Alzheimer et transfusion sanguine : ce que dit vraiment l’alerte

Publié par Freya Yophy
le 04/09/2026
transfusion sang
Istock
Une synthèse parue dans The Lancet interroge la transmission théorique des protéines amyloïdes par le sang, mais la transfusion reste un geste médical indispensable et hautement sécurisé.

Les nouvelles recherches sur les maladies neurodégénératives peuvent rapidement susciter des inquiétudes. Une publication récente interroge ainsi la possibilité que des protéines associées à la maladie d’Alzheimer circulent dans certains produits sanguins. Les chercheurs évoquent cependant une hypothèse à étudier, et non un risque démontré pour les donneurs ou les patients transfusés.

Une hypothèse scientifique, pas une nouvelle preuve clinique

Publié en août 2026 dans The Lancet, le texte signé par l’équipe du professeur John Collinge n’est ni un essai clinique ni la démonstration d’une transmission. Il s’agit d’un article d’analyse dans lequel les chercheurs passent en revue les données disponibles et appellent à approfondir cette question.

Leur réflexion repose notamment sur la découverte de très rares formes dites « iatrogènes » de pathologies amyloïdes, provoquées par d’anciennes pratiques médicales. En 2024, une étude avait décrit plusieurs patients britanniques exposés durant leur enfance à une hormone de croissance préparée à partir d’hypophyses humaines prélevées sur des personnes décédées.

Certains lots auraient contenu des fragments de protéines bêta-amyloïdes capables d’amorcer leur accumulation dans le cerveau. Ce traitement historique, administré de manière répétée, a été abandonné au Royaume-Uni en 1985. Cette situation exceptionnelle ne correspond donc pas aux transfusions sanguines pratiquées aujourd’hui.

Ce que montre l’étude portant sur un million de receveurs

Les auteurs s’appuient également sur une étude exploratoire publiée en 2023 dans le JAMA. Elle portait sur 1 089 370 personnes transfusées en Suède et au Danemark.

Les chercheurs ont constaté que les receveurs de sang provenant de donneurs ayant développé ultérieurement plusieurs hémorragies intracérébrales présentaient eux-mêmes davantage de risque d’en subir une. L’angiopathie amyloïde cérébrale, une maladie caractérisée par des dépôts de protéines amyloïdes dans les vaisseaux cérébraux, pourrait constituer l’une des explications envisagées.

Cette association doit néanmoins être interprétée avec prudence. L’étude n’a pas mesuré directement la présence de protéines amyloïdes dans les poches de sang et ne prouve pas leur transmission. Les auteurs reconnaissent également la possibilité de biais de sélection et de facteurs de confusion. Aucun signal comparable n’a été observé lorsque le donneur n’avait présenté qu’une seule hémorragie cérébrale.

La maladie d’Alzheimer n’est pas contagieuse

Les formes habituelles de la maladie d’Alzheimer ne sont pas transmissibles d’une personne à une autre. Il n’existe aucun risque lors des contacts familiaux, des soins quotidiens, du partage d’un repas ou de la salive.

Les cas historiques qualifiés d’iatrogènes résultent d’expositions médicales très particulières, répétées et aujourd’hui abandonnées. Ils ne remettent pas en cause le rôle du vieillissement, de la génétique et des nombreux facteurs environnementaux dans le développement des maladies neurodégénératives.

À ce jour, aucune preuve clinique ne démontre qu’une transfusion sanguine moderne transmet la maladie d’Alzheimer.

Il ne faut ni refuser une transfusion ni renoncer au don

Une transfusion est prescrite lorsque son bénéfice médical est supérieur aux risques connus. Elle peut être indispensable après une hémorragie, un accident, une opération importante ou dans le traitement de certains cancers et maladies du sang.

En France, environ 10 000 dons sont nécessaires chaque jour pour soigner près d’un million de patients par an. La publication du Lancet ne conduit pas, à ce stade, à modifier les recommandations destinées aux donneurs ou aux receveurs.

Avoir un proche atteint de la maladie d’Alzheimer ne constitue pas, à lui seul, la preuve d’un risque transfusionnel. L’aptitude au don reste évaluée individuellement au cours de l’entretien réalisé par l’Établissement français du sang.

Une surveillance transfusionnelle déjà très encadrée

Les produits sanguins font l’objet d’une sélection des donneurs, de contrôles biologiques, d’une traçabilité et d’une surveillance par l’hémovigilance. La réglementation française prévoit également des contre-indications spécifiques pour certaines situations associées aux maladies à prions.

En revanche, il n’existe actuellement aucun test de routine permettant de rechercher des protéines bêta-amyloïdes dans chaque don. Il serait également prématuré d’affirmer que la déleucocytation, qui retire l’essentiel des globules blancs, élimine un éventuel risque amyloïde.

L’objectif des chercheurs est précisément de déterminer si un tel risque existe réellement, de l’évaluer et, si nécessaire, de développer de futurs biomarqueurs sanguins de dépistage. En attendant ces résultats, les données disponibles ne justifient aucune modification individuelle du recours à la transfusion ou du don de sang.

Sources

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