Polyarthrite rhumatoïde : 3 patients en rémission sans médicaments après une thérapie CAR-T

Publié par Freya Yophy
le 07/09/2026
Polyarthrite rhumatoïde
Istock
Une seule perfusion contre la polyarthrite : les résultats prometteurs d’un premier essai
Une perfusion unique de cellules CAR-T a permis d'induire une rémission complète sans aucun traitement de fond chez la moitié des patients atteints de polyarthrite rhumatoïde sévère au cours de l'essai clinique COMPARE.

Chez certains patients, les traitements conventionnels et les biothérapies successives ne suffisent plus à contrôler l’inflammation articulaire. Les chercheurs de la Charité – Universitätsmedizin Berlin explorent désormais une piste radicalement différente : reprogrammer les propres cellules immunitaires du malade pour éliminer les lymphocytes impliqués dans la polyarthrite rhumatoïde.

Publiés le 27 août 2026 dans la revue Nature Medicine, les premiers résultats de l’essai COMPARE montrent une nette amélioration chez six patients lourdement prétraités. Cette approche pourrait ouvrir une nouvelle voie contre les maladies auto-immunes réfractaires, même si son efficacité devra être confirmée sur des effectifs beaucoup plus importants.

Trois patients en rémission sans médicaments

Cette première phase de l’essai a inclus trois femmes et trois hommes âgés de 31 à 69 ans, tous atteints d’une polyarthrite rhumatoïde sévère et positive aux anticorps anti-protéines citrullinées. Certains avaient déjà reçu jusqu’à huit traitements ciblés ou biologiques, sans amélioration suffisante.

Après la thérapie CAR-T, l’activité de la maladie a diminué chez les six participants. Lors de la dernière évaluation, réalisée entre 36 et 52 semaines après la perfusion, trois patients remplissaient les critères de rémission clinique et présentaient une amélioration d’au moins 70 % selon les critères de l’American College of Rheumatology.

Ces trois personnes se trouvaient alors en rémission sans reprendre de médicament contre la polyarthrite. Les chercheurs signalent néanmoins que les réponses n’ont pas été identiques chez tous les participants et qu’une rechute est survenue chez un patient après une première période d’accalmie sans traitement.

L’imagerie fonctionnelle et les échographies articulaires ont également objectivé une diminution de l’inflammation. Il s’agissait notamment d’une TEP-TDM au gallium-68, et non d’une TEP-IRM comme indiqué initialement.

Comment les CAR-T ciblent-elles le récepteur CD19 ?

Initialement développée contre certains cancers du sang, la thérapie CAR-T repose sur une fabrication entièrement personnalisée. Des lymphocytes T sont prélevés dans le sang du patient, puis génétiquement modifiés en laboratoire afin de leur faire produire un récepteur artificiel.

Dans l’essai COMPARE, le produit utilisé, appelé mivocabtagene autoleucel ou miv-cel, reconnaît la protéine CD19 présente à la surface de nombreux lymphocytes B.

Avant de recevoir les cellules modifiées au cours d’une perfusion unique, les patients suivent une courte chimiothérapie dite de lymphodéplétion. Celle-ci réduit temporairement certaines cellules immunitaires afin de permettre aux CAR-T de se multiplier dans l’organisme.

Les cellules reprogrammées recherchent ensuite les lymphocytes B portant le marqueur CD19 et les détruisent dans le sang, mais aussi dans des réservoirs plus difficiles à atteindre, comme les ganglions, la moelle osseuse et les tissus articulaires.

Une possible remise à zéro de la mémoire immunitaire

Les lymphocytes B participent à la production des autoanticorps qui entretiennent l’inflammation dans la polyarthrite rhumatoïde. Après la thérapie, les chercheurs ont observé leur disparition temporaire ainsi qu’une diminution continue de plusieurs autoanticorps caractéristiques de la maladie.

Lorsque les lymphocytes B ont commencé à réapparaître, il s’agissait principalement de cellules jeunes et naïves, qui ne portaient pas encore la mémoire immunitaire pathologique observée avant le traitement. Ces résultats soutiennent l’hypothèse d’une forme de réinitialisation du système immunitaire.

Cette expression doit cependant rester prudente : l’étude ne prouve pas encore que la mémoire auto-immune soit définitivement effacée ni que les patients soient guéris.

Des effets indésirables présents mais maîtrisés

Le principal objectif de cette phase 1 était d’évaluer la tolérance du traitement. Les six participants ont développé un syndrome de relargage des cytokines, une réaction inflammatoire connue avec les immunothérapies CAR-T. Tous les épisodes sont restés légers ou modérés, correspondant aux grades 1 ou 2.

Aucun syndrome de neurotoxicité associé aux cellules immunitaires et aucun événement indésirable grave n’ont été rapportés. Un patient a toutefois présenté une élévation importante des enzymes du foie, considérée comme une toxicité limitant la dose. Cette anomalie de grade 3 a régressé sans séquelle.

Les anticorps dirigés contre la varicelle et le tétanos sont restés détectables. Cette observation suggère qu’une partie de l’immunité acquise antérieurement a été préservée, mais elle ne suffit pas à garantir le maintien de l’ensemble de la protection vaccinale sur le long terme.

Une thérapie encore strictement expérimentale

Ces résultats ne permettent pas encore de proposer les CAR-T en pratique courante contre la polyarthrite rhumatoïde. L’essai est non randomisé, ne comporte aucun groupe témoin et ne porte que sur six personnes. Le recul maximal reste limité à environ un an.

La deuxième partie de COMPARE doit inclure dix patients supplémentaires. Les chercheurs compareront la thérapie CAR-T à un médicament déjà autorisé ciblant également les lymphocytes B, afin de déterminer si la réponse est plus profonde et plus durable.

Même en cas de confirmation, plusieurs obstacles demeureront : la fabrication individualisée, la chimiothérapie préparatoire, la nécessité d’une hospitalisation spécialisée, les risques immunitaires et un coût actuellement très élevé. Cette approche pourrait donc, dans un premier temps, être réservée aux formes les plus sévères et résistantes à tous les traitements disponibles.

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