Cancer du testicule : des tumeurs qui ne doivent plus faire peur

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Vendredi 09 Septembre 2016 : 15h55
Mis à jour le Vendredi 16 Septembre 2016 : 11h41
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Grâce à une avancée française présentée en juin 2016 au congrès de la société américaine d’oncologie qui est aussitôt devenue le traitement de référence, il est possible de guérir 75 % des tumeurs graves du testicule. Les explications par son découvreur, le Pr Karim Fizazi, chef du Département de Médecine oncologique à l’Institut Gustave Roussy (Villejuif). Aujourd’hui, grâce à la chimiothérapie, il est possible de guérir plus de 90% de l’ensemble des cancers du testicule.

Tumeur du testicule, un cancer de l’homme jeune

Le cancer du testicule reste rare -1 à 2% des cancers masculins- mais c’est le plus fréquent chez l’homme jeune jusqu’à l’âge de 40 ans, avec 2 000 nouveaux cas annuels en France, survenant à un âge médian de 30 ans.

En 2016, c’est l’une des tumeurs que l’on guérit le mieux. Lorsque le cancer est localisé aux testicules, ce qui représente la moitié des tumeurs lors de leur découverte, les médecins sont en mesure de le guérir dans 99% des cas, par l’ablation du testicule, au besoin complétée par une chimiothérapie afin de prévenir les rechutes. Cette chirurgie est habituellement sans conséquence majeure sur la fertilité ni la sexualité de l’homme jeune, car le testicule restant produit suffisamment d’hormone "mâle" (testostérone) et de spermatozoïdes.

Mais si la tumeur n’est pas découverte à temps, il dissémine au niveau des ganglions abdominaux et sus-claviculaires (dans le creux, sous la clavicule) et à d’autres organes comme le poumon, le foie et le cerveau etc. : il métastase. Malgré cela, la chimiothérapie est capable de guérir plus de 80% des tumeurs métastatiques du testicule. Le terme de guérison est employé à bon escient car les rechutes à 5 et 10 ans sont exceptionnelles.

Pr Karim Fizazi : « Les cancers du testicule métastatiques sont classés en trois catégories : les formes métastatiques de bon pronostic, de pronostic intermédiaire ou de mauvais pronostic (15% des formes métastatiques, une centaine en France chaque année). Fort heureusement, la majorité des tumeurs métastatiques sont classées de "bon pronostic" où le taux de guérison dépasse 95% grâce à la chimiothérapie, complétée si besoin par la chirurgie. Les formes métastatiques de pronostic "intermédiaires" sont guéries à plus de 80%. En revanche, jusqu’à maintenant, seules 50% des formes de mauvais pronostic pouvaient être guéries. Cela va désormais changer ».

Une stratégie payante dans les tumeurs graves du testicule

Jusqu’à 2016, le traitement de ces formes métastatiques de mauvais pronostic reposait sur quatre cycles d’un protocole de trois médicaments de chimiothérapie, établi en 1987. Pour améliorer les résultats, l’idée fut donc de trouver un moyen de trier les patients qui allaient guérir avec ce protocole de référence (BEP) et d’intensifier dès que possible le traitement mais uniquement lorsque ce protocole est insuffisant.

Pour cela, depuis les années 2000, les recherches franco-américaines coordonnées par le Pr Fizazi se sont penchées sur la vitesse de décroissance de marqueurs sanguins fortement exprimés en cas de cancer du testicule (hCG et AFP). Il ressort que la vitesse de décroissance de ces marqueurs trois semaines après un unique cycle de protocole de chimiothérapie standard est un bon indicateur de l’efficacité du traitement complet de chimiothérapie. Si celle-ci est rapide, ces hommes vont le plus souvent pouvoir guérir avec le traitement standard.

Le taux de survie globale atteint alors 80% pour les patients dont la décroissance est rapide (et donc dite favorable) contre 60% seulement pour les patients dont la décroissance est lente. C’est pourquoi ces derniers nécessiteront une chimiothérapie plus lourde mais optimisée.

Pr Karim Fizazi, coordinateur de l’étude GETUG 13 (France, USA, Slovaquie) * : « GETUG 13 est la plus grande étude mondiale sur le sujet avec 263 hommes inclus. Après 5 années de suivi, elle confirme d’une part que l’on double ses chances de guérison lorsque la vitesse de décroissance des marqueurs est favorable et d’autre part que la chimiothérapie intensive (6 médicaments au lieu de 3) est supérieure chez les patients présentant une décroissance lente des marqueurs sanguins. Chez eux, la réduction du risque de progression tumorale ou de décès est de 35%. Après 5 ans, 75 patients sont vivants et n’ont jamais souffert de rechute sous traitement intensifié contre 59 patients avec le traitement standard ».

Publié par Hélène Joubert, journaliste scientifique le Vendredi 09 Septembre 2016 : 15h55
Mis à jour le Vendredi 16 Septembre 2016 : 11h41
Source : *étude promue par UNICANCER et financée par l’INCa et par la Ligue nationale contre le cancer
D'après un entretien avec le Pr Karim Fizazi, spécialiste des tumeurs génito-urinaires et chef du Département de Médecine oncologique à l’Institut Gustave Roussy (Villejuif)
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