénéfice attendu, des risques et de la situation de la personne qui l’utilise.
Une enquête sur 100 produits qui invite à faire le tri
Le dossier de 60 Millions de consommateurs consacré à l’automédication annonce l’examen de 100 produits. Il attire l’attention sur une distinction essentielle : les remèdes achetés pour soulager un symptôme ne sont pas nécessairement tous des médicaments.
Pour interpréter une telle comparaison, il faut regarder les références précises, leurs ingrédients, les doses et les précautions d’emploi. Les conclusions concernant une sélection ne peuvent pas être étendues à tous les produits disponibles sans ordonnance.
Il faut également distinguer une efficacité insuffisamment documentée d’une inefficacité démontrée. L’absence de preuves solides ne permet pas, à elle seule, d’affirmer qu’un produit n’agit que par effet placebo.
Médicament, complément ou dispositif : quelle différence ?
Ces trois catégories ne suivent pas le même parcours réglementaire.
- Le médicament relève d’un cadre pharmaceutique, généralement avec une autorisation de mise sur le marché précisant ses indications, sa posologie et ses contre-indications. Une délivrance sans ordonnance ne supprime pas les risques.
- Le dispositif médical agit principalement par un mécanisme autre que pharmacologique, par exemple une action physique. Son marquage CE correspond à des exigences de sécurité et de performance, selon une procédure différente de celle du médicament.
- Le complément alimentaire est une denrée destinée à compléter l’alimentation. Il ne peut pas revendiquer le traitement ou la guérison d’une maladie.
En France, les compléments alimentaires font l’objet d’une déclaration, voire d’une demande d’autorisation selon les cas, auprès de la Direction générale de l’alimentation. Cette démarche ne constitue pas une validation de leur efficacité thérapeutique. Sources : ministère de l’Agriculture et Agence du numérique en santé.
Mal de gorge : attention aux anesthésiques locaux
Certaines pastilles ou pulvérisations contiennent un anesthésique local, comme la lidocaïne ou la tétracaïne. En diminuant la sensibilité de la gorge, ces substances peuvent gêner la déglutition et favoriser une fausse route. L’Assurance Maladie déconseille ces traitements chez les enfants et les personnes âgées.
Pour une irritation légère, boire régulièrement par petites gorgées et éviter le tabac peuvent aider. Sucer une pastille simple ou un bonbon stimule également la salivation, à condition que l’âge et les capacités de déglutition le permettent. Les bonbons durs ne conviennent pas aux jeunes enfants ni aux personnes présentant des troubles de la déglutition.
Cela ne signifie pas qu’une confiserie possède une efficacité équivalente à tous les traitements. Le choix dépend de la cause et de l’intensité des symptômes. Source : Assurance Maladie.
« Naturel » ne signifie pas sans effets indésirables
Les plantes et les substances présentes dans les compléments peuvent interagir avec des médicaments. Leur association n’est donc pas anodine, notamment lorsqu’une personne suit déjà plusieurs traitements.
La mélatonine illustre cette prudence nécessaire. L’Anses recommande notamment un avis médical avant sa consommation chez les personnes prenant des médicaments ou vivant avec certaines maladies, et préconise un usage ponctuel des compléments qui en contiennent. Source : Anses.
Avant d’ajouter un produit, indiquez au pharmacien l’ensemble de vos traitements, y compris les plantes, vitamines et produits achetés en ligne.
Les bonnes questions à poser au comptoir
Pour choisir un traitement adapté, quelques questions simples permettent d’aller au-delà des promesses commerciales :
- Ce produit est-il utile pour mes symptômes ?
- Est-il compatible avec mes traitements et mes maladies éventuelles ?
- Existe-t-il une solution plus simple, éventuellement sans médicament ?
- Quelle dose respecter et pendant combien de temps ?
- Quels signes doivent conduire à consulter ?
Lisez la notice et ne cumulez pas plusieurs produits sans vérifier leur composition : des marques différentes peuvent contenir la même substance.
Si les symptômes persistent, s’aggravent ou deviennent inhabituels, consultez. Une difficulté à respirer ou une impossibilité d’avaler nécessite une prise en charge urgente. L’automédication doit rester limitée aux situations bénignes, sur une courte durée et avec un conseil adapté. Source : Assurance Maladie.
Sources
- 60 Millions de consommateurs — « Automédication : trop d’indésirables parmi les 100 produits étudiés » — référence du dossier ; classement détaillé non vérifié.
- Assurance Maladie — Se soigner seul avec l’automédication.
- Assurance Maladie — Mal de gorge : que faire et quand consulter ?.