Vivre jusqu'à 120 ans ou vieillir en forme : pourquoi la quête d'immortalité passe à côté de l'essentiel
Les recherches sur la longévité ne promettent pas l’immortalité
Thérapies géniques, médecine régénérative, greffes d’organes animaux : plusieurs pistes scientifiques cherchent à traiter des maladies graves ou à mieux comprendre le vieillissement. Mais une annonce de financement ne constitue pas une démonstration d’efficacité chez l’humain.
La xénotransplantation, qui consiste notamment à greffer un organe animal à une personne, vise d’abord à répondre à la pénurie de greffons. Elle ne permet pas d’affirmer que remplacer un organe ferait gagner vingt années de vie en bonne santé.
Il serait également trompeur d’opposer ces recherches aux habitudes de vie. Prévention et traitements médicaux sont complémentaires : une bonne hygiène de vie ne remplace pas une greffe nécessaire, comme une intervention ne dispense pas d’un suivi global.
Durée de vie et vie en bonne santé : deux notions différentes
Le terme anglais lifespan désigne la durée de vie. Le healthspan renvoie aux années vécues en bonne santé, même si sa définition et sa mesure varient selon les travaux.
Une étude publiée en décembre 2024 dans JAMA Network Open, portant sur 183 pays et utilisant les données de l’Organisation mondiale de la santé, estime à 9,6 ans l’écart mondial en 2019 entre l’espérance de vie et l’espérance de vie ajustée sur la santé.
Ce calcul tient compte de la fréquence et de la gravité des maladies et limitations. Il ne signifie pas que chacun passera ses dix dernières années dépendant. Il s’agit d’un indicateur de population, pas d’une prédiction individuelle.
En France, que signifient les chiffres après 65 ans ?
Selon la Drees, en 2024, l’espérance de vie sans incapacité à 65 ans atteint 11,8 ans pour les femmes et 10,5 ans pour les hommes.
Cet indicateur estime les années restant à vivre sans limitation durable, liée à un problème de santé, dans les activités habituelles. Il ne mesure donc pas exactement la même chose que l’indicateur international utilisé dans l’étude précédente.
Ces moyennes ne fixent pas un âge auquel l’autonomie disparaîtrait. Une limitation ne signifie pas nécessairement une dépendance, et une maladie chronique bien contrôlée peut rester compatible avec une vie active.
L’OMS définit d’ailleurs le vieillissement en bonne santé par la préservation des capacités permettant le bien-être, sans exiger l’absence de toute maladie.
Les habitudes qui aident à préserver ses capacités
Aucun comportement ne garantit une longévité exceptionnelle. Plusieurs mesures peuvent néanmoins réduire certains risques et soutenir l’autonomie.
Bouger régulièrement. La marche, le vélo ou la natation travaillent l’endurance. Des exercices adaptés de renforcement contribuent à préserver la masse et la force musculaires. Après 65 ans, le travail de l’équilibre compte également pour prévenir les chutes. L’activité doit progresser selon les possibilités de chacun.
Manger suffisamment et de façon variée. Fruits, légumes, légumineuses, céréales complètes et sources diversifiées de protéines ont leur place. Chez les personnes âgées, les restrictions excessives peuvent favoriser la dénutrition : une perte de poids involontaire mérite un avis médical.
Prendre soin de son sommeil. Des horaires réguliers et la prise en charge d’une insomnie ou d’un trouble respiratoire nocturne participent à la santé. Présenter le sommeil comme une méthode garantie pour éliminer les protéines responsables des maladies cérébrales serait toutefois excessif.
Ne pas négliger les soins. Arrêter le tabac, limiter l’alcool, suivre ses traitements et discuter des vaccinations et dépistages adaptés restent des moyens importants de prévention.
Le lien social compte, sans recette miracle des « zones bleues »
Les récits consacrés aux « zones bleues » et à leurs habitants âgés mettent souvent en avant les solidarités locales. Ils ne permettent cependant pas d’attribuer une longévité exceptionnelle à une seule habitude ni de promettre un effet précis sur le cortisol.
En revanche, les conséquences de la solitude et de l’isolement social sur la santé sont bien documentées. Entretenir des relations choisies, partager une activité ou rejoindre une association peut soutenir le bien-être.
Enfin, bien vieillir ne dépend pas uniquement de la volonté individuelle. Le logement, les revenus, les transports et l’accès aux soins influencent aussi les possibilités de rester autonome. L’objectif n’est pas de réussir un vieillissement parfait, mais de préserver ce qui compte pour chacun.
Sources
- Données françaises pour 2024 : Drees, espérance de vie sans incapacité à 65 ans, janvier 2026.
- Définition du vieillissement en bonne santé : Organisation mondiale de la santé.
- Activité physique après 65 ans : Manger Bouger, Santé publique France.
- Prévention de la dénutrition : Portail national pour les personnes âgées.
- Relations sociales et santé : OMS, réduction de l’isolement et de la solitude chez les personnes âgées.