Sport : ne poussez pas les enfants

Publié par Gilles Goetghebuer, journaliste santé le Lundi 26 Novembre 2007 : 01h00
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Ces derniers temps, la presse internationale a relaté les exploits, pour le moins extraordinaires, d'enfants "sportifs". Info, intox ou exploitation enfantine ?

Pour illustrer notre article, nous citerons deux exemples à ne pas suivre. Budhia est un petit garçon né à Bhubaneswar, dans l'est de l'Inde. Orphelin de père, Budhia est confié à un certain Biranchi Das qui rêve de faire de lui le "Forrest Gump indien". Dans des épreuves de longue haleine, le petit est en effet capable de tenir, sans broncher, des moyennes de 10 kilomètres/heure. Mais les choses se gâtent le jour où des médecins auscultent l'enfant et lui diagnostiquent une pression sanguine anormalement élevée et un stress cardiaque important. Les autorités décident alors de suspendre le programme des exhibitions. Plus tard, Budhia révélera que Monsieur Das lui faisait subir une série de sévices, "Il me frappait avec une tringle brûlante" et "Il me privait régulièrement de nourriture".Le deuxième exemple nous vient de Chine. A quatre ans (nous sommes en 2003), Zhang Huiminout est entraînée par son père qui compte faire d'elle la star des Jeux olympiques de 2016. A six ans, elle parcourt déjà dix kilomètres par jour. Un an plus tard, elle boucle le marathon de Haikou en 3 heures, 28 minutes et 45 secondes. Aujourd'hui, elle se lève chaque nuit à 2h30 pour s'entraîner pendant quatre heures avant de s'asseoir sur les bancs de l'école.

Arrêtez le massacre !

Fort heureusement, tous les enfants sportifs ne subissent pas ce genre de traitement. On peut toutefois se demander combien d'enfants soi-disant surdoués ont été sacrifiés sur l'autel du professionnalisme en tennis, en football, en athlétisme ou en golf. Les psychologues du sport sont régulièrement confrontés au syndrome des "pushy parents" ("parents pousseurs") qui s'obstinent à faire de leur progéniture des champions. Pour cela, ils sont prêts à les soumettre à des régimes de torture ! Or, il importe de rappeler quelques notions de physiologie lorsqu'on aborde la question d'une spécialisation précoce. A commencer par la fragilité du tissu osseux au cours de la croissance. Le squelette reste mou dans l'enfance alors que des structures comme le tendon ou le muscle sont déjà parvenues à maturation. Ce n'est que vers l'âge de 20 ans que disparaissent les derniers cartilages de croissance au niveau des vertèbres.

Variez les plaisirs

Longtemps, on pensait qu'un enfant ne devait pas dépasser huit heures de sport par semaine. En fait, on peut faire du sport même de manière intensive à raison d'une ou deux heures par jour sans rencontrer le moindre souci. A condition de changer régulièrement de discipline ! Le corps n'est pas fait pour une spécialisation précoce. Jusque dans la période post-pubertaire, il faut au contraire diversifier les activités de façon à atteindre une robustesse générale qui permettra ensuite de prendre toutes les orientations. En revanche, celui qui répéterait exactement un même geste à raison de quatre heures par semaine court un grand risque de se blesser, que ce soit shooter dans un ballon, jouer au tennis ou courir. C'est cela la morale de l'histoire. Et celle-ci dépasse de loin le destin du petit Budhia ou de la petite Zhang.

Publié par Gilles Goetghebuer, journaliste santé le Lundi 26 Novembre 2007 : 01h00
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