Cheveux blancs précoces : ce qu’ils révèlent vraiment sur votre santé
Voir apparaître des cheveux blancs avant 30 ans ne signifie pas que l’ensemble de l’organisme vieillit prématurément. L’hérédité joue généralement le premier rôle, mais le tabac, certaines carences et le stress peuvent parfois accélérer la perte de pigmentation.
Découvrir une mèche argentée au début de l’âge adulte suscite souvent une inquiétude disproportionnée. Pourtant, la canitie précoce correspond avant tout à une modification localisée du follicule pileux. Elle ne constitue pas, à elle seule, la preuve d’un vieillissement général accéléré.
Sa définition varie d’ailleurs selon les populations étudiées. Les dermatologues parlent généralement de canitie précoce lorsqu’elle commence avant 20 ans chez les personnes d’origine européenne, avant 25 ans chez les populations asiatiques et avant 30 ans chez les personnes d’origine africaine.
Quand les cellules pigmentaires ne rejoignent plus le cheveu
La couleur du cheveu dépend de mélanocytes qui produisent deux grandes familles de pigments : l’eumélanine, dominante dans les cheveux bruns ou noirs, et la phéomélanine, davantage présente dans les teintes blondes et rousses.
Ces mélanocytes sont renouvelés grâce à des cellules souches mélanocytaires, abritées dans le follicule. Une étude publiée dans Nature a montré chez la souris que ces cellules se déplacent normalement entre différentes zones du follicule au fil du cycle pilaire. Elles alternent ainsi entre un état immature et un état capable de produire des pigments.
Avec l’âge, certaines restent bloquées dans la zone de réserve du follicule. Privées des signaux nécessaires à leur maturation, notamment ceux de la voie WNT, elles ne se transforment plus en cellules pigmentaires fonctionnelles. Le nouveau cheveu pousse alors gris ou blanc.
Ces résultats éclairent un mécanisme important, mais ils ont été obtenus chez la souris. Leur reproduction complète dans le follicule humain doit encore être confirmée.
Le stress oxydatif perturbe la fabrication des pigments
Un second mécanisme implique le peroxyde d’hydrogène, une molécule naturellement produite par le métabolisme cellulaire. Dans les follicules grisonnants, des chercheurs ont observé une baisse de la catalase, l’enzyme chargée de neutraliser ce composé oxydant.
Cette accumulation endommage notamment la tyrosinase, indispensable à la fabrication de mélanine. Le phénomène contribue vraisemblablement à la perte de pigmentation, mais ne suffit pas à expliquer toutes les formes de canitie précoce.
Il n’existe actuellement aucun shampooing ou complément dont l’efficacité clinique serait démontrée pour rétablir durablement la catalase et recolorer l’ensemble d’une chevelure.
Une forte influence familiale, sans règle des « 99 % »
L’âge d’apparition des premiers cheveux blancs dépend fortement des antécédents familiaux. Toutefois, affirmer que la génétique détermine 99 % du phénomène n’est pas scientifiquement établi.
La canitie est probablement un caractère polygénique faisant intervenir de nombreuses variations génétiques. Le gène IRF4, impliqué dans la pigmentation, a bien été associé au grisonnement. Mais selon les populations étudiées, sa principale variation connue n’expliquerait qu’environ 1 à 8 % des différences observées.
Le fait que ses parents aient grisonné tôt augmente donc la probabilité de suivre une trajectoire similaire, sans rendre le calendrier totalement inévitable.
Stress et tabac peuvent-ils accélérer la canitie ?
Des chercheurs de Harvard ont montré qu’un stress aigu provoquait, chez la souris, une libération importante de noradrénaline par les nerfs sympathiques entourant le follicule. Cette décharge poussait les cellules souches mélanocytaires à s’activer brutalement, puis à quitter définitivement leur réserve.
Cette expérience démontre un mécanisme biologique chez l’animal, mais ne permet pas de prédire combien de cheveux blancs un épisode stressant fera apparaître chez une personne.
Le tabagisme représente un facteur plus solidement associé à la canitie précoce. Une petite étude observationnelle menée auprès de 207 personnes a estimé que les fumeurs présentaient un risque environ 2,5 fois plus élevé de grisonner avant 30 ans. Ce chiffre doit rester prudent en raison de l’effectif limité et ne prouve pas, à lui seul, une relation directe de cause à effet.
Des carences à rechercher dans certaines situations
Une apparition précoce ou très rapide peut parfois être associée à une carence en vitamine B12, en folates ou à une diminution des réserves de fer. Certaines études évoquent également le cuivre, le zinc, le calcium ou la vitamine D, mais les résultats restent variables.
Des troubles thyroïdiens, une anémie pernicieuse, le vitiligo et quelques maladies génétiques rares peuvent également s’accompagner d’une perte prématurée de pigmentation.
Un bilan médical peut être utile lorsque les cheveux blancs apparaissent brutalement, sans antécédent familial, ou lorsqu’ils s’accompagnent de fatigue, pâleur, perte de cheveux, variation de poids ou plaques dépigmentées sur la peau. La prise de compléments sans carence confirmée est déconseillée, notamment pour le fer et le cuivre, dont l’excès peut être toxique.
La piste PD-L1 vient de l’immunothérapie anticancéreuse
En 2017, des médecins espagnols ont rapporté la repigmentation des cheveux de 14 patients atteints d’un cancer du poumon et traités par des médicaments bloquant PD-1 ou PD-L1. Treize présentaient un assombrissement diffus de leur chevelure et un patient des zones foncées au milieu des cheveux blancs.
Cette série de cas a conduit des chercheurs de l’Université d’Alabama à étudier le rôle de PD-L1 dans la dormance des cellules souches mélanocytaires. Des travaux expérimentaux suggèrent qu’une sous-population de cellules exprimant PD-L1 pourrait persister dans certains follicules âgés et conserver un potentiel de réactivation.
Cette hypothèse n’est toutefois pas encore démontrée par un essai clinique dermatologique. Les immunothérapies anti-PD-1 ou anti-PD-L1 peuvent provoquer des effets indésirables graves et sont exclusivement réservées au traitement de certains cancers. Elles ne doivent jamais être utilisées dans un objectif esthétique.
Un cheveu blanc peut-il retrouver sa couleur ?
Des chercheurs de l’université Columbia ont observé que certains cheveux humains gris ou blancs pouvaient naturellement retrouver une pigmentation. Chez quelques participants, cette repigmentation coïncidait avec la fin d’une période de stress important.
L’étude montre que le grisonnement n’est pas toujours irréversible à l’échelle d’un cheveu isolé. Elle ne prouve cependant pas qu’une réduction du stress puisse recolorer une chevelure largement blanche. La récupération semble surtout possible lorsque les cellules pigmentaires du follicule sont encore présentes et fonctionnelles.
Enfin, arracher un cheveu blanc n’en fait pas apparaître plusieurs autres. En revanche, répéter ce geste risque d’irriter ou d’endommager le follicule.
Sources
- Nature – mobilité des cellules souches mélanocytaires
- Nature – mécanisme reliant stress et grisonnement chez la souris
- PubMed – stress oxydatif et peroxyde d’hydrogène
- PubMed – repigmentation sous immunothérapie
- Université d’Alabama – recherches sur les cellules pigmentaires
- eLife – repigmentation naturelle et stress
- Revue systématique sur la canitie précoce