Troubles sexuels féminins : jackpot pharmaceutique

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Annoncés dans tous les médias comme la nouvelle maladie du siècle dont souffriraient 43% des femmes…, les troubles sexuels féminins ont le vent en poupe. Mode, réalité ou invention commerciale au profit de l'industrie pharmaceutique ?

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Troubles sexuels féminins : et pourquoi pas des médicaments ?

Après le succès sans précédent des médicaments contre les troubles de l'érection, pourquoi pas le même type de médicaments pour les troubles sexuels féminins ? Et en effet, les troubles sexuels féminins (TSF) se prêtent très bien à un nouveau marché aussi florissant en raison de leurs complexités sociales, personnelles et physiologiques. Quelle idée alléchante que de convaincre qu'un petit comprimé pourrait résoudre tous ces problèmes, dont les professionnels de santé peinent actuellement à traiter en raison de leurs multiples origines possibles.

Un journaliste new-yorkais, Ray Moynihan, vient de publier dans la célèbre revue britannique « Britisch Medical Journal » un article incendiaire sur le « nouvel eldorado » que représentent aujourd'hui les troubles sexuels féminins pour l'industrie pharmaceutique. Ses arguments et son historique sur le sujet laissent pantois.

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Troubles sexuels féminins : quels sont-ils ? Beaucoup de femmes en souffrent-elles ?

Les troubles sexuels féminins ont fait leur apparition en 1997 dans les premières réunions sponsorisées par l'industrie, dont l'objet était d'orienter les futurs essais cliniques. Les « leaders d'opinion » en urologie ont ensuite été invités afin d'élaborer une définition regroupant les troubles du désir, de l'excitation, de l'orgasme et la douleur chez la femme.

Mais c'est en 1999 que cette nouvelle maladie prend véritablement naissance, à Paris même, lors du congrès sur les troubles de l'érection. Le coup fatal est porté par une publication annonçant que « la prévalence totale des troubles sexuels féminins est de 43% chez les femmes de 18 à 59 ans ». Or ce chiffre, irréaliste et non validé, repris à grand bruit tant dans la presse scientifique que grand public, est resté gravé dans tous les esprits.

Pourquoi irréaliste ? Ray Moynihan explique qu'il provient d'une enquête menée par un sociologue américain auprès de 1.500 femmes qui devaient répondre par oui ou par non à un questionnaire regroupant sept difficultés sexuelles extrêmement variées : manque de désir, de lubrification, anxiété sur la performance, etc. Une seule réponse affirmative suffisait à les classer parmi les femmes ayant des difficultés sexuelles.

La surmédiatisation et les problèmes de notre mode de vie moderne rendent alléchante cette idée du simple comprimé pour régler tous les soucis sexuels. Mais soyons réalistes, et ne mélangeons pas tout. En période de stress ou de fatigue, il est normal d'éprouver moins de désirs sexuels. Faut-il pour autant recourir à un traitement contre les troubles sexuels ? Non, il est nécessaire de rechercher la vraie cause et de la prendre en charge. Inutile de clamer aux femmes qu'elles souffrent d'un dysfonctionnement sexuel si le problème se situe ailleurs.

En conclusion, si le trouble sexuel féminin est réel, oui à un traitement médicamenteux adapté, s'il existe. En revanche, non à une pilule miracle sensée régler tous les problèmes, sans même en rechercher la cause.

Publié le 10 Décembre 2003 | Mis à jour le 10 Novembre 2011
Auteur(s) : Rédaction E-sante.fr
Source : Moynihan R.
Voir + de sources
, BMJ, 326 (7379) : 45-47, 2003 ; Laumann E.O. et coll., JAMA, 281 (6) : 537-44, 1999 ; Bancroft J., Arch. Sex Behav., 31 (5) : 451-5, 2002 ; www.medhermes.fr.