Canicule et thermorégulation : les 4 mécanismes que votre corps utilise pour maintenir ses 37°C (et comment les renforcer chez vous)
Face à la canicule, le corps humain met en œuvre quatre mécanismes physiologiques pour préserver sa température interne autour de 37°C. Quand ces mécanismes sont dépassés, les conséquences peuvent être graves, y compris pour des adultes en bonne santé. L'explorateur Rémi Camus, qui a survécu à des conditions extrêmes en plein désert australien, explique comment fonctionne cette régulation thermique et comment l'optimiser au quotidien.
Retrouvez l'intégralité de l'entretien avec Rémi Camus en vidéo, puis les explications physiologiques détaillées ci-dessous.
Le corps humain est une machine de régulation thermique d'une précision remarquable. Sa température interne doit rester autour de 37°C, dans une fenêtre étroite : au-delà de 40°C, le risque vital devient majeur. Pour maintenir cet équilibre face à des conditions extérieures variables, l'organisme dispose de quatre mécanismes physiologiques, qui fonctionnent en permanence sans que nous y prêtions attention. En période de canicule, comprendre ces mécanismes change la façon dont on peut aider son corps à tenir.
Pourquoi le sang est le premier touché par la déshydratation
Le corps humain est constitué d'environ 70 % d'eau, et la majorité de cette eau circule dans le sang. C'est ce qui en fait la première victime d'une exposition prolongée à la chaleur. « Quand on est déshydraté, le sang devient visqueux, épais, compliqué à circuler, explique Rémi Camus. Le cœur bat de plus en plus fort pour compenser. »
Cette surcharge cardiaque explique pourquoi la canicule est particulièrement dangereuse pour les personnes âgées, hypertendues ou présentant une pathologie cardiovasculaire. Le corps mobilise plus d'énergie pour faire circuler un sang appauvri en eau, exactement au moment où il doit aussi évacuer la chaleur. Cette double contrainte est à l'origine de la plupart des décès en période de forte chaleur.
Les 4 mécanismes physiologiques de la régulation thermique
Le premier mécanisme est la radiation. Tous les corps émettent et absorbent du rayonnement thermique. Le soleil chauffe par radiation, comme un feu. Pour s'en protéger en période de canicule, fermer les volets aux heures d'ensoleillement direct reste le geste le plus efficace : on bloque le rayonnement avant qu'il n'entre dans le logement.
Le deuxième est l'évaporation, principalement assurée par la transpiration. Quand la sueur s'évapore à la surface de la peau, elle absorbe de la chaleur et refroidit l'organisme. C'est le principal mécanisme actif de défense contre la chaleur. Sa condition de fonctionnement : disposer d'une réserve d'eau suffisante. Sans hydratation correcte, le corps cesse de transpirer efficacement, et la température interne grimpe.
Le troisième est la conduction, le transfert direct de chaleur par contact. C'est le principe qui explique pourquoi on a un soulagement immédiat à appliquer un linge frais sur la nuque ou à s'asseoir sur du carrelage. La chaleur du corps se transfère à un matériau plus froid.
Le quatrième est la convection, l'effet du déplacement d'air sur la peau. Un ventilateur, un courant d'air ou simplement le fait de marcher activent ce mécanisme et accélèrent l'évacuation de la chaleur. C'est aussi pour cela qu'on parle de température « ressentie » : à température égale, un vent rend plus supportable une chaleur élevée tant qu'on dispose encore d'eau pour transpirer.
Toutes les zones du corps ne perdent pas la chaleur de la même façon
Selon les principes physiologiques de la thermorégulation, le corps gagne et perd la chaleur de façon inégale selon les zones. Les jambes et les bras représentent environ 10 % chacun des échanges thermiques. La tête, le ventre et le torse comptent pour environ 20 % chacun. Au total, les trois zones centrales (tête, ventre, buste) concentrent 60 % des échanges thermiques avec l'extérieur.
C'est pourquoi appliquer un linge humide sur la nuque, les poignets ou le ventre est plus efficace qu'un pédiluve isolé. Pour maximiser le refroidissement, il faut cibler les zones où le corps dissipe le plus d'énergie.
Les signaux d'alerte à reconnaître
L'épuisement thermique évolue par paliers, et les premiers signes sont souvent ignorés. Selon les recommandations de Santé publique France et l'expérience de terrain rapportée par Rémi Camus, voici la progression à connaître.
La bouche pâteuse et la sensation de soif sont les premiers signes : « Quand on a soif, c'est déjà une erreur, on est déjà déshydraté », rappelle l'aventurier. Suivent les maux de tête, liés à la baisse de volume sanguin disponible pour irriguer le cerveau. Puis l'accélération du rythme cardiaque, signe que le cœur compense la viscosité du sang.
Dans les stades plus avancés, apparaissent les douleurs articulaires lors des mouvements, des nausées, parfois des crampes. Le signal le plus grave est l'altération de la vision périphérique : « Mon champ de vision sur les côtés avait disparu, j'avais juste un halo devant moi. C'est là où je me suis dit, ça va trop loin », témoigne Rémi Camus à propos de son expérience australienne.
À ce stade, on parle d'épuisement thermique sévère, qui peut basculer en coup de chaleur (hyperthermie) caractérisé par une température corporelle supérieure à 40°C, une confusion mentale et un arrêt de la transpiration. C'est une urgence vitale qui justifie un appel immédiat au 15.
Hydratation : pourquoi boire en petites quantités est plus efficace
Le réflexe classique en cas de coup de chaud, ouvrir le réfrigérateur et boire une grande quantité d'eau froide, est contre-productif sur le plan physiologique. L'organisme déshydraté ne peut pas absorber rapidement de gros volumes, et l'eau très froide peut provoquer des troubles digestifs.
La méthode recommandée s'appuie sur la capacité réelle d'absorption intestinale : de petites quantités d'eau (l'équivalent d'un bouchon de bouteille) toutes les une à deux minutes, à température ambiante ou légèrement fraîche. C'est exactement la stratégie que Rémi Camus a utilisée dans le désert australien pour se réhydrater après quatre jours sans eau. Le principe vaut pour tous : boire régulièrement et en petites quantités, sans attendre la sensation de soif.
Recréer une climatisation naturelle chez soi
En activant volontairement les quatre mécanismes de thermorégulation, il est possible de maintenir un logement à une température supportable sans climatisation. Fermer les volets bloque la radiation. Créer des courants d'air entre les pièces active la convection. Étendre du linge humide à l'intérieur ou utiliser un brumisateur augmente le taux d'humidité, ce qui favorise la perception de fraîcheur. « Chez nous, on est à 23°C alors qu'il n'y a pas de climatisation », témoigne Rémi Camus, qui applique ces principes au quotidien.
À noter : ces gestes ne dispensent pas de la vigilance pour les personnes fragiles. Les personnes âgées de plus de 65 ans, les nourrissons, les personnes atteintes de pathologies chroniques (cardiaques, rénales, neurologiques) et les personnes prenant certains médicaments (diurétiques, antihypertenseurs, antidépresseurs) ont une thermorégulation altérée et nécessitent une attention renforcée pendant les épisodes de canicule.
Avis d'expert
« Le corps humain n'est pas une victime passive de la chaleur. Il dispose d'outils, encore faut-il savoir s'en servir. La plupart des erreurs viennent de ce qu'on agit à l'inverse de ce que la physiologie recommande : on se déshabille au lieu de se couvrir avec des vêtements amples, on boit trop tard et trop d'un coup, on cherche le froid sec au lieu de créer de l'humidité. Comprendre les mécanismes, c'est déjà se protéger. » Rémi Camus, explorateur, formateur en survie, membre de la Société des explorateurs français.