11-Septembre : 170 000 pages révèlent ce que New York savait sur l’air toxique
Pendant vingt-cinq ans, des secouristes, des riverains et des employés du sud de Manhattan ont réclamé l’accès aux archives municipales consacrées aux conséquences environnementales des attentats du 11 septembre 2001. La ville de New York vient finalement de mettre en ligne une première série de plus de 170 000 pages, au terme d’une longue bataille judiciaire menée notamment par l’association 9/11 Health Watch.
Rapports sur la qualité de l’air, données relatives aux contaminations et échanges entre responsables municipaux doivent désormais permettre de mieux comprendre ce que les autorités savaient durant les semaines qui ont suivi l’effondrement des tours.
Des risques juridiques identifiés dès octobre 2001
Parmi les documents rendus publics figure le très attendu « Harding Memo », rédigé en octobre 2001 à l’attention de Robert Harding, alors adjoint au maire. Le texte examine les poursuites auxquelles la ville pourrait être confrontée si des habitants ou des travailleurs estimaient avoir été encouragés à revenir trop rapidement dans le sud de Manhattan.
Le document évoque notamment l’exposition à une atmosphère chargée de substances toxiques ainsi que l’insuffisance éventuelle des protections respiratoires fournies aux équipes présentes sur les décombres.
Quelques semaines auparavant, le 18 septembre 2001, l’administratrice de l’Agence américaine de protection de l’environnement avait publiquement affirmé que l’air pouvait être respiré sans danger. Une enquête de l’inspection générale de l’agence conclura en 2003 que les données disponibles ne permettaient pas de formuler une assurance aussi catégorique.
Ces nouveaux dossiers ne démontrent pas que les autorités connaissaient déjà l’ampleur exacte des maladies futures. Ils montrent néanmoins que les risques sanitaires et judiciaires étaient sérieusement envisagés en interne, tandis que le discours public demeurait rassurant.
Des dizaines de milliers de cancers reconnus par le programme fédéral
Les effets sanitaires ne concernent plus uniquement les pompiers photographiés au milieu des décombres. Les employés de bureau, les habitants, les commerçants et les élèves ayant fréquenté la zone d’exposition peuvent également bénéficier du suivi du World Trade Center Health Program.
Au 30 juin 2026, plus de 145 000 personnes étaient inscrites à ce dispositif fédéral. Près de 98 000 bénéficiaient de la reconnaissance d’au moins une affection associée à leur exposition. Depuis la création du programme, 57 044 certifications pour cancer ont été enregistrées chez les secouristes et les survivants.
Ce dernier chiffre ne correspond toutefois pas nécessairement à 57 044 malades différents : une même personne peut recevoir plusieurs certifications. Il serait également incorrect de présenter tous les décès survenus parmi les inscrits comme directement provoqués par les poussières de Ground Zero. Le programme précise qu’il ne détermine pas la cause du décès de ses membres.
L’affirmation selon laquelle les maladies liées au 11-Septembre auraient déjà causé trois fois plus de morts que les attentats reste donc impossible à établir à partir de ces seules statistiques. En revanche, la progression des cancers pris en charge et des maladies respiratoires confirme le poids sanitaire considérable de cette catastrophe.
Une poussière suffisamment alcaline pour irriter les voies respiratoires
L’effondrement des bâtiments a projeté dans l’air un mélange de béton pulvérisé, de verre, de fibres, de métaux, de silice et d’amiante. Les analyses réalisées par l’Institut d’études géologiques des États-Unis ont mesuré un pH pouvant atteindre 11,8 dans certaines poussières intérieures.
Cette forte alcalinité était suffisante pour provoquer une irritation chimique des yeux et des muqueuses respiratoires. L’absence ou l’usage irrégulier de masques adaptés pendant les premiers jours a exposé de nombreux intervenants à des concentrations particulièrement élevées.
Les incendies ont, de leur côté, continué à brûler et à couver pendant plus de trois mois. Ils ont libéré des particules fines ainsi que des produits de combustion contenant notamment des hydrocarbures aromatiques polycycliques, des composés organiques volatils et des dioxines.
De la « toux du World Trade Center » aux maladies tardives
Dès les premières semaines, des milliers de pompiers ont développé une toux persistante, rapidement surnommée « World Trade Center cough ». Les années suivantes ont vu apparaître des cas d’asthme, de sinusite chronique, de reflux gastro-œsophagien et de bronchopneumopathie chronique obstructive.
Le programme fédéral reconnaît également, sous certaines conditions d’exposition et de délai d’apparition, plusieurs cancers : leucémies, lymphomes, cancers de la thyroïde, du rein, de la prostate, du poumon ou encore mésothéliomes. Ces pathologies peuvent se manifester de nombreuses années après le contact initial avec les substances cancérogènes.
La publication des archives ne clôt donc pas le dossier sanitaire du 11-Septembre. Elle offre de nouvelles pièces pour comprendre les décisions prises en 2001, alors que les conséquences médicales continuent, elles, de se révéler.
Sources
- Ville de New York – Publication des 170 000 pages d’archives
- Portail officiel des archives du 11-Septembre
- World Trade Center Health Program – Statistiques au 30 juin 2026
- CDC – Substances toxiques et effets sanitaires du 11-Septembre
- US Geological Survey – Analyse des poussières du World Trade Center
- EPA – Rapport sur la réponse environnementale après l’effondrement