Les bactéries amies de notre santé

Publié le 07 Décembre 2016 à 14h41 par Anne-Laure Guiot
Quelles sont les interrelations entre nos bactéries et le reste de l’organisme ? Certaines maladies peuvent survenir en cas de déséquilibre : maladies digestives, surpoids, obésité, diabète… Nous naissons stériles. Mais dès les premiers instants de notre vie, nous sommes envahis par des bactéries qui résideront en nous définitivement. Notre tube digestif est ainsi peuplé de 100 000 milliards de bactéries regroupant 500 espèces différentes. Rien que ça ! Les bactéries font partie des microbes. Or, contrairement aux idées reçues, ces mal-aimées comptent parmi les amis de notre organisme avec lesquels nous vivons en parfaite symbiose. La plupart d’entre elles nous veulent même du bien.
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Bactéries : une fonction digestive

« D’où la nécessité d’en prendre soin afin qu’elles puissent continuer à avoir des effets bénéfiques pour notre santé. Car, même si elles ont mauvaise réputation, elles nous protègent de nombreuses maladies », souligne le professeur Gabriel Perlemuter, praticien hospitalier en hépato-gastro-entérologie à l’hôpital Antoine-Béclère.

La mastication, les sucs gastriques et pancréatiques permettent le travail digestif. Dès que nous ingérons un aliment, celui-ci entre en contact, dès la cavité buccale, avec les bactéries qui colonisent notre système digestif.

Bactéries : des régulatrices du métabolisme

Les bactéries composent ensuite avec le bol alimentaire et les sucs digestifs fabriqués par notre organisme.

« Ayant un ADN et donc des gènes différents, chaque espèce bactérienne a des fonctions diverses et un rôle important pour réguler notre métabolisme », fait remarquer notre spécialiste.

Les enzymes des bactéries de l’intestin favorisent la digestion en broyant les aliments à une échelle microscopique – y compris ceux qu’on ne parvient pas à digérer – à la fin du tube digestif, c’est-à-dire dans le côlon. Les bactéries coliques digèrent ainsi chaque jour environ 100 grammes de résidus non digérés (sucres complexes, fibres alimentaires, protéines, lipides).

Bactéries : une source d’énergie

Puis elles produisent des composés utilisables par nos cellules et de l’énergie couvrant jusqu’à 10 % de nos besoins : des sucres simples et des acides gras particuliers, indispensables et bénéfiques à notre santé. Ces acides gras à chaîne courte aux propriétés protectrices vont alimenter les cellules de notre côlon et les bactéries bienveillantes elles-mêmes : l’acétate apporte de l’énergie à l’organisme, le butyrate nourrit le côlon et possède des vertus anticancéreuses, et le propionate peut diminuer le taux de cholestérol. Ils renforcent également la barrière intestinale pour éviter la circulation de toxines (lipopolysaccharide favorisant le diabète et ses complications) issues de bactéries malveillantes, dans le sang et leur diffusion dans l’organisme.

Bactéries : un pouvoir détoxifiant

« Mieux encore, certaines bactéries peuvent transformer des produits toxiques (phénols, indoles) en produits inoffensifs à condition d’avoir une alimentation équilibrée. Un bémol, cependant, pour les substances de la viande rouge et du poisson carbonisés, ultra toxiques et cancérigènes : si les bactéries parviennent à les dissoudre, elles produisent d’autres substances, moins toxiques mais tout de même mauvaises », relève le professeur Gabriel Perlemuter.

Elles peuvent aussi éliminer l’oxalate, un composé végétal (cacahuètes, noix, noisettes, amandes, asperges, betterave, rhubarbe, épinards, oseille et figues) source de calculs rénaux en présence de calcium. Les bactéries peuvent également moduler l’efficacité de certains médicaments : chimiothérapies ou traitement de la maladie de Parkinson, par exemple. « D’où l’importance de bien identifier leurs fonctions afin de concevoir de nouveaux traitements ou d’optimiser ceux qui fonctionnent », prévient l’expert en hépato-gastro-entérologie.

Bactéries : des productrices de vitamines

Par ailleurs, si notre alimentation nous apporte des vitamines essentielles au bon fonctionnement de notre organisme (fruits source de vitamine C, produits d’origine animale tels que le beurre et le fromage bourrés de vitamine A…), notre microbiote intestinal va en produire une poignée (vitamine K indispensable à la coagulation sanguine, à la fixation du calcium par les os et à la souplesse de nos vaisseaux sanguins, vitamine B12 nécessaire au bon fonctionnement des cellules de notre organisme et à l’équilibre de notre système nerveux et vitamine B8 au rôle majeur dans le métabolisme des sucres et des lipides).

Les bactéries, éducatrices du système immunitaire

Bénéfiques ou pas, les bactéries sont des amies seulement si elles restent au sein de leur microbiote dans le tube digestif.

Elles jouent également un rôle de barrière protectrice contre les bactéries pathogènes, responsables de maux divers (infections, diarrhées, nausées, fièvre…), mais aussi dans le développement de notre système immunitaire destiné à lutter contre les virus et infections. Celui-ci doit s’éduquer tous les jours pour les tolérer. Notre microbiote contribue ainsi à notre équilibre quotidien.

Autre phénomène : les bactéries du tube digestif sont en partie impliquées dans la prise ou non de poids. Certaines peuvent extraire des calories supplémentaires à partir d’une même alimentation.

Bactéries et surpoids

« On peut espérer un jour pouvoir traiter les problèmes de surpoids en adaptant le microbiote, observe le professeur Gabriel Perlemuter. Les acides gras fabriqués par nos bactéries bienveillantes ont une action anti-inflammatoire locale, sur le côlon, et bénéfique à tout l’organisme. Ils augmentent aussi nos dépenses caloriques. »

De plus, une expérience en laboratoire indique qu’une dysbiose peut engendrer le développement d’un surpoids et d’un diabète, et ce indépendamment des apports alimentaires. En outre, il a été constaté que la chirurgie de l’obésité (ou chirurgie bariatrique : diminution du volume de l’estomac ou système de dérivation dans le tube digestif) a également pour conséquence une modification du microbiote intestinal qui favoriserait à lui seul la perte de poids.

Soigner les bactéries avec les prébiotiques et probiotiques

Pour préserver nos bactéries, il suffit d’adapter notre alimentation, voire d’utiliser des prébiotiques et probiotiques.

« Les premiers sont des ingrédients non digestibles mais transformables par nos bactéries, avec des vertus bénéfiques pour notre organisme. En effet, enrichir notre microbiote avec un prébiotique fermentable (l’inuline) par nos bactéries boosterait la croissance de ces bactéries bienveillantes, qui pourraient ainsi produire plus d’acides gras protecteurs et réduire l’appétit et le risque de diabète », explique le spécialiste en hépato-gastro-entérologie.

Quant aux probiotiques, ce sont des micro-organismes vivants, bactéries ou levures, aux effets bénéfiques pour la santé lorsqu’ils sont pris en quantité suffisante. « La combinaison d’un prébiotique et d’un probiotique est dite symbiotique. Le top du “biotique”! », conclut le professeur Gabriel Perlemuter.

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Source : D’après un article de Côté Santé N° 104, octobre-novembre 2016
*Les bactéries, des amies qui vous veulent du bien, du professeur Gabriel Perlemuter et du docteur Anne-Marie Cassard, Éditions Solar.
Magazine Côté Santé