Le cartel des vitamines démantelé

Pendant dix ans, les laboratoires pharmaceutiques commercialisant des vitamines se sont entendus pour maintenir à la hausse le prix des vitamines sur les marchés du monde entier... en toute illégalité.
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Selon Joel Klein, le chef de la division antitrust du ministère de la Justice américain, le groupe qui s'était lui-même surnommé " Vitamins Inc. " est " le cartel le plus vaste et le plus nuisible jamais démantelé ". A partir de 1989, les dirigeants des laboratoires pharmaceutiques Roche et BASF, menacés d'une baisse du prix des vitamines, commencent à s'entendre et démarchent les autres grands producteurs (Rhône-Poulenc, Takeda), puis des laboratoires de plus petite taille (Eisai, Daiichi, Lonzan, Chinook, Ducoa, etc.). Objectif: se partager les marchés mondiaux sans souffrir de la concurrence...

Les vitamines au prix fort

L'affaire marchera pendant 10 ans, pendant lesquels les laboratoires Roche, BASF et Rhône Poulenc contrôlaient plus de 60 % de l'approvisionnement en vitamines du monde entier. Avec des profits époustouflants, les membres du cartel n'hésitant pas non plus à truquer les appels d'offre. Ainsi, la livre de vitamine A, qui valait 11,59 dollars en 1990, passe à 19,84 dollars en 1998. Soit une hausse de plus de 70 %, dont les principales victimes sont bien entendu les pays du tiers monde, où la vitamine A est un médicament essentiel, notamment pour diminuer la mortalité due aux maladies infantiles (notamment la rougeole, la varicelle et les gastro-entérites) et pour éviter la xérophtalmie. Selon les chiffres de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), cette maladie de l'œil toucherait chaque année 5 à 10 millions d'enfants dans le monde, dont 250 000 à 500 000 deviendraient aveugles ...

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Fin provisoire de l'aventure

Le cartel est finalement démantelé en 1999, au moins provisoirement. Rhône Poulenc se sentait sous le regard de l'administration américaine du fait de son projet de fusion avec Hoechst, géant allemand de la pharmacie. Et préféra négocier l'impunité en échange de la dénonciation de ses petits camarades. Aux dernières nouvelles, c'est le laboratoire Roche qui a été le plus touché par l'affaire, avec une amende de 500 millions de dollars (environ une année de ses ventes de vitamines aux USA). Le total des amendes a fait rentrer plus d'un milliard de dollars dans les caisses de l'administration américaine: autant que toutes les affaires anti-trust réunies depuis trente ans ! Mais cela suffira-t-il à dissuader les contrevenants de reprendre des affaires aussi florissantes?

Publié le Lundi 20 Décembre 1999 : 01h00
Source : "Vitamins Inc.", ou la florissante entente des grands laboratoires " Courrier international ; n°472 du 18 au 24 novembre 1999 : 50-51. " Manifestations cliniques de la carence en vitamine A " Prescrire 1996 ; 16 (167) : 795-796.