Morsure de tique et forte fièvre : ce nouveau virus découvert en Chine
Depuis plusieurs années, des médecins chinois se heurtaient à une énigme : certains patients présentaient une forte fièvre, une fatigue intense et une baisse du nombre de plaquettes sanguines après une morsure de tique, tout en étant négatifs au virus habituellement recherché.
Une étude publiée en septembre 2026 dans le New England Journal of Medicine apporte une première explication. Les chercheurs ont identifié un nouvel agent infectieux, baptisé Asian longhorned tick nairovirus, ou ALTNV.[^1]
Un virus détecté chez plus de 10 % des patients étudiés
Le travail repose sur un programme de surveillance hospitalière mené dans plusieurs régions chinoises où les maladies transmises par les tiques sont endémiques. Les chercheurs ont analysé les prélèvements de 3 163 patients fébriles récemment exposés à ces acariens.
Grâce au séquençage métatranscriptomique et à des analyses sérologiques, ils ont détecté l’ALTNV chez 10,4 % de l’ensemble des patients examinés. Cette proportion atteignait 15,1 % chez ceux qui étaient négatifs au Dabie bandavirus, responsable du syndrome de fièvre sévère avec thrombocytopénie.
L’analyse génétique montre que l’ALTNV appartient à la famille des orthonairovirus, mais qu’il présente moins de 80,04 % d’identité en acides aminés avec les espèces déjà répertoriées. Ces différences ont conduit les scientifiques à le considérer comme un virus distinct.
Fatigue et troubles digestifs parmi les principaux symptômes
Les chercheurs ont étudié plus précisément 56 patients uniquement infectés par l’ALTNV. La maladie ressemblait le plus souvent à un syndrome grippal, avec :
- une fatigue chez 84 % des patients ;
- des symptômes digestifs chez 80 % ;
- une baisse des plaquettes chez 38 % ;
- une élévation des enzymes du foie chez 36 %.
Tous les patients de ce groupe ont guéri sans séquelle rapportée. Ces premières données restent toutefois fondées sur un effectif limité et ne permettent pas encore de décrire l’ensemble des formes possibles de l’infection.
Une co-infection associée à des formes plus sévères
La situation était plus préoccupante chez les 38 patients simultanément infectés par l’ALTNV et le Dabie bandavirus. Les symptômes respiratoires concernaient 61 % de ces malades, contre 38 % des personnes infectées uniquement par le virus de Dabie.
Les atteintes rénales atteignaient également 84 % dans le groupe co-infecté, contre 66 % en cas d’infection par le seul Dabie bandavirus. Sept patients co-infectés sont décédés, soit 18,4 % du groupe.
Ces observations montrent une association avec une maladie plus sévère. Elles ne permettent cependant pas encore de démontrer que l’ALTNV est directement responsable de cette surmortalité, d’autres facteurs médicaux pouvant intervenir.
Une tique capable de transmettre le virus à sa descendance
Les scientifiques ont ensuite analysé 47 428 tiques prélevées dans 15 provinces chinoises. L’ARN viral a été retrouvé dans 1,29 % de l’ensemble des spécimens. La fréquence la plus élevée, 1,75 %, concernait la tique asiatique à longues cornes, Haemaphysalis longicornis.
Cette espèce présente une particularité biologique remarquable : certaines populations se reproduisent par parthénogenèse, une femelle pouvant pondre sans accouplement. Les expériences montrent également que le virus peut être conservé lors du passage d’un stade de développement à l’autre et transmis de la femelle à sa descendance.
En laboratoire, les tiques infectées ont pu transmettre l’ALTNV à des souris. Ces résultats renforcent leur rôle probable de vecteur, mais ne renseignent pas encore précisément sur la fréquence des transmissions à l’être humain dans la nature.
Aucun cas signalé en France à ce stade
La tique Haemaphysalis longicornis a été repérée dans au moins 21 États américains, principalement dans l’est du pays.[^2] Cette implantation ne signifie toutefois pas que l’ALTNV circule aux États-Unis. Les autorités américaines rappellent que la présence d’une espèce de tique ne suffit pas à démontrer la transmission locale d’un pathogène.
À ce jour, l’étude décrit une circulation du virus dans plusieurs provinces chinoises. Aucun cas humain ni aucune détection de l’ALTNV en France n’ont été rapportés dans cette publication. Il n’existe donc pas d’alerte sanitaire spécifique pour la population française.
Les gestes à conserver après une morsure
Il n’existe actuellement ni vaccin ni antiviral spécifiquement dirigé contre l’ALTNV. En France, les mesures de prévention restent celles recommandées contre l’ensemble des maladies transmises par les tiques :
- porter des vêtements couvrants dans les herbes hautes et les zones boisées ;
- utiliser un répulsif adapté en respectant sa notice ;
- inspecter soigneusement la peau après une sortie ;
- retirer la tique avec un tire-tique ou une pince fine, sans appliquer de produit dessus ;
- surveiller la zone mordue et son état général durant les semaines suivantes.
L’apparition d’une fièvre, d’une fatigue inhabituelle, de troubles digestifs, d’un saignement ou d’une éruption après une morsure doit conduire à consulter un médecin. La découverte de l’ALTNV rappelle surtout qu’une fièvre survenant après une exposition aux tiques ne correspond pas nécessairement à la maladie de Lyme.