Greffe de rein : pourquoi certains patients attendent jusqu'à cinq ans

Publié par Audrey Vaugrente, journaliste santé le Mardi 19 Juin 2018 : 09h30

Un à cinq ans d'attente avant une greffe de reins, selon l'hôpital dans lequel on est inscrit. Cette inégalité, l'association Renaloo veut y mettre fin. Elle a donc saisi le Défenseur des Droits.

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L'insuffisance rénale est un véritable fléau en France. En 2016, 17 700 personnes étaient candidates à une greffe rénale. Seulement 3 600 d'entre elles ont eu accès aux précieux organes. Et sur la liste d'attente, tou.te.s n'ont pas les mêmes chances.

Comme le souligne l'association Renaloo, ce 18 juin, l'attente avant une transplantation peut aller jusqu'à 5 ans, selon l'hôpital dans lequel un.e patient.e est inscrit.e. En cause, estime l'association, la répartition des greffons. Elle a donc saisi le Défenseur des Droits afin de rétablir une égalité garantie par la loi.

Il faut dire que le constat dressé par l'association fait froid dans le dos. A Caen (Calvados), un.e patient.e en liste d'attente a 46 % de chance d'être greffé au bout d'un an. A l'hôpital Tenon (Paris), ce taux tombe à 5 %... Dans un tiers des cas, la moitié des malades attend 2.5 à 4 ans avant de bénéficier d'un greffon correspondant.

Paris défavorisé par rapport à Caen

"Les patients sont par essence inégaux devant l'accès aux greffons, en raison de leurs caractéristiques démographiques et immunologiques (groupe sanguin, groupes HLA, immunisation, etc.)", souligne Renaloo dans sa saisine. Mais ça n'est, paradoxalement, pas le principal problème.

L'association dénonce le système de répartition des greffons, dit du "rein local". A chaque fois que deux reins sont prélevés sur un donneur décédé, l'un est attribué de manière prioritaire au centre de prélèvement, l'autre est attribué au niveau national.

Sur le papier, ce système est censé limiter les inégalités. Mais dans les faits, il favorise les établissements qui prélèvent de nombreux organes… tout en défavorisant les régions où la mortalité est faible.

"À Paris, la population est plus jeune : il y a donc moins d’accidents vasculaires cérébraux. De même, on y meurt moins d’accidents de la route, illustre dans un communiqué le Pr Lionel Rostaing, chef du département de néphrologie et transplantation d'organes au CHU de Grenoble (Isère). De fait, il y a moins de morts encéphaliques et donc moins de reins disponibles pour de nombreuses équipes."

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La triple peine des malades

Dans les établissements qui prélèvent peu, les listes d'attente ont donc tendance à s'allonger de plus en plus. La seule solution, c'est alors la dialyse, une solution lourde et contraignante, avec un impact majeur sur la qualité de vie.

Ce que Renaloo dénonce, ce n'est pas seulement un problème d'égalité dans l'accès aux greffons. C'est aussi un problème médical. Plus le temps d'attente se prolonge, plus les complications médicales risquent de survenir. Parfois même le décès.

Mais les établissements recevant peu de greffons se voient aussi soumis à un choix difficile : celui d'accepter des greffons de moins bonne qualité, "préalablement refusés par les centres soumis à une moindre pénurie", accuse l'association.

Cela favorise les complications et une moindre survie du greffon. En cas de rejet, la deuxième greffe risque de s'avérer difficile… et la durée d'attente encore plus longue.

A l'inverse, "s’il y avait une liste nationale avec une répartition nationale des reins, il y aurait deux fois plus de reins répartis selon un système de score plus équitable, estime Lionel Rostaing. Si l’on remettait le système à plat, avec une répartition nationale, les patients qui attendent depuis plus longtemps seraient greffés en priorité." Reste à savoir ce qu'en dira le Défenseur des Droits.

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