Faire peur, c'est parfois efficace...

Pour faire comprendre quelque chose à quelqu'un, nous avons tendance à privilégier la raison. Expliquer le pourquoi et le comment. Nous misons donc sur l'intelligence logique de nos semblables. Est-ce toujours la bonne solution ?
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Bien sûr qu'expliquer les choses pour les faire comprendre, c'est bien. Mais parfois, cela ne suffit pas. Un exemple ? Un homme fume plus d'un paquet par jour depuis longtemps. Son entourage et son médecin tentent, par la raison, de l'inciter à arrêter, sans aucun effet.

Et puis, un jour, il a très mal à la gorge. Il va consulter directement un ORL, sans passer par son médecin traitant. Cet ORL fait grise mine en l'examinant. « Je n'aime pas trop ce que je vois, je vais vous faire une biopsie. Vous aurez le résultat dans un peu moins d'une semaine ».

Pour cet homme, le mot biopsie évoque alors le mot cancer. Pendant trois nuits, il ne dort pas, persuadé qu'il a un cancer. Pendant trois jours, il ne fume qu'une seule cigarette. Il n'en a ni envie, ni besoin, et ne ressent aucun manque. Tout ce qu'il ressent, c'est une terreur épouvantable. La quatrième nuit, il recommence à dormir, mais très mal, avec des sueurs et des cauchemars.

Puis il retourne voir son ORL qui lui a dit « j'ai les résultats de votre biopsie. Tout va bien, mais quand même, je vous conseille d'arrêter de fumer » Et l'homme a répondu : « ça y est, j'ai arrêté ». Et depuis plus de 20 ans, il n'a pas touché une seule cigarette !

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On peut objecter que ce médecin ORL a fichu une trouille terrible à son patient et que cela n'est pas humain. Oui, mais il ne l'a pas fait exprès, donc n'avait aucune intention de désespérer cet homme. Et quand bien même il l'aurait fait exprès, est-ce que ça aurait été si horrible ? Car cet ancien fumeur, tout comme son épouse et ses enfants lui vouent une grande reconnaissance, car ils pensent qu'un cancer a été évité grâce à cette grosse peur.

Vu comme cela, certaines personnes estiment que faire peur volontairement peut se justifier quand la cause est bonne. Dans certaines campagnes publicitaires par exemple. Les campagnes pour la ceinture de sécurité n'ont pas donné de grands résultats jusqu'au jour où l'on a montré un enfant projeté sur le pare-brise s'y écraser et un visage sanguinolent. C'est horrible, certes, cela fait peur, mais si cela sauve des vies, ce type de campagnes peut être défendu !

Cependant, certains lobbies utilisent cette peur à leur avantage : les fabricants de tabac ont trouvé une solution pour inciter les gens à fumer : prétendre qu'un patch antitabac, c'est dangereux, voire mortel quand on fume une cigarette ! C'est totalement faux, mais comme tous les fumeurs qui tentent d'arrêter sous patch fument au moins une fois une cigarette, cela permet de saboter leur tentative et de garder des clients !

Peut-être que la simple peur du gendarme est, elle aussi, efficace : on voit l'effet très bénéfique des radars sur le nombre de morts par accidents de voiture. C'est une peur tout de même moins horrible !

Alors, on peut penser que quand la vie de quelqu'un est en danger, cela peut s'envisager de lui faire peur s'il met lui-même sa vie en danger. C'est une stratégie qui peut se révéler efficace pour le faire changer le comportement.

Publié par Dr Catherine Solano le Lundi 27 Novembre 2006 : 01h00