Violences physiques : 2 femmes enceintes sur 100 en sont victimes

Publié le 10 Juillet 2019 par Agathe Boussard, journaliste santé
Selon une nouvelle enquête, 2 femmes sur 100 font l’objet de violences physiques pendant leur grossesse. Ces violences peuvent avoir des effets dramatiques sur la santé des mères et de leur bébé.
© Istock

C’est une enquête qui fait froid dans le dos. Selon des chercheurs de l’Inserm et de l’Université de Paris au sein du Cress (Centre de recherche en épidémiologie et statistiques), les femmes enceintes ne sont pas épargnées par les violences physiques. Pendant leur grossesse, deux femmes sur cent en seraient même victimes.

Une première enquête à l’échelle nationale

C’est la première fois qu’une équipe mixte de recherche (EPOPé) s’intéresse à la fréquence des abus physiques sur les femmes enceintes. Jusqu’à présent, il n’existait aucune enquête d’envergure nationale et donc aucune donnée à l’échelle de la France.

Pour effectuer leurs travaux, les scientifiques se sont basés sur les données recueillies lors de l’Enquête nationale périnatale réalisée en 2016 auprès de 12 330 femmes. Qu’elles aient accouché dans une maternité publique ou privée française, elles ont été interrogées sur leurs conditions de vie et sur la fréquence des violences physiques qu’elles auraient subies.

Publiés dans le Maternal and Child Health Journal, les résultats sont pour le moins surprenants. 1,8% des femmes interviewées ont ainsi déclaré avoir subi des violences pendant leur grossesse. Ce pourcentage pourrait même s’avérer plus important dans la réalité puisque Marie Josèphe Saurel-Cubizolles, l’épidémiologiste qui a coordonné l’étude, a déclaré à la presse : "Les femmes ont certainement sous-déclaré, comme elles le font pour les violences en général. Elles n’osent pas se dire victimes, elles se sentent coupables. De plus, nous étions là un contexte émotionnel très spécial : elles venaient d’accoucher, peut-être ont-elles eu encore plus de peurs et de réticences".

Cette sous-estimation pourrait aussi être due à des questions de méthodologie. Les femmes partant très tôt de leur maternité ou celles ne parlant pas français n’ont pas pu être interrogées.

Violences pendant la grossesse : quels sont les facteurs de risque ?

La grossesse est-elle une période où les violences sont plus nombreuses ? Pour la chercheuse de l’Inserm, Marie Josèphe Saurel-Cubizolles, il est impossible de l’affirmer avec certitude. L’épidémiologiste renvoie cependant à la "littérature scientifique" existante sur ce sujet. Celle-ci révèle que la grossesse peut, dans certains cas, "provoquer des phénomènes violents dans les couples". L’étude de l’Inserm et de l’université de Paris a ceci d’intéressant qu’elle a repéré un certain nombre de facteurs de risque pouvant conduire à des abus physiques. Au premier rang, on trouve la composition du ménage. En effet, d’après les résultats recueillis, les femmes qui ne sont pas en "couple cohabitant" ou celles qui sont "sans partenaires" sont plus nombreuses à subir des violences. L’étude ne dit, en revanche, pas si les auteurs des abus sont les compagnons de ces femmes.

L’argent, un motif de violence sur les femmes ?

L’autre facteur détecté, influant sur la fréquence des violences, est lié aux revenus du foyer. Les futures mères, vivant dans des ménages avec peu de revenus, subissent plus de violences physiques pendant leur grossesse que celles issues d’un ménage aisé. Pour quelles raisons ? Il existe plusieurs explications. D’abord, les femmes qui habitent dans un ménage avec peu d’argent disposent de moins de "marge de manœuvre" face à certaines situations, une grossesse non voulue par exemple. "Je pense que les conditions socio-économique, pour l’accès à l’IVG notamment, sont tout à fait déterminantes", a également affirmé la chercheuse.Dernier facteur mais non des moindres : les comportements individuels tels que la consommation de tabac ou de cannabis qui sont plus courants chez les femmes victimes d’abus physiques.

La santé de la mère et de l’enfant en danger

On le sait, la grossesse est un moment stressant pour toutes les femmes. Le fait de subir des violences lors de cette période a des conséquences très concrètes à la fois sur la santé de la mère et l’enfant. L’impact psychologique est non négligeable. Ainsi, 62% des femmes enceintes violentées ont avoué avoir été en situation de  "détresse psychologique" pendant leur neuf mois. Seulement 24% des femmes non violentées ont vécu une telle situation.

Les violences pendant les grossesses augmentent le risque de naissance prématurée. Les nouveau-nés sont également davantage transférés dans une unité de soins intensifs.

L’objectif principal de l’étude est clair : apporter une aide aux professionnels de santé pour que ces derniers développent des "stratégies préventives ou de protection". Il s’agit aussi de les inciter à parler de ce sujet lors des "consultations anténatales".

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