Alzheimer : un déremboursement des médicaments contesté par les médecins

Publié par Audrey Vaugrente, journaliste santé le Lundi 18 Juin 2018 : 12h57

Dans une tribune, plus de 100 spécialistes de la maladie d'Alzheimer s'opposent à la levée du remboursement de quatre médicaments censés lutter contre sa progression. Ils sont accusés de manquer d'efficacité.

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La bataille est tranchée sur le plan législatif. Mais elle se poursuit par un lobbying acharné. L'objectif : annuler le déremboursement de quatre médicaments anti-Alzheimer, entériné ce 1er juin. Dans les colonnes du Figaro, 194 neurologues, gériatres et psychiatres signent une tribune en ce sens aux côtés de sept associations de patients.

Adressée à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, la lettre ouverte dénonce la décision de mettre fin au remboursement de l'Aricept® (donépézil), de l'Ebixa® (mémantine), de l'Exelon® (rivastigmine) et du Reminyl® (galantamine), ainsi que de leurs génériques.

Selon les signataires, elle "remet en cause des années de travail et d'implication dans la prise en soin de ces maladies graves, ainsi que le bénéfice de plusieurs plans gouvernementaux successifs".

Une efficacité discutée

Tout en reconnaissant l'efficacité "limitée quoique significative" des médicaments ciblés par ce déremboursement, les auteurs de la tribune estiment que l'argumentaire développé par le ministère de la Santé est "biaisé". Et refusent d'admettre que l'efficacité des traitements est insuffisante à l'échelle de la population concernée.

C'est également l'argument avancé par France Alzheimer fin mai. "Sachant que certains médicaments ont d’éventuels effets secondaires, jamais un médecin ne prendrait le risque de les prescrire sans être certains qu’il y a un bénéfice attendu, même modeste", avançait alors Joël Jaouen, président de l'association.

Dans les faits, l'efficacité de ces molécules est très limitée. Ça n'est pas pour rien que le taux de prise en charge était, jusqu'ici, de seulement 15 %. Celui-ci s'appuie sur l'évaluation du "service médical rendu", jugé faible dans le cas des anti-Alzheimer. Les médicaments les plus efficaces sont remboursés à 65 %. Mais comme Alzheimer est une maladie chronique, la prise en charge était intégrale.

Dans un avis rendu en octobre 2016, la Haute Autorité de Santé (HAS), chargée du dossier, avait pointé plusieurs faiblesses. L'efficacité établie s'appuyait sur des essais cliniques et ne pouvait être transposée aux conditions de vie réelle. Par ailleurs, les traitements n'avaient aucun effet sur les troubles du comportement associés à la maladie, la qualité de vie des patients ou leur autonomie.

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La question des effets secondaires

Autre ligne de défense avancée dans cette tribune : les effets indésirables dont sont accusés les anti-Alzheimer n'existeraient pas. "Ni la littérature scientifique, ni les signaux de pharmacovigilance (tant nationaux qu'européens) n'apportent de preuve convergente de cette hypothétique dangerosité", estiment les signataires.

L'évaluation menée par la HAS fait pourtant état de syncopes, de réactions cutanées sévères, et même de troubles digestifs, cardiovasculaires ou encore neuropsychiatriques. Sans compter les possibles interactions médicamenteuses, problématiques chez cette population qui reçoit souvent plusieurs médicaments à la fois. D'ailleurs, jusqu'à 800 cas d'effets indésirables en un an ont été signalés.

90 millions d'euros par an

Dernière question soulevée par les opposants à cette mesure : celle du coût de ce déremboursement pour les malades et leurs familles. A raison de 30 euros par mois, un déséquilibre risque de se créer entre les foyers les plus aisés et les autres.

"Compte tenu du reste à charge extrêmement élevé auquel sont confrontées les familles (plus de 1 200 euros/mois en moyenne), rares sont celles qui pourront, en sus de leurs dépenses actuelles, assumer les 30 euros mensuels équivalents au coût du traitement", a prévenu France Alzheimer.

Pour rappel, la prise en charge de ces médicaments représentait un budget de 90 millions d'euros en 2015. Celui-ci devrait être reporté vers les centres spécialisés dans la prise en charge de cette maladie.

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