UV au travail : ces cancers que l’Anses veut mieux faire reconnaître
Des cancers liés aux expositions professionnelles aux UV
Les ultraviolets ne représentent pas uniquement un risque pendant les vacances. Les expositions répétées au travail peuvent également contribuer au développement de cancers de la peau, notamment les carcinomes épidermoïdes, les carcinomes basocellulaires et les mélanomes cutanés.
Les yeux sont aussi concernés dans certaines activités. Le lien entre les UV émis lors du soudage et le mélanome oculaire est établi. Cela ne signifie pas que chaque personne exposée développera un cancer, ni que toutes les sources lumineuses présentent les mêmes dangers.
La durée d’exposition, l’intensité du rayonnement, les protections utilisées et les caractéristiques individuelles doivent être prises en compte. L’absence de coup de soleil ne suffit donc pas à conclure à l’absence de risque.
Quels métiers sont concernés ?
L’Anses évoque plusieurs millions de salariés exposés aux UV naturels et environ 150 000 aux UV artificiels. Les métiers du bâtiment, de l’agriculture et des espaces verts figurent parmi les activités concernées, mais ils ne sont pas les seuls.
Distribuer le courrier, travailler sur un bateau, servir en terrasse ou entretenir des pistes de ski peut également entraîner une exposition professionnelle. Celle-ci peut être continue ou résulter de sorties répétées au cours de la journée.
Il ne faut pas non plus attendre la canicule pour se protéger. La sensation de chaleur ne mesure pas l’intensité des UV. Un temps frais ou venteux peut faire sous-estimer les risques de l’exposition solaire. L’altitude et la réflexion du rayonnement sur certaines surfaces, notamment la neige, peuvent renforcer l’exposition.
Une reconnaissance professionnelle encore difficile
L’enjeu de l’expertise est aussi administratif. En l’absence de tableau spécifique applicable aux cancers liés aux UV, la reconnaissance repose sur un examen individuel du dossier.
Pour une maladie non inscrite dans un tableau, deux conditions sont notamment nécessaires : établir qu’elle est essentiellement et directement causée par le travail habituel, et qu’elle entraîne une incapacité permanente d’au moins 25 %, ou le décès.
La demande s’effectue auprès de la CPAM ou de la MSA, selon le régime d’affiliation. La caisse constitue le dossier et le transmet au Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP), qui se prononce sur le lien entre maladie et travail.
La création d’un tableau permettrait de bénéficier d’une présomption d’origine professionnelle lorsque ses conditions sont réunies. L’avis de l’Anses soutient cette évolution, mais ne constitue pas, à lui seul, un changement de réglementation.
Protéger les salariés autrement qu’avec de la crème solaire
La prévention relève déjà des obligations de l’employeur. Lorsque l’activité expose aux UV, ce risque doit être évalué et intégré au Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP).
La priorité consiste à réduire l’exposition grâce à l’organisation du travail :
- Déplacer, lorsque c’est possible, les tâches extérieures en dehors des heures de rayonnement maximal ;
- Installer des zones ombragées pour travailler et prendre les pauses ;
- Limiter le temps passé au soleil et adapter les rotations ;
- Fournir des vêtements couvrants, une protection de la tête et des lunettes adaptées.
En France métropolitaine, la tranche de 12 heures à 16 heures demande une vigilance particulière en été, mais les mesures doivent tenir compte de l’indice UV local et des conditions réelles.
La crème solaire complète ces protections : elle ne remplace ni les vêtements ni la réduction de l’exposition. Pour le soudage et les autres sources artificielles, des écrans et équipements spécifiquement adaptés au rayonnement sont nécessaires.
Ne pas attendre pour faire examiner une lésion
L’Anses recommande de mieux former les médecins du travail à l’examen de la peau et de systématiser cet examen lors des visites. Il s’agit d’une recommandation, et non de l’annonce d’un nouveau dépistage obligatoire généralisé.
Une plaie qui ne cicatrise pas, une croûte persistante, une nouvelle tache inhabituelle ou un grain de beauté qui change d’aspect justifient un avis médical sans attendre la prochaine visite professionnelle.
Signalez au médecin vos activités actuelles et passées, ainsi que les protections utilisées. La détection précoce améliore les possibilités de traitement, mais le pronostic dépend du type de cancer et de son stade : un taux de guérison unique ne peut pas résumer toutes les situations.
Sources :
- Anses — Conclusions et recommandations sur les expositions professionnelles aux UV : communication officielle.
- CIRC — Lien cancérogène établi entre les UV du soudage et le mélanome oculaire : évaluation scientifique, volume 118.
- Service Public — Conditions et démarches de reconnaissance : maladie professionnelle.
- INRS — Évaluation du risque solaire et mesures de prévention : rayonnements optiques et travail.
- Institut national du cancer — Signes suspects et intérêt d’une détection précoce : dépistage des cancers de la peau. souvent plusieurs décennies après l'arrêt des expositions.