Il veut que sa copine dorme à la maison, comment réagir ?

Publié le 12 Juillet 2010 à 2h00 par Dr Catherine Solano
Un adolescent sous votre toit, et un jour, vous apprenez qu'il a une petite amie. C'est la vie ! Et puis quelque temps plus tard, il vous demande si elle peut dormir à la maison.... sous entendu, dans le même lit que lui. Comment se situer et que répondre en tant que parent ? Faut-il l'autoriser ou bien l'interdire ?
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Accueillir le copain ou la copine, il vaut mieux y réfléchir avant...


Quand vous recevez la question sans y avoir jamais pensé, vous pouvez rester muet. Ou répondre " heu oui ", ou bien " heu non " ! L'idéal serait d'avoir réfléchi à cette question afin d'y être préparé. Si ce n'est pas le cas, pas de panique. Vous n'êtes pas obligé de répondre à brûle-pourpoint. Vous pouvez temporiser en disant : " Je ne sais pas quoi te répondre, nous allons en parler et je te donne notre réponse ". Le nous a ici une importance, celle de donner la place à l'autre parent qui n'est pas là pour répondre. Il vaut mieux être d'accord entre parents pour présenter un front uni.

Pourquoi peut-on avoir envie de répondre oui ?


La curiosité peut être un élément qui compte. En tant que parent, on peut être intrigué, avoir envie de connaître la personne qui fait vibrer le coeur de notre ado. Mais est-ce une bonne curiosité ? Pas si sûr...

D'autre part, on sait aujourd'hui que la moyenne d'âge des premières relations sexuelles est de 17 ans et demi, et c'est une réalité. Pourquoi fermer les yeux à ce qui existe ? Accepter que les jeunes aient une vie sexuelle, n'est-ce pas faire preuve de lucidité ?

Les parents peuvent aussi penser que vivre le début de sa vie sexuelle dans un environnement sécurisé sera plus sain. Les jeunes pourront l'organiser tranquillement. Et l'interdiction pourrait peut-être entraîner des rapports sexuels vécus ailleurs sur l'impulsion du moment, c'est-à-dire parfois des actes inconsidérés. S'ils avaient des relations sexuelles n'importe où, n'importe quand, avec n'importe qui, en ayant bu ou fumé, donc sans se protéger ? Ce pourrait être grave.

Ajoutons encore que la conjoncture fait que certains jeunes restent chez leurs parents faute de moyens financiers pour s'offrir un logement décent. Refuser la petite copine à 14 ans, cela se comprend, mais à 18 ans, et 23 ans... Comment leur refuser de vivre leur vie ?

Pourquoi peut-on avoir envie de répondre non ?


Les psys le disent, ce n'est pas aux parents d'organiser ou de superviser, ni même d'autoriser ou non la vie sexuelle de leurs enfants. Ils doivent rester à distance, leur laisser ce jardin secret. S'ils accueillent le petit copain ou la petite copine, ils acquièrent un droit de regard sur cette vie sexuelle, ils deviennent partie prenante. Et ce n'est pas très sain ou simplement pas confortable pour les parents. Ils peuvent se sentir un peu voyeurs, intrusifs dans la vie intime de leur enfant.

Les parents peuvent aussi se sentir bousculés par la vie sexuelle d'un jeune couple sous leur toit. Leur vie sexuelle est celle d'un couple installé ensemble depuis longtemps. Ils vont entendre les ébats de leur enfant dans la pièce à côté, ou même s'ils n'entendent rien, l'imaginer ou la fantasmer, ils vont laver les draps, vider la poubelle avec les préservatifs usagés, croiser un (ou une) inconu(e) dans leur salle de bain, l'avoir en face au petit-déjeuner... Les parents peuvent se sentir agressés chez eux dans leur nid par ces situations. Et cela peut être extrêmement déstabilisant pour des parents car la différence des générations n'est pas respectée.

Ajoutons encore que la sexualité est le moteur même de l'indépendance. C'est le désir de grandir, de s'autonomiser, de fonder un couple à soi qui pousse le jeune hors de son milieu familial. Il est bon qu'il s'y sente à l'étroit pour lui donner envie de partir faire sa vie. S'il est cocooné, nourri, logé, blanchi, et qu'en plus il peut vivre en couple sous le toit parental, on ne l'aide pas à gagner sa liberté. On le maintient dans le statut d'un enfant qui a une vie sexuelle au lieu de l'encourager à aller construire ailleurs sa vie d'adulte.

Ce n'est pas si facile de connaître les petites amies de son fils...


L'arrivée dans une famille d'un membre rapporté n'est pas toujours simple. Les parents vont souvent s'attacher à ce nouveau venu, et puis, lorsqu'une rupture survient, ils doivent s'en détacher... pour se rattacher un peu plus tard à un autre et recommencer ainsi plusieurs fois. Les parents peuvent donc se trouver témoins de toute la vie amoureuse de leur enfant, et la suivre de trop près pour se sentir bien. Le jour où leur enfant amènera la personne avec qui il veut partager et construire sa vie, ce sera un parmi d'autres, et non plus l'élu. Certains parents ayant connu d'autres partenaires, auront du mal à investir celui-ci comme leur gendre.

Dans le cas d'une rupture, les parents peuvent garder des liens avec un ex qui vient se lamenter d'avoir été quitté. Ils se trouvent donc en porte-à-faux. Parfois, certains parents accueillent avec tellement de coeur le nouveau venu que leur enfant en devient jaloux : " Mes parents adorent mon copain. Ils n'ont eu que des filles et rêvaient d'un garçon. J'ai l'impression qu'ils l'ont trouvé. Je finis par me demander si je reste avec lui pour faire plaisir avec mes parents, ou parce que je l'aime vraiment " expose Rose.

Au total, que faire ?

Les parents ont intérêt à prendre le temps de réfléchir pour choisir une position en phase avec ce qu'ils sentent. Et le plus souvent, quand on se demande quelle est la bonne réponse, c'est que l'on n'a pas tellement envie de dire oui. Il faut bien se dire que les parents sont chez eux, dans leur domaine, et qu'ils ont parfaitement le droit de dire non. Ils ne sont nullement obligés d'inviter chez eux quelqu'un dont ils ne souhaitent pas la venue. À la limite, ils n'ont même pas d'explication à donner.

S'ils disent non, que devient la vie sexuelle des jeunes ?

Si la vie sexuelle des jeunes ne s'exprime pas sous le toit parental, cela ne signifie pas qu'elle n'existe pas. Les parents qui refusent d'héberger le partenaire de leur enfant ne le condamnent pas à la virginité éternelle. Ils l'obligent à trouver ses solutions. Ils incitent le jeune couple à prendre en main sa vie sexuelle de manière autonome. Et ils trouveront leur manière de fonctionner. Peut-être qu'ils auront des relations chez eux, discrètement, quand les parents sont absents, peut-être qu'ils en auront dans la nature, ou chez un copain... Ils se créeront un espace amoureux à eux dans lequel ils seront libres et autonomes sans le regard de leurs parents. C'est le début de leur vie d'adulte.