Diabétoporose : quand le diabète et l’ostéoporose sont liés

Diabétoporose : quand le diabète et l’ostéoporose sont liés

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Mardi 14 Juin 2016 : 17h08
Mis à jour le Lundi 15 Mai 2017 : 17h00
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Le diabète peut fragiliser les os, et conduire à une réflexion sur l'ostéoporose associée. Une réalité quasi méconnue, y compris par les soignants. Pourtant, le seul fait d’avoir un diabète expose à un risque de fracture plus élevé et encore plus lorsque le diabète est mal contrôlé.  Désormais, dans le diabète de type 1 comme dans le diabète de type 2, au même titre que l’on surveille le cœur, les vaisseaux, les reins, les nerfs et les yeux, il faut penser aux os. 

 

Diabète et os, quel rapport ?

Dans le diabète de type 1 et de type 2, comme dans de nombreuses maladies, la fragilité de l’os est multifactorielle. Plusieurs hypothèses sont évoquées :

  • L’accumulation plus importante dans le diabète de certaines substances issues de la réaction chimique entre un sucre et des résidus de protéines (appelées AGE) déjà soupçonnées d’accélérer le vieillissement et d’augmenter le risque de certaines maladies. Elles auraient un impact direct au niveau du métabolisme osseux (le processus continu de formation et de résorption osseux). Trop d’AGEs auraient un effet toxique sur les cellules qui assurent la formation de l’os (ostéoblastes). Cela perturberait la transformation (différentiation) des cellules souches (mésenchymateuses) en ostéoblastes ou en cellules graisseuses (adipocytes) mais aussi les liaisons entre les protéines du collagène. Tout cela jouerait probablement un rôle néfaste sur la résistance mécanique de l’os.
  • Les personnes diabétiques ont des perturbations au niveau de la graisse intra-osseuse (médullaire). Or, la qualité de cette graisse est altérée chez les patients diabétiques de type 2 avec une augmentation des acides gras saturés, avec un retentissement probable sur la qualité de l’os.
  • Cette fragilité osseuse passe aussi par l’atteinte vasculaire présente chez les diabétiques. On sait qu’il existe des liens étroits entre le système vasculaire et le tissu osseux. L’athérosclérose (accumulation de corps gras dans les artères, essentiellement du "mauvais" cholestérol LDL) et des antécédents cardiovasculaires (infarctus du myocarde, insuffisance cardiaque etc.) exposent à un risque accru d’ostéoporose. Les personnes dont le diabète s’accompagne de complications microvasculaires (atteintes des reins, des nerfs et des yeux) et macrovasculaires (atteintes du cœur, des vaisseaux) ont une altération de l’architecture osseuse. (5)
  • Dans le diabète de type 1, le fait d’être diabétique dès l’enfance et à l’adolescence compromet l’acquisition du pic de masse osseuse optimal. Or celui-ci est le garant de la bonne santé osseuse pour les 50 ans à venir.

Je suis diabétique. Suis-je à risque de fracture ?

Repérer les diabétiques aux os fragiles n’est pas si simple ! L’examen qui permet de se rendre compte d’une masse osseuse plus faible (l’ostéodensitométrie qui donne une valeur de Densité Minérale Osseuse) est parfois pris en défaut chez les personnes diabétiques de type 2. Dans le diabète de type 1, cette valeur est bel et bien plus basse que la normale et cette donnée s’avère très utile pour décider d’une prise en charge. En revanche, dans le diabète de type 2, cette valeur de densité minérale osseuse est généralement normale (alors que logiquement elle devrait être plus faible) voire même plus élevée qu’en population générale, en dépit d’un risque accru d’ostéoporose bien réel. C’est possiblement en rapport avec le surpoids.

Un autre outil qui permet d’évaluer le risque fracturaire comme le FRAX sous-estime quant à lui le risque en cas de diabète de type 2. Les médecins sont donc parfois limités pour dépister les diabétiques les plus à risque de fracture et le cas échant leur prescrire un traitement antiostéoporotique.

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Mardi 14 Juin 2016 : 17h08
Mis à jour le Lundi 15 Mai 2017 : 17h00
Source :  (1) Shah Diabetes Med 2015 ; (2) Weber Diab Care 2015 ; (3) J Bone Miner Res 2015 ; 301338-46 ; (4) Chia-Ing Li et al, J Bone Miner Res. 2015 ; (5) J Bone Miner Res. 2015 Aug;30(8):1386-93 
D’après un entretien avec le Dr Julien Paccou, rhumatologue, service de rhumatologie du CHU de Lille, France 
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