Cataracte : un smartphone repère à distance les patients à orienter
Testé auprès de 1 093 patients en Inde, un dispositif fixé sur un smartphone a permis à des ophtalmologistes d’évaluer des images à distance. Leurs décisions d’orienter ou non les patients concordaient dans 96 % des cas avec celles des spécialistes présents sur place.
Présentée lors du congrès de l’European Society of Cataract and Refractive Surgeons, cette technologie développée par l’université Johns-Hopkins et l’Aravind Eye Care System pourrait faciliter le dépistage dans les territoires privés d’ophtalmologistes.
L’enjeu sanitaire est considérable. Selon l’Organisation mondiale de la santé, la cataracte constitue la principale cause de cécité dans le monde et affecte plus de 94 millions de personnes. Une grande partie de cette perte visuelle pourrait être corrigée par une opération, mais près d’une personne sur deux ayant besoin d’une chirurgie n’y a toujours pas accès.
Un dispositif complet à moins de 175 euros
Baptisé Scout, l’équipement prend la forme d’un module adaptable sur un téléphone Android. Une lentille grossissante est alignée avec l’appareil photo, tandis que deux diodes éclairent la partie antérieure de l’œil. Un cylindre en silicone bloque la lumière extérieure et stabilise la prise de vue.
Associé à l’application de télémédecine InSightful, le système transmet les photographies et les informations cliniques à un ophtalmologiste, y compris lorsque la connexion internet est limitée. Son coût total reste inférieur à 150 livres sterling, téléphone compris, soit environ 175 euros.
L’objectif n’est pas de transformer le téléphone en appareil autonome de diagnostic. Dans cette étude, les images étaient toujours interprétées à distance par un véritable ophtalmologiste.
Trois heures suffisent pour former les agents de santé
Le dispositif a été évalué auprès de 1 093 patients, répartis dans 19 campagnes de dépistage organisées autour de cinq localités rurales du Tamil Nadu, dans le sud de l’Inde. Les photographies étaient réalisées par des agents de santé communautaires ne possédant pas de spécialisation ophtalmologique.
Après seulement trois heures de formation, ces intervenants pouvaient examiner chaque œil en moins de 2 minutes et 30 secondes. Plus de 90 % des clichés obtenus présentaient une qualité jugée suffisante pour être interprétés à distance.
Cette simplicité pourrait permettre d’organiser des dépistages directement dans les villages, sans attendre le déplacement coûteux d’une équipe complète de spécialistes.
Une concordance de 96 % sur l’orientation médicale
Chaque patient a bénéficié de deux évaluations : une télé-expertise fondée sur les images du smartphone et un examen classique effectué sur place par un ophtalmologiste. Les deux médecins ont pris la même décision d’orientation dans 96,1 % des cas.
Les taux d’accord variaient selon la situation observée :
- 96 % pour les cataractes matures ;
- 85 % pour les cataractes encore immatures ;
- 89 % pour un cristallin considéré comme transparent ;
- 97 % pour la présence d’un implant intraoculaire ;
- 94 % pour le ptérygion, une excroissance de la conjonctive.
Ces pourcentages décrivent toutefois une concordance entre deux évaluations médicales et non une sensibilité diagnostique universelle de 96 %. L’accord était notamment moins solide pour les formes précoces de cataracte que pour les opacifications avancées.
La distance fait renoncer de nombreux patients
Les campagnes ophtalmologiques itinérantes constituent depuis longtemps un pilier du dépistage dans l’Inde rurale. Elles restent cependant dépendantes de la présence de spécialistes, de véhicules et d’équipements encombrants.
Une précédente étude menée par Aravind avait montré que ces campagnes ne rejoignaient qu’environ 7 % de la population rurale ciblée. La participation diminuait de 80 % lorsque les habitants résidaient à plus de trois kilomètres du lieu de consultation. Parmi les personnes absentes, 44 % présentaient une déficience visuelle et environ un tiers avait besoin d’une opération de la cataracte.
Une solution mobile pourrait donc rapprocher le premier examen du domicile et identifier plus rapidement les personnes devant être dirigées vers un centre chirurgical.
Un outil de tri qui ne remplace pas l’ophtalmologiste
Le système photographie essentiellement le segment antérieur de l’œil, notamment la cornée et le cristallin. Il ne remplace pas une consultation complète avec une lampe à fente et ne permet pas, à lui seul, d’examiner correctement la rétine, le nerf optique ou toutes les causes d’une baisse de vision.
Une personne orientée par le dispositif devra donc bénéficier d’un examen spécialisé avant toute intervention contre la cataracte. Inversement, un dépistage rassurant ne dispense pas de consulter en cas de baisse visuelle, de douleur oculaire, d’éclairs lumineux ou de perte brutale de la vue.
Les résultats disponibles proviennent par ailleurs d’une présentation scientifique et d’un manuscrit déposé en prépublication. Une publication évaluée par des chercheurs indépendants et des validations dans d’autres populations restent nécessaires avant un déploiement à grande échelle.
Sources