Anosmie : ce dispositif pourrait aider à retrouver une forme d’odorat

Publié par Freya Yophy
le 14/05/2026
odorat citron
Istock
Photo d'illustration
Face à l'anosmie qui touche 20 % de la population mondiale, le projet européen ROSE marque un tournant historique en proposant une prothèse olfactive innovante pour retrouver une signature sensorielle des odeurs.

La pandémie de Covid-19 a brutalement mis en lumière l'importance de ce sens discret, laissant des centaines de milliers de personnes avec des séquelles persistantes. Près de 20 % de la population souffre aujourd'hui de troubles olfactifs, dont 5 % d'anosmie totale, un handicap lourd qui altère le plaisir alimentaire, le rappel des souvenirs et la détection des dangers domestiques comme le gaz. 

Pour répondre à cet enjeu de santé publique, le consortium européen ROSE, initié au Centre de recherche en neurosciences de Lyon (CRNL), développe une preuve de concept inédite.

Comment fonctionne le dispositif ROSE étape par étape ?

Soutenu par un financement européen de 3 millions d'euros, ce projet rassemble des experts internationaux pour élaborer une solution de substitution technologique. Le système transforme les molécules chimiques aériennes en signaux compréhensibles par le cerveau humain.

Le processus repose sur quatre étapes successives :

  • 1. Capture et détection : Des capteurs chimiques miniaturisés agissent comme des nez électroniques pour identifier les molécules odorantes présentes dans l'air.
  • 2. Traitement algorithmique : Les informations captées sont transmises à un smartphone. Une intelligence artificielle traduit alors cette complexité chimique en données numériques simplifiées.
  • 3. Transmission du signal : Un boîtier récepteur, intégré discrètement sur une monture de lunettes, convertit les données numériques en impulsions électriques.
  • 4. Stimulation intranasale : Des micro-électrodes, simplement déposées sur la muqueuse de la fosse nasale sans chirurgie invasive, transmettent l'impulsion au système nerveux.

Pourquoi cibler le nerf trijumeau pour restaurer l'odorat ?

Les approches traditionnelles tentent généralement d'utiliser le bulbe olfactif. Or, chez les patients atteints d'anosmie traumatique ou virale, cette zone est souvent inaccessible ou définitivement endommagée. Les scientifiques du projet ROSE contournent la difficulté en exploitant le nerf trijumeau.

Habituellement responsable de la perception de la douleur, de la fraîcheur du menthol ou du piquant de la moutarde, ce canal nerveux particulièrement robuste sert ici de nouvelle voie d'accès. L'objectif n'est pas de sentir biologiquement le parfum naturel d'une rose, mais de générer une sensation électrique substitutive. Cette perception constitue une véritable signature sensorielle associée à l'odeur captée.

Réapprendre à sentir grâce à la neuroplasticité

Une fois le dispositif en place, l'utilisateur entame un processus d'apprentissage. Il doit associer chaque nouvelle impulsion électrique à l'objet physique correspondant dans son environnement. Cette neuroplasticité repose sur le même principe que la rééducation auditive après la pose d'un implant cochléaire.

Actuellement en phase expérimentale, ce dispositif médical n'est pas encore accessible au grand public. Les équipes de recherche peaufinent l'ergonomie pour miniaturiser le système sous la forme de lunettes de vue augmentées. Cette approche garantira une solution discrète pour aider les patients anosmiques à sécuriser leur environnement et à renouer progressivement avec les saveurs de leur alimentation.

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