Couple : faire le choix de vivre séparément

Les couples « chacun-chez-soi » sont de plus en plus nombreux. Une façon, peut-être, d'écarter tout risque d'adultère, nous explique un sociologue.
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Je déménage...

« C'est décidé, je déménage ». Cette phrase, Annick, 29 ans, l'a lancée à la figure de Marc, son partenaire, il y a déjà trois ans : « Nous avons chacun besoin de notre espace vital et nous étouffions dans notre deux pièces parisien. Un jour, j'ai craqué. Un panneau “à louer” me narguait depuis plusieurs semaines sur l'immeuble d'en face : j'ai appelé l'agent immobilier et trois semaines plus tard, j'emménageais en face. Marc était tout à fait d'accord ». Depuis, les rapports au sein de ce couple se sont beaucoup détendus : « Tant que n'avons pas d'enfants, c'est l'idéal. Nous-nous retrouvons deux ou trois fois par semaine pour dormir chez l'un ou chez l'autre, on se fait des coucous par la fenêtre, c'est parfait ». Seul hic selon elle : qui dort chez l'autre ? « On peut palabrer très longtemps, simplement pour savoir “à qui le tour” de se déplacer… ».

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Des couples " fissionnels "

Annick et Marc font partie de ces fameux couples " fissionnels ". Leur leitmotiv : vivre ensemble et chacun pour soi. Avant, le couple était fusionnel : on se tenait par la main sans se lâcher dans l'espoir de ne faire qu'un. Aujourd'hui, on parie sur la « fission » : on s'aime, mais on ne reste pas collés. Environ 6% des couples français ont chacun leur maison. Pour l'INED (Institut National d'Etudes Démographiques), ils ont même un nom : les couples non cohabitants. « Vivre l'un à travers l'autre, c'est romantique mais irréaliste. On en rêve toujours, mais on sait désormais que c'est un rapport de forces épuisant, souligne Serge Chaumier*, sociologue, qui s'est penché sur ces nouveaux couples. Hommes et femmes ont compris que, dans un rapport à deux exclusif, on court à l'adultère, à « l'entre-dévoration ». En revanche, plus on s'ouvre aux tiers, plus on remet en cause perpétuellement son couple, ce qui, justement, peut lui permettre de durer », affirme le sociologue. Certes le couple non-cohabitant est encore très minoritaire, mais le troisième millénaire semble lui réserver un bel avenir

* Serge Chaumier, « La Déliaison amoureuse », éd. Armand Colin.

Publié par Psychonet Production le Mercredi 18 Décembre 2002 : 01h00