Boissons énergisantes : pourquoi des députés veulent interdire leur vente aux moins de 16 ans

Publié par Freya Yophy
le 09/10/2026
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Un rapport parlementaire présenté le 7 octobre 2026 recommande d’interdire la vente de boissons énergisantes aux moins de 16 ans. En cause : une consommation qui se banalise malgré les risques liés à la caféine. Mais aucune interdiction générale n’est encore entrée en vigueur en France.

Une canette pour tenir pendant les révisions, une autre avant une soirée ou pour accompagner une partie de jeux vidéo. Vendues comme un moyen de repousser la fatigue, les boissons énergisantes ont trouvé leur place dans les habitudes de nombreux jeunes. Leur présentation rappelle celle d’un soda, mais leur composition appelle davantage de précautions.

Les députés Sandrine Runel et Yannick Neuder proposent désormais de limiter leur accès. Leur rapport d’information, consacré également aux boissons alcoolisées prêtes à boire, pose une question simple : les avertissements sur les emballages suffisent-ils à protéger les adolescents ?

Un marché qui a plus que quadruplé en neuf ans

La progression des ventes donne la mesure du phénomène. Selon les estimations de Xerfi communiquées à l’AFP, le marché français est passé de 180 millions d’euros en 2016 à 780 millions en 2025.

Les marques historiques côtoient désormais de nouveaux produits, parfois portés par des personnalités des réseaux sociaux. Saveurs fruitées, références au sport ou promesses de concentration contribuent à rendre ces boissons familières.

Cette croissance commerciale ne permet toutefois pas de déduire combien de jeunes Français en consomment régulièrement. Il faut notamment distinguer le fait d’avoir déjà bu une canette d’une consommation quotidienne ou excessive.

La caféine peut perturber le sommeil et provoquer des palpitations

Le principal point de vigilance concerne la quantité de caféine absorbée, la rapidité de consommation et la sensibilité individuelle. Une canette courante de 250 ml peut en contenir environ 80 mg, mais les teneurs et les formats varient. À concentration identique, une canette de 500 ml en apporte deux fois plus.

L’Assurance maladie rapporte des effets indésirables associés à ces boissons : nervosité, anxiété, accélération du rythme cardiaque et palpitations. Les effets graves ne surviennent pas chez tous les consommateurs, mais une consommation excessive ou certaines prédispositions peuvent augmenter le risque.

Chez les adolescents, la caféine peut aussi entretenir un cercle vicieux : elle retarde l’endormissement, accentue la fatigue le lendemain et incite à rechercher un nouveau stimulant. Une boisson énergisante ne remplace pas une nuit de sommeil, même si elle atténue temporairement la sensation de somnolence.

La mention « sans sucre » ne change pas ce constat : elle ne signifie pas « sans caféine ». Quant au guarana, il constitue lui-même une source de caféine. La taurine ne doit pas être présentée comme un stimulant équivalent à cette dernière.

Interdire la vente aux moins de 16 ans et dans les distributeurs

Les rapporteurs recommandent une interdiction de vente aux moins de 16 ans, accompagnée d’une interdiction de commercialisation dans les distributeurs automatiques. L’objectif est de rendre la restriction d’âge applicable, y compris lorsque l’achat se fait sans vendeur.

Une précision s’impose concernant les établissements scolaires : les distributeurs automatiques payants de boissons et d’aliments accessibles aux élèves y sont déjà interdits depuis septembre 2005. La proposition parlementaire ne se limite donc pas à retirer des canettes des collèges et des lycées.

Les députés envisagent de prolonger leurs travaux par des initiatives législatives, notamment une proposition de loi spécifique. Un rapport d’information ne crée cependant aucune obligation à lui seul : les mesures doivent encore être traduites dans des textes, examinées et adoptées.

Le seuil de 150 mg par litre correspond déjà à un avertissement

Il serait inexact de parler d’une absence totale de réglementation. Pour les boissons concernées contenant plus de 150 mg de caféine par litre, les règles européennes imposent notamment une mention signalant leur teneur élevée en caféine et déconseillant leur consommation aux enfants ainsi qu’aux femmes enceintes ou allaitantes.

Cet avertissement n’équivaut pas à une interdiction de vente aux mineurs. C’est précisément la différence que les parlementaires souhaitent dépasser.

Ce seuil ne représente pas non plus une frontière universelle entre une boisson sans risque et une boisson dangereuse. La quantité totale consommée, les autres sources de caféine et la sensibilité de chacun comptent également.

Le Québec et l’Angleterre ont annoncé leurs échéances

Au Québec, la loi interdisant notamment la vente de boissons énergisantes aux moins de 16 ans doit entrer en vigueur le 11 décembre 2026.

En Angleterre, et non dans l’ensemble du Royaume-Uni, le gouvernement a annoncé une interdiction visant avril 2027, sous réserve de l’approbation parlementaire nécessaire. Elle concernerait les boissons fortement caféinées vendues en magasin, sur Internet et dans les distributeurs.

En France, le calendrier reste donc différent. En attendant une éventuelle évolution de la loi, les recommandations sanitaires demeurent : éviter ces boissons chez les enfants et les adolescents, ne pas les mélanger à l’alcool et ne pas les confondre avec les boissons destinées à l’effort sportif. Si un jeune cherche régulièrement à compenser son épuisement par des stimulants, mieux vaut s’intéresser à ses troubles du sommeil qu’à la prochaine canette.

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