Longévité : ce facteur compte plus que le cholestérol à 50 ans
Depuis 1938, la Harvard Study of Adult Development suit des participants et leurs familles afin d’identifier les facteurs associés à un vieillissement en bonne santé. Sa principale conclusion ne concerne ni le patrimoine financier ni le quotient intellectuel : les personnes satisfaites de leurs relations à l’âge mûr vieillissent généralement en meilleure santé.
Une étude commencée auprès de 724 hommes
La recherche a débuté auprès de 268 étudiants de Harvard, parmi lesquels figurait le futur président John F. Kennedy. Elle a ensuite intégré 456 jeunes hommes issus de quartiers populaires de Boston, portant l’échantillon initial à 724 participants.
Les femmes étaient absentes de la cohorte d’origine, Harvard n’accueillant alors que des hommes. L’étude a progressivement inclus leurs épouses puis environ 1 300 descendants. Il est donc plus exact de parler de plusieurs générations étudiées successivement que d’affirmer que trois générations complètes sont déjà suivies selon le même protocole.
Les participants ont régulièrement répondu à des questionnaires, passé des examens médicaux et participé à des entretiens portant sur leur santé, leur travail et leur vie familiale. Il s’agit toutefois d’une étude observationnelle : elle met en évidence des associations durables, mais ne permet pas d’affirmer qu’une relation heureuse provoque, à elle seule, une vie plus longue.
La satisfaction relationnelle devance le cholestérol
Lorsque les premiers participants ont atteint 80 ans, les chercheurs ont recherché les caractéristiques qui permettaient de prévoir leur état de santé plusieurs décennies auparavant.
La donnée la plus révélatrice n’était pas leur taux de cholestérol à 50 ans, mais leur niveau de satisfaction dans leurs relations, notamment conjugales. Les personnes estimant pouvoir compter sur leurs proches présentaient généralement une meilleure santé physique et mentale trente ans plus tard. Harvard souligne néanmoins que l’activité physique, le poids, le tabac et la consommation d’alcool restent également déterminants.
Les liens sécurisants pourraient faciliter le retour au calme après un événement stressant. À l’inverse, une personne isolée risque de rester durablement dans un état d’alerte associé à une élévation des hormones du stress et de l’inflammation. Ce mécanisme représente l’une des principales hypothèses biologiques explorées par l’équipe.
Les relations n’effacent pas la douleur, mais protègent le moral
La cohorte n’a pas démontré un effet antalgique direct de l’amitié ou du couple. Elle a néanmoins observé que les octogénaires satisfaits de leur mariage conservaient une humeur plus stable, même lors des journées marquées par des douleurs physiques importantes.
Les participants engagés dans des relations malheureuses signalaient davantage de souffrance émotionnelle lorsque leur douleur augmentait. Le soutien humain semble ainsi jouer un rôle d’amortisseur psychologique, sans remplacer les traitements médicaux contre la douleur chronique.
Solitude, isolement et vie solitaire : trois réalités différentes
Une méta-analyse conduite par la professeure Julianne Holt-Lunstad distingue trois situations :
- La solitude ressentie, associée à une augmentation moyenne de 26 % de la probabilité de décès prématuré.
- L’isolement social objectif, associé à une hausse de 29 %.
- Le fait de vivre seul, associé à une hausse de 32 %.
Ces chiffres décrivent des associations observées dans de larges populations. Ils ne permettent pas de calculer précisément le risque individuel d’une personne.
La comparaison avec quinze cigarettes par jour doit également être comprise comme un ordre de grandeur épidémiologique popularisé par les autorités sanitaires américaines. Elle ne signifie pas que la solitude produit exactement les mêmes maladies ou les mêmes dommages biologiques que le tabac.
Selon l’American Heart Association, la faiblesse des relations sociales est aussi associée à une augmentation de 29 % du risque de maladie coronarienne et de 32 % du risque d’AVC. L’âge, les maladies préexistantes et les habitudes de vie doivent néanmoins être intégrés à l’interprétation de ces données.
Les trois amitiés viennent d’Aristote, pas de l’étude Harvard
Les amitiés d’utilité, de plaisir et de vertu ne constituent pas une classification issue de la cohorte médicale. Elles proviennent de l’Éthique à Nicomaque d’Aristote et sont aujourd’hui reprises par plusieurs auteurs, dont Arthur Brooks, professeur à Harvard.
Le philosophe distinguait :
- les relations fondées sur un avantage ou une entraide réciproque ;
- celles construites autour du plaisir et des activités partagées ;
- les amitiés de vertu, dans lesquelles chacun apprécie profondément le caractère de l’autre.
Cette grille philosophique peut aider à réfléchir à la qualité de ses amitiés après 60 ans. Elle ne constitue cependant pas une prescription scientifique imposant de posséder un nombre déterminé d’amis dans chaque catégorie.
Entretenir son « fitness relationnel »
Robert Waldinger compare la vie sociale à une forme physique qui demande un entretien régulier. Il n’existe pas de nombre idéal de proches : les besoins diffèrent selon la personnalité, l’histoire familiale et le tempérament de chacun. La donnée essentielle serait de disposer d’au moins une personne sur laquelle compter véritablement.
Un appel, un message ou une rencontre régulière peuvent suffire à réactiver un lien laissé en sommeil. Les relations avec la famille, les amis, les voisins ou les collègues peuvent toutes contribuer au bien-être. La qualité de l’écoute et le sentiment de sécurité comptent davantage que la taille du carnet d’adresses.