Le médecin du travail : un allié pour préserver sa santé

Publié le 29 Décembre 2004 à 1h00 par
Il ne délivre pas d'ordonnance, mais c'est lui qui estime si votre travail est vraiment inoffensif et si vous êtes apte à l'exercer. Portrait d'un acteur clé de l'entreprise.
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Depuis la loi du 11 octobre 1946, le médecin du travail est chargé d'une mission essentielle : « prévenir l'altération de la santé des travailleurs du fait de leur travail en surveillant notamment les conditions d'hygiène du travail, les risques de maladies contagieuses et l'état de santé des travailleurs ».Spécialiste de l'observation des conditions de travail, connaisseurs des postures, produits et situations toxiques liés à l'exercice des différents métiers, le médecin doit consacrer au moins 150 demi-journées chaque année à ses actions en milieu professionnel.

Pour de meilleures conditions de travail

Ne soyez pas surpris de voir le médecin de l'entreprise visiter votre bureau ou votre poste de travail. Cela fait partie de ses attributions. Conditions d'exercice de votre profession et conditions d'hygiène, restauration, aération, climatisation, normes de sécurité : toutes ces observations font l'objet « d'une fiche d'entreprise » adressée à l'employeur. Le but est de l'alerter sur les risques existant à l'intérieur de son établissement, et le convaincre, parfois malgré leur coût, du bien-fondé de certaines dépenses en matière de sécurité : chaussures de sécurité, protections efficaces contres les produits inhalés, contre le bruit, contre les variations de températures sur les lieux de travail, etc.Le désastre sanitaire lié aux milliers de victimes de l'amiante a provoqué dans la profession une question qui se pose aujourd'hui : l'indépendance des médecins du travail vis-à-vis des dirigeants d'entreprise pour rendre effectif ce rôle d'alerte. Aujourd'hui, une partie de la profession s'est saisie de cette question.

Bon pour le service !

C'est aussi le médecin du travail qui vous délivre l'avis d'aptitude remis à l'issue des visites obligatoires : visite d'embauche, légale et visite de reprise après un arrêt de plus de 21 jours s'il s'agit d'une maladie ou de plus de huit jours seulement s'il s'agit d'un accident du travail. A l'occasion de ces consultations, il peut vous prescrire ou vous faire passer un certains nombre d'analyses biologiques (examen d'urine, prise de sang, radio…) qu'il estime utile pour juger de votre aptitude au travail. En revanche, il ne vous prescrira aucun médicament. Si le médecin vous déclare inapte, plusieurs solutions peuvent être envisagées. Soit il s'agit d'une inaptitude totale et définitive, dans ce cas l'employeur peut engager un licenciement ; il vous versera alors une indemnité de préavis et une indemnité de licenciement égale au double de celle prévue par la convention collective. Cependant, dans plupart des cas, le médecin du travail étudie plutôt des solutions d'aménagement de poste ou de reclassement à une fonction plus adaptée. A noter que si aujourd'hui, cette décision apparaît comme un risque potentiel d'exclusion, en période de plein emploi, elle visait à protéger l'employé contre les risques auxquels pouvaient l'exposer son travail. Toutefois, elle est parfois une porte de sortie dans les cas de harcèlement moral.

Confident des maux du boulot

Que vos maux soient psychiques ou physiques, vous pouvez tout lui dire : les cadences trop rapides, la charge du travail trop lourde, les horaires qui ne respectent pas le rythme du corps humain, les produits utilisés qui provoquent des allergies (asthme des boulangers, laques des coiffeurs, peintures, benzènes, sciures de bois, etc.), mais aussi les risques de perte d'emploi s'accompagnant de harcèlement ou de mises au placard, les attitudes que vous jugez vexatoires, etc. Le médecin du travail est tenu, dans l'intérêt des salariés, au secret professionnel absolu sur « tout ce qui a été confié, vu, entendu ou compris ». Et, à tout moment, vous pouvez lui demander un rendez-vous. Quand un salarié est exposé à la souffrance au travail, le médecin du travail reste le seul dans l'entreprise à pouvoir l'écouter en toute confidentialité. Et sa décision sera prise, obligatoirement, avec son accord. Le médecin peut alors avoir un rôle de médiateur, pour intervenir auprès du service des ressources humaines de l'entreprise ou de l'employeur. A la condition que le dialogue dans l'entreprise reste ouvert. Sinon, ce sera l'avis d'inaptitude, mais qui « délivre » le salarié d'un environnement de travail devenu nocif.

Le médecin du travail en chiffres

Un tout récent décret d'application fixe à :

  • 450 le nombre maximum d'établissements par médecin.
  • 3.300 le nombre maximal de salariés suivis par un médecin à temps plein. En moyenne, il en reçoit 2.700 si ses services sont rémunérés par plusieurs société, ce qui représente 10 à 12 personnes vues par jour. S'il est attaché à une seule entreprise, il en suit en moyenne, 1.000 par an.
  • 3.200 le nombre maximal d'examen médicaux annuels à effectuer par un médecin à plein temps.
  • Tous les deux ans, est la fréquence de visite que vous devez passer auprès du médecin du travail (au lieu d'une fois par an, auparavant).

Depuis le mois de février 2001, un nouveau décret, très controversé par la profession, demande aux médecins du travail une attestation qu'ils contestent. En effet, si un salarié est exposé à des « agents cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction », le médecin du travail doit délivrer une aptitude attestant d'une absence de contre-indications médicales à l'exposition. Or, la profession refuse de cautionner « l'exposition des salariés à un risque » et, en tirant les leçons de l'affaire meurtrière de l'amiante, affirment d'abord vouloir informer les salariés des risques en évitant de faire une médecine de sélection ».

Source : Magazine Vivre Plus, janvier 2005.