Paracétamol : pourquoi la baisse de prix envisagée pour 2027 inquiète les fabricants français

Publié par Freya Yophy
le 09/10/2026
paracetamol
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Réduire les dépenses de médicaments tout en relançant leur fabrication en France : l’équation se complique autour du paracétamol. Une baisse du prix fabricant envisagée pour 2027 suscite l’opposition des laboratoires et des représentants des pharmaciens.

Dix centimes par boîte. Le montant semble modeste pour un médicament aussi courant que le paracétamol. Mais, multiplié par des centaines de millions de ventes, il devient un sujet industriel et budgétaire majeur.

Selon l’Assurance maladie, plus de 430 millions de boîtes de paracétamol ont été remboursées en 2024, pour 42,5 millions d’assurés. La dépense correspondante s’est élevée à 371,6 millions d’euros. Un volume considérable, même si cet antalgique, peu coûteux à l’unité, n’est pas le médicament qui pèse le plus lourd dans les comptes.

Une baisse qui vise le fabricant, pas directement votre ticket de pharmacie

Le projet du Comité économique des produits de santé (CEPS) porte sur le prix fabricant hors taxes. Pour la boîte de référence de huit comprimés dosés à 1 gramme, celui-ci passerait d’environ 0,76 euro à 0,66 euro, soit une diminution proche de 13 %.

Cette échéance intervient alors que le moratoire protégeant le paracétamol des baisses tarifaires doit prendre fin le 31 décembre 2026. Les industriels réclamaient, à l’inverse, une augmentation de dix centimes pour accompagner leurs investissements.

Attention toutefois à ne pas confondre les différents prix. La Base de données publique des médicaments affiche actuellement 2,18 euros pour une boîte de huit comprimés de Doliprane 1 000 mg, dont 1,02 euro d’honoraire de dispensation.

Le tarif payé en pharmacie ne correspond donc pas à la seule rémunération du laboratoire. Une baisse de 13 % du prix fabricant ne signifie pas une diminution de 13 % du prix public. Elle ne constitue pas non plus, en elle-même, un déremboursement du médicament.

Fabriquer les comprimés en France ne suffit pas à produire leur principe actif

Pour comprendre la colère des laboratoires, il faut distinguer deux étapes. Des usines françaises fabriquent déjà les médicaments finis : elles transforment le principe actif en comprimés, gélules ou autres présentations, puis les conditionnent. Mais la production de la molécule elle-même avait disparu du territoire en 2008.

C’est cette activité que le projet porté par Seqens à Roussillon, en Isère, doit rétablir, avec le soutien de l’État et des engagements d’Opella et d’UPSA.

Dans sa communication de décembre 2025, Seqens annonçait une capacité pouvant atteindre 15 000 tonnes par an à partir de la fin de 2026. L’entreprise met également en avant un procédé de synthèse en continu permettant notamment de diviser par quatre la consommation d’énergie par rapport aux procédés de référence.

Ces performances industrielles ne règlent cependant pas toute la question du coût. Selon les estimations avancées par les laboratoires, produire le principe actif en France reviendrait environ 60 % plus cher qu’en Asie. Ce chiffre constitue leur argument dans la négociation tarifaire, et non une mesure indépendante valable pour toutes les usines.

Des inquiétudes pour la filière, mais pas une pénurie annoncée

Opella et UPSA redoutent qu’une baisse de leurs recettes fragilise les engagements pris pour soutenir cette production française. Les représentants des pharmaciens contestent eux aussi le projet.

Leur raisonnement est économique : comprimer davantage les prix pourrait rendre les approvisionnements français moins attractifs et réduire les moyens disponibles pour investir. La question dépasse donc les seules boîtes présentes au comptoir et concerne la solidité de la chaîne de fabrication.

Ces alertes ne permettent toutefois pas d’affirmer qu’une pénurie résultera automatiquement de la baisse envisagée. Elles ne constituent pas davantage l’annonce d’une fermeture d’usine ou de suppressions d’emplois déjà décidées. Présenter ces conséquences comme certaines reviendrait à transformer une inquiétude industrielle en fait établi.

Économiser sans fragiliser l’approvisionnement : l’enjeu de l’arbitrage

Du côté des finances publiques, réduire le prix d’un médicament très largement prescrit peut contribuer à maîtriser les dépenses prises en charge par l’Assurance maladie. Du côté des fabricants, la stabilité tarifaire est présentée comme une condition nécessaire pour amortir les investissements.

Le débat porte donc sur la manière de concilier ces deux objectifs : obtenir un médicament accessible sans décourager sa production locale.

Pour les patients, il faut surtout distinguer le projet tarifaire, ses modalités définitives et ses éventuelles conséquences industrielles. Ce bras de fer ne justifie ni de modifier un traitement ni de constituer des réserves de précaution.

Sources et repères

 
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